Isle sur la Sorgue : Frederic Lardeau, tourneur sur bois. Un métier qui remonte à environ 1350 ans avant Jésus-Christ

23 juin 2016

A l’Isle sur la Sorgue, Ville d’eau et d’arts, nous avons rencontré Frédéric Lardeau, tourneur sur bois. Un métier qui se perpétue depuis des milliers d’années, reconnu auourd’hui dans le monde d’artisanat d’art.

 

Découverte d’un métier, de techniques, d’un savoir, d’un artisan d’art…

 

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Vous êtes tourneur sur bois après une carrière de militaire, comment avez vous choisi cette activité ?
C’est à la lecture d’un article de presse de 2008, traitant de reconversion professionnelle, que je me suis orienté vers le travail du bois, après presque vingt ans d’activité militaire. À partir de 2010, j’ai ainsi appris des gestes traditionnels grâce à plusieurs formations : ébénisterie et sculpture sur bois à l’École Supérieure d’Ébénisterie d’Avignon, au Thor, puis tournage sur bois à l’école Jean-François Escoulen à Aiguines (Var). J’ai décidé d’exercer le métier de tourneur, peut-être à cause de sa rareté mais surtout pour son histoire, et j’ai obtenu mon CAP en 2014, à 43 ans !

 

Un tourneur sur bois, c’est quoi exactement ?
C’est un métier qui remonte à environ 1350 ans avant Jésus-Christ, en Égypte avec le tour à archet.
C’est de l’artisanat d’art, et le tournage consiste mettre en rotation une pièce de bois et à la modeler avec des outils tranchants ou raclants. Les applications, très variées, vont de la reproduction de pièces de mobilier jusqu’à la décoration d’intérieur, en passant par la lutherie, les luminaires…

Concernant le bois en lui-même, ses provenances sont très variées : un tourneur saura aussi bien modeler les essences utilisées par les menuisiers et les ébénistes, que celles impropres à la fabrication de menuiserie ou de meubles (racines, loupe, ronce, bois « vert » – bois qui a moins d’un an d’abattage encore en sève).
Artistiquement, on peut combiner le bois à d’autres matériaux (métal, pierre, verre…) et agir sur le traitement de surfaces (sculpture, pyrogravure…) en plus des finitions (peintures, cires, huiles, vernis).
Être tourneur sur bois aujourd’hui, c’est avoir une forte motivation, recevoir une formation de qualité, pratiquer longuement et détenir une sensibilité artistique alliée à une réelle culture.
Et la concurrence reste sévère :  l’industrialisation dénature le métier artisanal par une production moins soignée, générée par certains praticiens séduits par l’apparente et fausse facilité de mise en œuvre (machines à commande numérique et machines à copier).

 

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De quoi vous inspirez vous pour votre créativité ?

Tout ! Mon environnement, mes souvenirs et expériences, l’histoire de l’art, l’enseignement du métier que j’ai reçu…
Actuellement, je privilégie les formes épurées associées à un travail de sculpture ou de décor peint, et je m’oriente pour les mois à venir sur l’étude des civilisations disparues à travers le monde (Asie, Amérique du sud, Méditerranée…).
Les limites (que l’ont repousse sans cesse) sont principalement matérielles, et la créativité s’exprime d’autant plus librement et facilement que les gestes techniques sont maîtrisés (une histoire de relation entre les deux hémisphères de notre cerveau, et de la mémoire des gestes). En tournage sur bois, chaque réalisation permet de parfaire ces gestes, donc d’accéder plus facilement à la création. Si vous voulez développer votre créativité, soyez curieux (et technicien) !

 

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Comment définiriez vous votre sensibilité à travers cette activité ?

Concrétiser ses idées, ses inspirations en créant me permet d’accéder à une certaine sérénité. C’est une histoire d’ego (en tant que fondement de notre personnalité), que connaissent touts les créateurs : j’ai fait cela, j’en suis fier, regardez/touchez/goûtez/sentez/écoutez, soyez ému.
Il faut réussir, par l’intermédiaire de ses œuvres, à créer une émotion chez autrui. C’est très intéressant car il faut pouvoir évoluer auprès des gens en fonction de leur culture, et réussir à les rendre sensible à nos réalisations. En revanche, le rapport au temps est très pernicieux, car on peut se perdre parfois dans des détails et ne plus voir l’ensemble de l’œuvre.

 

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A quel genre de public s’adressent vos créations ?
Ayant démarré en octobre 2015, j’ai beaucoup d’idées mais je n’ai pas encore eu le temps de développer autant de lignes de produits que j’aimerais. Elles auront toutes en points communs :  faits main, esthétique unique voire personnalisable, issus d’un savoir-faire traditionnel, fabriqués en France. Pour le moment, mes créations s’orientent vers un public recherchant des objets de décoration intérieure.
En complément, je propose des ateliers (pour adultes) d’initiation au tournage et à la sculpture sur bois.

 

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Pourquoi avoir choisi l’Isle sur la Sorgue pour vous installer ?
Ayant découvert le travail du bois en 2010 à l’École Supérieure d’Ébénisterie d’Avignon, au Thor, j’ai découvert et voulu exploiter le potentiel touristique élevé de l’Isle-sur-la-Sorgue.
Après plusieurs semaines de recherches pour m’établir, j’ai rencontré M. Jean Outters (Directeur du Service Développement Économique et Agricole de la CCPSMV*) qui m’a mis en relation avec M. Luc Bertin (Plafonds de l’Isle), propriétaire actuel du local où j’exerce mon activité artisanale.
* Communauté de Communes Pays des Sorgues Monts de Vaucluse

  

Frédéric Lardeau – Artisan d’art sur bois
100, avenue de la petite marine
84 800 L’Isle-sur-la-Sorgue
Tél. : 06 72 14 41 28
Site : lardeau-fr.blogspot.fr