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Le chemin des mots : pivoine, cupidité, fascination

Partons à la découverte de l’origine des mots « pivoine », « cupidité » et « fascination ». Etymologie, mythologie, symbole de la plante des dieux, de l’enfer au paradis, et de la fascination à la malédiction.

diane et cupidon origine du mot cupidité

Sur le chemin des mots, il en est un que nous n’avions plus l’habitude d’entendre, et pourtant… Partons à la découverte de l’origine des mots « pivoine », « cupidité » et « fascination ».

Parlons vocabulaire. Le vocabulaire du français s’est enrichi de mots d’origine étrangère. Une grande partie du vocabulaire français a pour origine le latin (80 % des mots !), le francique, le grec (pour les mots savants) et quelques mots d’origine gauloise, mais la langue française utilise fréquemment des mots qui ont une autre origine. Dans ces temps de Covid 19, avec des frontières plus ou moins fermées, des peurs plus ou moins avérées, il nous a paru intéressant de mêler nos pays en prenant des mots, des expressions qui nous lient, par leur origine, à la langue de nos amis de la péninsule italienne, histoire de se sentir plus proches….

Fouiller les mots pour en saisir le sens et s’enrichir de son sens, depuis son origine jusqu’à son usage actuel. Les comprendre, pour mieux comprendre ces mots qui sont part entière de notre patrimoine culturel français.

Origine du mot Pivoine

La plante des dieux

« Pourquoi les dieux seraient-ils immortels ? En quoi l’immortalité rendrait-elle divin ? La pivoine est-elle moins sublime du fait qu’elle va faner ? » Métaphysique des tubes (2000), Amélie Nothomb

origine du mot pivoineLa reine de nos jardins a une histoire de plus de trois mille ans. Il semblerait même qu’elle ait été la seule fleur à être cultivée dans l’Olympe, le royaume des dieux ! Certains peuples anciens l’associaient à l’immortalité, même si sa floraison est éphémère. Les Chinois, en raison de sa somptueuse beauté, avaient l’habitude de la représenter sur leurs précieuses porcelaines. En Occident, elle se répand au départ principalement pour ses qualités médicinales. En fait, le nom Pivoine dérive du latin paeonia, lui-même dérivé du grec paionìa qui signifie « sain« , car certaines de ses parties (pétales, graines et racines) étaient utilisées en médecine, comme remède contre l’épilepsie ou comme sédatif et antidouleur. La légende veut que le PEONIA ait pris son nom de PÉON. Ce ne serait pas un hasard car, médecin des dieux, il aurait guéri Pluton d’une mauvaise blessure de guerre grâce à ses pétales. En guise de remerciement, le dieu le transforma en la fleur utilisée pour le guérir, qui depuis lors, en l’honneur et en mémoire de Péon, fut appelée Péonia, nom scientifique de la Pivoine. Péon était un des plus anciens dieux guérisseurs des Grecs. Il est mentionné dans les tablettes en linéaire B de Knossos en Crête. Aujourd’hui encore, la pivoine est utilisée dans le domaine médicinal et cosmétique. Un conseil pour conclure: les anciens maîtres chinois disaient qu’une photo d’un vase de pivoines dans la chambre à coucher favorisait l’harmonie dans un couple.

Origine du mot Cupidité

La Cupidité et Cupidon… En enfer ou au paradis

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Amor Vincit Omnia (L’Amour victorieux), 1601-1602, Le Caravage – Gemäldegalerie, Berlin

« Tout ne serait-il donc qu’une question de désir, l’amour comme l’argent ! Voilà qui n’est guère romantique ! »

Cette année marque le septième centenaire de la mort de Dante Alighieri. Selon l’illustre poète, l’un des péchés les plus odieux était la cupidité, c’est-à-dire l’avidité pour les biens matériels, surtout de la part des politiciens de son (!) époque qui, pour posséder toujours plus, se rendaient coupables de crimes graves. Pour Dante, la soif de richesse et de pouvoir est terrible, surtout chez les administrateurs publics. Le terme cupidité dérive du verbe latin Cupio, qui signifie désirer frénétiquement, convoiter avidement. D’où l’adjectif Cupidus : avide, cupide. Et de là vient aussi le nom de la divinité de l’amour, Cupidon, armé de flèches qui font immédiatement tomber amoureux ceux qui sont touchés. Après tout, qu’est-ce qui pourrait être plus fort que la luxure et le désir d’amour ? Voilà que, parfois, à partir d’une même étymologie, le chemin se développe et se termine différemment : en Enfer pour les malades de la cupidité dantesque et … au Paradis pour les chanceux visés par le mortel Cupidon.

Origine du mot Amulettes

Fascination ou malédiction

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Amulettes placées à l’entrée des maisons romaines – Herculanum, Musée archéologique de Naples

Être fascinant est une grande qualité pour une femme ou un homme. Pourtant, à l’origine, le mot, du latin Fascinum, n’avait pas une signification trop… fascinante. Au contraire, elle indiquait une sorte de malédiction, un mauvais œil qui passait des yeux des envieux à ceux des victimes sans méfiance. Ce n’est qu’à partir du XVIème siècle que la beauté, d’influence maléfique, devient un pouvoir de séduction, un leurre, une attraction. Toujours quelque chose de magique, mais heureusement de façon positive. La beauté se voit, la fascination se ressent. Bien que, à vrai dire, il existe de nombreuses sous-catégories de fascination : la fascination du pouvoir, de la force, de l’argent. Et heureusement aussi d’intelligence, de manières, de style. Il faut toutefois préciser que le mot latin fascinum à l’origine, contenait à la fois le problème (le mauvais œil) et l’antidote. En fait, pour les Latins, fascinum signifiait aussi Amulette, précisément contre le mauvais œil des envieux. Une amulette, cependant, de… forme inhabituelle. En fait, les porte-bonheur des anciens Romains contre le détestable Fascinum-Mauvais oeil étaient de nombreux phallus reproduits de la manière la plus variée et placés un peu partout. Beaucoup de ces fascinum (amulettes) ont été retrouvés sous forme de bijoux, de petites cloches, de lampes, de bas-reliefs pour protéger les personnes, mais aussi les maisons, les terres et les jardins. Ils étaient portés ou placés à la vue de tous car ils n’étaient pas du tout considérés comme inconvenants. Une très grande collection se trouve au Musée archéologique national de Naples, dans le cabinet dit secret, longtemps strictement inaccessible, mais désormais ouvert au public. Alors, que le FASCINUM nous protège !

Visuel : Diane et Cupidon, 1761, Pompeo Batoni, 124,5 x 172,7 cm , New-York, The Metropolitan Museum of Art

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chemin des mots
Date : 30 mai 2021

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