“L’Obsolescence programmée des pulls en cachemire”, par notre coach Jill Székely

15 mars 2017

Le drame avec les pulls en cachemire c’est que ce n’est plus comme avant. Pour preuve mes expériences successives dans divers magasins dans divers pays. Que ce soit en France, en Suisse ou en Allemagne, les pulls ne sont plus ce qu’ils étaient.

Mon enquête m’a amenée dans des magasins de taille respectable, ayant pignon sur rue, avec une offre diversifiée sur plusieurs étages, homme – femme – enfant.

Le premier point commun est que dans ces trois pays, le prix est proche, voire similaire. Il faut compter une centaine d’euros ou de francs suisse pour un pull standard. Comprenez sans torsades, sans capuche, sans effet spécial.

Dans ces trois pays, un pull à 100 balles est 100 pour 100 cachemire. Peut-être.

Dans ces trois pays, un pull a 100 balles est sans contexte à jeter après trois lavages. A la main et en eau froide, s’il vous plait. Car le problème n’est pas le lavage mais bien le portage. Pas pour les assurances, juste pour le fait de le porter.

Neuf, le pull est beau, il vous va comme un gant, on voit que vous portez un joli pull en cachemire. Le lendemain, ou la fois suivante, ne vous étonnez pas si une âme charitable vous donne une pièce dans la rue. Car ce que vous mettez sur votre dos est une sorte de vieux truc plein de boulettes de poils qui font pitié.

 

Deux options face à cette inexorable détérioration :

soit vous mettez une veste sur votre pull afin qu’on ne le voie plus – alors pourquoi acheter un pull en cachemire ? ou alors vous pouvez le raser. Oui, le raser. Soit avec un petit appareil à piles qui tourne et vous coupe toutes les petites boules, soit, pour faire plus simple, avec le rasoir jetable de votre compagnon, c’est moins cher et plus écologique.

Et c’est là que quand votre homme arrive et que vous êtes en train de raser votre pull avec son rasoir, il vous regarde bizarrement sans oser faire un seul commentaire et que plus tard il vous demande si vous ne voulez pas prendre quelques jours de vacances dans un sanatorium…

 

Vous me direz, il suffisait d’acheter un pull plus cher. Ben voyons ! J’ai aussi essayé.
Une marque – arnaque – super chébran, grand luxe, 4 fils, très jolie couleur. Il a peluché encore plus vite que les autres. Bon d’accord, il a été fabriqué sur l’Ile Maurice, c’est peut-être la chaleur qu’il n’a pas supportée.

Donc depuis quelques années, j’achète des pulls en cachemire, nostalgique de mes vieux pulls d’antan dont mon plus ancien, rouge et fêtant bientôt ses 10 ans, traînait avec mes habits de jardinage au fond de mon armoire.
Depuis mes rencontres de troisième type qui finissent tous dans le sac de la Croix-Rouge, je suis allée le rechercher, l’ai lavé doucement en machine programme laine et l’ai remis en pull-position dans mon armoire, sur la pile, pile pull.

Vous me direz, ce n’est jamais qu’une histoire de pulls !
Et bien oui et non, car c’est une histoire de pulls qui représente l’histoire de toutes nos affaires, matérielles et humaines.

 

L’obsolescence de nos pulls est une image de l’obsolescence de tous nos biens et surtout de nos relations.

« Vive la nouveauté, vive la révolution numérique, ou digitale, vive le neuf, le jeune… » et comme pour nos pulls, on réalise, mais un peu tard, qu’on a jeté le durable pour le remplacer par du jetable, et qu’il est un peu tard pour qu’on ne nous y reprenne plus.

 

Jill Szekely
WiB-Swiss Winners in Business