Autour du Mont-Ventoux, le Safran et le Vaucluse

12 novembre 2015

Connu depuis l’ Antiquité à travers le monde, le safran , petite fleur-épice mauve, crocus sativus, était cultivé et utilisé comme assaisonnement, parfum, teinture et médicament.

 

En Vaucluse, vers la fin du XIV ème siècle ,un gentilhomme avignonnais, monsieur de Porchères, en ramena quelques bulbes et la culture s’étendit dans tout le Comtat Venaissin.
Puis sous l’influence d’Olivier de Serres, Ministre de l’agriculture d’Henri IV, cette culture gagna la Drôme et se répandit dans l’Angoumois et le Gâtinais.
Au début du XVI ème siècle , l’agriculture locale subit une transformation avec le partage des terres cultivables entre la vigne, la luzerne et le safran. Au XVIIe siècle, la culture de safran se développa dans tout le Vaucluse et notamment à Pernes et Caromb. On comptait plus de 160 safraniers autour de Carpentras.
On retrouve aussi dans les archives cette mention du 2 octobre 1718 stipulant que “ceux qui cultivent le safran devront payer la dîme à l’évêque lorsque les fleurs de safran passeront l’entrée des portes de la ville”.

Après la Révolution, le Vaucluse produit en 1806, 5 000 kg de safran pour l’exportation, la culture étant pratiquée dans de nombreux villages : Modène, Mormoiron, Mazan, Cairanne , St Cécile, Camaret , Orange…. A noter que Le 2ème Vendémiaire, correspondant au 23 septembre dans le calendrier révolutionnaire, s’appelait « Safran » : c’était la date la plus fréquente pour l’apparition des premières fleurs.
1789 et 1816 et surtout 1880-1881 furent des années de grands froids et détruisirent complètement les récoltes. La fin du XIXème sera donc marqué par l’arrêt de la culture du safran en Vaucluse.

 

En 1818 un intéressant mémoire écrit par Mr de Gasparin (agronome et homme politique né à Orange) nous apprend que : « la culture du safran est d’un excellent rendement et que le cultivateur dés la première année rentre dans ses frais et dés la seconde perçoit des intérêts ». La culture de la plante est bien détaillée et le travail agricole qui en découle aussi : « C’est véritablement la culture par excellence du père de famille chargé de nombreux enfants. » . Et Mr de Gasparin rajoute : « Le plus faible de tous trouve à s’y occuper avec le plus âgé … Au lieu de ces filatures mal-saines auxquelles on occupe les enfants indigents et dont le succès est subordonné aux circonstances du lieu et du moment combien n’est il pas heureux de trouver une culture qui paye tous les soins, qui procure un bénéfice honnête, et permet d’occuper ces êtres malheureux en plein air et des ouvrages mâles qui fortifient à la fois la santé et le caractère. » !!!!!!

Donc les enfants de la ferme sont alors occupés tout le jour à ramasser ces fleurs en coupant la fleur à ras de terre et la mettant dans un panier passé au bras gauche. Le soir venu, les fermiers, leurs femmes , leurs enfants, leurs valets se réunissent autour de la table; chacun est muni d’une petite écuelle où il dépose les pistils . 200 stigmates ne feront, une fois séchés, qu’1 seul petit gramme de safran ! Ce dernier travail se prolonge dans la nuit autant qu’il est nécessaire pour le terminer.
« Dans les pays où cette culture est très-étendue, chacun cherche se procurer des ouvrières supplémentaires , heureux ceux qui auront les plus jolies pour attirer à leur veillée les jeunes gens du hameau qui s’adjoignent volontairement au travail. On paie à ces jeunes filles 60 centimes par jour et elles sont nourries pendant les quinze jours de la récolte. »

On pratiquait deux méthodes pour sécher le safran. La première qui était pratiquée près de Carpentras , était de l’exposer au soleil , la seconde autour d‘Orange consistait à mettre les pistils dans un tamis garni en canevas, que l’on plaçait sur la braise de sarments. Un ouvrier remuait sans cesse les stigmates jusqu’à ce qu’ils deviennent cassants. Le plus estimé et le plus cher des safrans était alors, celui dit “d’Orange”.

Dans le Vaucluse, un hectare de safranière pouvait produire annuellement vingt-cinq kilos de safran.

Les safraniers de Mazan auraient dû renoncer à la culture de leurs fleurs à cause d’une invasion de rats qui auraient détruit tous les oignons de la plante.
En Provence, on se servait aussi du safran pour la fabrication d’une teinture de couleur chaude caractéristique : le safranous.

Depuis une dizaine d’années , le safran a fait son grand retour en Vaucluse, grâce à des passionnés , les safranières fleurissent à nouveau en octobre et offrent des paysages multicolores tout autour du Ventoux.

 

Par Françoise Richez,

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