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Le chemin des mots : couvre-feu, agòn, Esope

Tout au long de notre vie, nous apprenons et utilisons des mots sans parfois connaitre leur parcours, fruit de la lente évolution d’une racine parfois très ancienne. Nous vous proposons une chronique bimensuelle sur l’origine de mots ou d’expressions françaises. Plongeons aujourd’hui dans l’origine du mot « couvre-feu », dans l’évolution du mot grec Agòn, puis dans une fable d’Esope.

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Sur le chemin des mots, il en est un que nous n’avions plus l’habitude d’entendre, et pourtant… Origine et symbole du mot « couvre-feu », de l’évolution du mot grec Agòn, puis d’une fabuleuse fable d’Esope.

Parlons vocabulaire. Le vocabulaire du français s’est enrichi de mots d’origine étrangère. Une grande partie du vocabulaire français a pour origine le latin (80 % des mots !), le francique, le grec (pour les mots savants) et quelques mots d’origine gauloise, mais la langue française utilise fréquemment des mots qui ont une autre origine. Dans ces temps de Covid 19, avec des frontières plus ou moins fermées, des peurs plus ou moins avérées, il nous a paru intéressant de mêler nos pays en prenant des mots, des expressions qui nous lient, par leur origine, à la langue de nos amis de la péninsule italienne, histoire de se sentir plus proches….

Fouiller les mots pour en saisir le sens et s’enrichir de son sens, depuis son origine jusqu’à son usage actuel. Les comprendre, pour mieux comprendre ces mots qui sont part entière de notre patrimoine culturel français.

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Une patrouille du couvre-feu arrête des noctambules dans une ville occupée, à onze heures le soir, durant la guerre franco-prussienne.

Couvre-feu, origine et symbole

Ce terme communément lié à la guerre ou à de graves calamités est malheureusement revenu à la vie en cette période de pandémie. Son origine, couvrir le feu, n’est pas récente. Elle remonte au XIe siècle lorsqu’en Angleterre le souverain Guillaume le Conquérant ordonna d’éteindre toutes les lanternes et tous les feux vers huit heures du soir. Le feu était littéralement couvert de cendres, donc couvre-feu. Cette obligation, qui s’est rapidement répandue dans toute l’Europe et a duré pendant tout le Moyen Âge, a été utilisée pour empêcher le déclenchement d’incendies nocturnes causés par des feux laissés sans surveillance. Il faut se souvenir qu’à l’époque presque tous les bâtiments étaient en bois et souvent avec des toits de chaume et qu’il était fréquent que des quartiers brûlent entièrement. Par la suite, le terme couvre-feu a pris un sens plus large et éloigné du terme d’origine pour désigner l’interdiction, imposée par les autorités, de quitter les maisons pendant un certain temps en cas de guerres, d’émeutes ou d’événements catastrophiques.

De manière plus ludique, couvre-feu est aussi le terme utilisé par les enfants pour indiquer l’heure de retour à la maison fixée par leurs parents (mais sur ce point, il est possible que l’interdiction ne soit plus qu’un souvenir…).

Une curiosité: à Winchester en Angleterre, une cloche sonne encore tous les jours à huit heures du soir en souvenir du couvre-feu médiéval imposé, comme mentionné, par Guillaume le Conquérant. Et depuis de nombreuses années, il n’a jamais manqué un carillon. La force de la tradition.

 

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Carte de la Grèce antique au Ve siècle av. J.-C © O H 2037

AGÒN : de la lutte à la chute, en passant par la lumière

Dans la Grèce antique, AGÒN signifiait initialement « réunion, assemblée ». Puis il indiqua le lieu où cela se déroulait et par la suite tout ce qui se passait à cet endroit : combats, compétitions, compétitions artistiques et sportives. De Agon, au sens de lutte/concours, avec diverses modifications, sont dérivés plusieurs termes de notre langage. Tout d’abord, Agonisme, c’est-à-dire l’engagement d’un athlète ou d’une équipe dans une Agon (course) devenu par extension affrontement dans un texte littéraire. Puis Protagoniste, c’est-à-dire les Protos (premiers), Agoniste (lutteur, acteur), devenu également le terme indiquant un muscle qui, seul ou en contact avec d’autres, entre en jeu pour l’exécution d’un mouvement. Et donc son rival Antagoniste, de anti (contre) agoniste (lutteur, acteur). Et de AGÒN (combat, compétition) dérive aussi, de manière inattendue, notre Agonie qui, après tout, est le tout dernier combat, la dernière course que tout être vivant doit affronter. En tant que Protagoniste, même vaincu.

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Sculpture grecque pouvant représenter Ésope © shakko

Esope et la fable

Une fois n’est pas coutume, voici une fable du sage écrivain Esope, qui vécut en Grèce au 6ème siècle avant J.C, où il était venu comme esclave, probablement d’Ethiopie. La Fontaine s’est largement inspiré d’Esope pour élaborer ses propres fables.

Chez l’un, comme chez l’autre, les animaux parlent et ressemblent aux hommes. Ils symbolisent des traits de caractère ou des comportements moraux typiquement humains, mais auxquels ils sont parfois étroitement associés (sans que cela soit forcément « naturel ») dans l’imaginaire populaire.

« Un âne porte une lourde charge de sel sur son dos.
En traversant une rivière, il glisse et se retrouve dans l’eau.
Le sel remplissant les paniers sur son dos se met à fondre et quand l’âne se lève, la charge est… beaucoup plus légère.
Il est donc très content de ce qui s’est passé ! Quelques jours plus tard, le même âne doit porter une charge d’éponges.
Arrivé près d’une rivière, conscient de ce qui s’est passé avec le sel, il se laisse tomber volontairement à l’eau, certain que la charge deviendrait plus légère.
Cette fois, cependant, les éponges trempées dans l’eau gonflent et deviennent plus lourdes au point que le pauvre âne ne peut plus se lever et sortir de l’eau, finissant par être entraîné par le courant. »

Parfois, même les hommes, comme l’âne, scellent leur sort, convaincu que leur comportement est juste.

Photo à la une : Statue de Guillaume le Conquérant à Falaise (Calvados) © Viault

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Date : 15 décembre 2020

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