Théâtre Romain de Fréjus : Don Quichotte Flamenco « Ou, l’histoire de l’inaccessible quête »

30 juillet 2017

Rêve burlesque ou errance épique et tragique, le livre de Cervantes est devenu sans conteste un mythe de la littérature du 17ème siècle à nos jours. Ce chef d’œuvre séduira de nombreux autres artistes créateurs et connaîtra à travers le monde de multiples adaptations, tant au cinéma, au théâtre, en peinture, en danse ou en musique.

Don Quichotte bouleverse Jacques Brel lorsqu’il assiste, au Carnegie hall de New York, à la comédie musicale de Dale Wasserman. De retour en Belgique, il adapte l’œuvre et y tient le rôle principal. Créé au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, le spectacle connaît un immense succès jusqu’en 1969, date à laquelle où, étant malade, Jacques Brel doit arrêter le spectacle, ayant perdu plus de 10 kilos pour ressembler au personnage ; la quête d’un autre mythe sans aucun doute !

Un Don Quichotte aux couleurs hispaniques, mis en scène par Gérard Chambre, au théâtre romain de Fréjus

Dans la production que nous avons vu à Fréjus ce dimanche 23 juillet, Gérard Chambre nous propose une version très hispanisante du sujet, mêlant l’illustre chevalier de la Mancha au patrimoine musical du Flamenco. Lorsqu’il créé en 2008 au Festival de Lacoste « l’ Homme de la Mancha« , il nous propose dans sa mise en scène une vision très personnelle de l’œuvre en rendant un vibrant hommage à Jacques Brel.
Comédien et chanteur, il incarne merveilleusement le personnage. Tout au long du spectacle, il nous transporte dans l’univers d’errance psychique de Don Quichotte. Dans son « connaîs toi toi-même » il est extrêmement poignant, nous entraînant dans un parcours initiatique de la folie à la révélation de son être véritable qui le conduira inéluctablement à la rédemption par la mort, comme l’a souhaité, dans son dernier manuscrit, Cervantès.

Tous les personnages sont dans le ton et l’harmonie du spectacle, parfois truculents, souvent d’une sincérité théâtralement burlesque et parfaite. Le rôle de Sancho est superbement tenu par Fabrice Coccitto ; il est, n’en doutons pas, la conscience terrestre de ce duo fantasque. Lui non plus ne connaîtra jamais l’inaccessible rêve des îles paradisiaques, un autre mythe encore bien d’actualité ! Dulcinella, interprétée par Lucie Fabry, est pétillante en une Carmen de l’amour impossible d’un rêve d’enfant brisé par la réalité de la vie. Quant à Véronique Fourcaud, en matrone fouettarde, elle est irrésistible dans sa cocasserie de mégère péremptoire. Le chanteur, les musiciens et les danseuses de flamenco de la troupe de Tchoune Tchanelas sont d’une grande qualité, et leur présence nous entraîne avec virtuosité dans l’atmosphère d’une auberge andalouse à la conquête de la Belle de Cadix, Dulcinella du métissage des genres et des cultures.

Un très beau spectacle qui connaît largement le succès mérité.
Enfin, j’aimerais laisser la parole à Pierre Cardin, un ami de longue date du metteur en scène qui continue à lui témoigner toute sa confiance :  » Gérard Chambre est un homme qui a beaucoup de talent, et je l’ai toujours suivi dans sa carrière. Il a un certain sens de l’humour et de l’intelligence… Il est très doué ! ».