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Le chemin des mots : faire table rase, écho, calligraphie

Tout au long de notre vie, nous apprenons et utilisons des mots sans parfois connaitre leur parcours, fruit de la lente évolution d’une racine très ancienne. Nous vous proposons une chronique bimensuelle sur l’origine de mots ou d’expressions françaises. Plongeons aujourd’hui dans l’origine de l’expression « faire table rase », dans le mythe qui se cache derrière « écho », et dans la vraie signification du mot « calligraphie ».

echo narcisse John William Waterhouse 1903 art gallery liverpool

Sur le chemin des mots, il en est un que nous n’avions plus l’habitude d’entendre, et pourtant… Partons à la découverte de l’origine de l’expression « faire table rase », du mythe qui se cache derrière le mot « écho », et de l’étymologie du mot « calligraphie ».

Parlons vocabulaire. Le vocabulaire du français s’est enrichi de mots d’origine étrangère. Une grande partie du vocabulaire français a pour origine le latin (80 % des mots !), le francique, le grec (pour les mots savants) et quelques mots d’origine gauloise, mais la langue française utilise fréquemment des mots qui ont une autre origine. Dans ces temps de Covid 19, avec des frontières plus ou moins fermées, des peurs plus ou moins avérées, il nous a paru intéressant de mêler nos pays en prenant des mots, des expressions qui nous lient, par leur origine, à la langue de nos amis de la péninsule italienne, histoire de se sentir plus proches….

Fouiller les mots pour en saisir le sens et s’enrichir de son sens, depuis son origine jusqu’à son usage actuel. Les comprendre, pour mieux comprendre ces mots qui sont part entière de notre patrimoine culturel français.

Tabula Rasa

« Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! Eugène Pottier

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Tablette de cire tenue par une femme identifiée à la poétesse Sappho.

Nous entendons souvent l’expression « Faire table rase », qui signifie « considérer comme nulles et rejeter en bloc des idées de conduite adoptées précédemment« . Par exemple : « Je ferai table rase de nos griefs, de mes contacts, de ses fautes… »

Pour commencer, on peut noter que « ras », adjectif datant du XIIe siècle, nous vient du latin « rasus« , issu du verbe « radere » qui signifiait « raboter » ou « raser« . D’abord « res », il nous en resté le « rez » qu’on trouve dans « rez-de-chaussée« . Il a commencé par qualifier une mesure remplie jusqu’au bord avant de désigner également au XIVe siècle une surface lisse et unie, celle qui nous intéresse ici.

La notion de « table rase » nous vient du latin « tabula rasa » qui désignait une tablette de cire vierge, sans aucune inscription ; Aristote en a fait une métaphore pour représenter l’âme à sa naissance, vierge de toute connaissance et de toute idée. On retrouvera cette image du support vierge sur lequel rien n’est encore écrit au XVIIème siècle en philosophie. L’expression « faire table rase », elle, date bien du XIXème. Elle reprend l’idée de la virginité, mais volontairement provoquée : on efface, on oublie tout ce qui existe, ce qui a déjà servi et on repart de zéro, sur de nouvelles bases.

Tabula rasa, « Table grattée »

Dans l’Antiquité, les gens écrivaient sur une tablette en bois (Tabula) recouverte de cire, gravant la surface avec un bâton pointu généralement en bois ou en métal, appelé stylet graphéion. Ce bâtonnet avait une extrémité aplatie, une sorte de petite spatule utilisée pour effacer, en grattant la cire. Faire table rase consistait donc à gratter la tablette pour la ramener à son état initial, afin de le réutiliser plusieurs fois. Le destinataire du message pouvait utiliser le même support pour la réponse. L’utilisation de ces tablettes cirées a duré des siècles. En perçant le bois et en le liant avec des cordelettes, elles étaient parfois réunies par paires et formaient un diptyque, ou trois à la fois, en un triptyque et si plus de trois, en un polyptyque.

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Écho et Narcisse par Nicolas Poussin (vers 1630)

Quand l’écho renvoie l’image d’une nymphe

Nous savons tous que l’écho est un phénomène acoustique qui se produit lorsqu’un son rebondit sur un obstacle et revient partiellement au point où il a été émis. Derrière ce mot, cependant, il y a une histoire d’amour et de souffrance.

Dans la mythologie grecque, Écho était une oréade, une nymphe des montagnes à la voix douce, qui aimait beaucoup (trop) discuter avec tout le monde. Elle vivait sur le mont Cithèron. Ce mont est également, d’après la légende, le lieu où des pâtres ont trouvé le mythologique Œdipe. Zeus, roi des dieux, utilisa Écho pour distraire sa femme Hera, alors qu’il était engagé dans des amours extraconjugales. Lorsque la femme trahie s’en rendit compte, elle punit la malheureuse, la condamnant à ne répéter que la fin des mots qu’elle avait entendus. Tombée follement amoureuse de Narcisse, Écho fut incapable de lui faire part de ses sentiments. Narcisse, agacé et imbu de lui-même, l’abandonna en larmes dans un bois. La pauvre se retira dans une grotte et laissa son corps s’user jusqu’à ce qu’il disparaisse. Le mythe est connu principalement dans l’antiquité par la version du poète latin Ovide.

«La vie est comme un écho. Si vous n’aimez pas ce qu’il vous renvoie, vous devez changer le message que vous envoyez », écrit James Joyce.

Mais ce n’est pas toujours facile.

La Calligraphie, l’Art du beau et Mode d’Expression

« Il ne faut, à aucun prix, renoncer à l’écriture, ne serait-ce que parce que dans toutes les grandes civilisations, l’écriture est liée à la calligraphie, c’est-à-dire à la beauté. » René Etiemble

Il n’est pas si loin le temps où l’on trempait son porte-plume dans l’encrier. « Applique-toi !» répétaient les parents. On rentrait de l’école, les doigts tâchés d’encre violette, un temps révolu.

calligraphieParfois, il y a des erreurs linguistiques qui se répètent tellement au fil du temps qu’elles sont enracinées et acceptées par tous, y compris les puristes. Par exemple « calligraphie ». Aujourd’hui, presque personne n’écrit à la main ; nous sommes tous occupés à frapper des touches et même à utiliser des mots pré-emballés. Autrefois, ce n’était pas le cas et nous avions l’obligation d’écrire avec une « belle calligraphie ». Voici l’erreur !!!

Le mot « calligraphie » vient du grec kalè (beau) et graphìa (écriture). Calligraphie signifie donc « belle écriture ». Quand nous disons belle calligraphie, nous faisons une répétition : belle-écriture. Pire encore quand on parle d’affreuse calligraphie, qui équivaut à « affreuse belle écriture ». Un gâchis ! Nous devrions dire correctement « belle graphie » et « affreuse graphie ».

L’écriture a toujours son charme. Tout comme, en parlant, le ton de la voix peut donner des significations différentes à ce que nous disons, de même, à l’écriture, notre calligraphie peut suggérer autre chose que les mots tapés sur un clavier. Cela peut devenir le miroir de notre être. Ne perdons pas cette merveilleuse façon de communiquer.

Photo à la une : Reproduction Echo et Narcisse de John William Waterhouse (1903) Art Gallery Liverpool

Date : 4 mars 2021

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