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Paul-Emmanuel Thomas, directeur artistique du Festival de Menton : « Un festival c’est un rêve »

Rencontre avec Paul-Emmanuel Thomas, directeur artistique du prestigieux festival de musique de Menton. Parmi une pluie d’annulation de festivals en cette période si particulière, celui de Menton a résisté. Plus concentré, il a lieu du 1er au 10 août 2020. La covi19 n’aura pas eu raison mais permis réflexion vers un concept d’ouverture numérique au service de la musique classique et d’accessibilité sur le monde entier.


Le Festival de Musique de Menton a résisté en cet été 2020. La 71 ème édition se poursuit dans son temps. Innovante, réinventée, plus concentrée, le directeur artistique Paul-Emmanuel Thomas nous explique son nouveau concept, qui malgré les restrictions de jauges, est accessible au monde entier grâce au numérique.

Rencontre avec Paul-Emmanuel Thomas, directeur artistique du Festival de Musique de Menton

Faire que le festival se poursuivre sans interruption

Un festival c’est un rêve. C’est un programme qu’on élabore longtemps à l’avance, parfois même plusieurs années avant. Et puis on a vu les nuages s’amonceler au-dessus du monde de la musique et de la culture en général. On a vu les annulations de festivals se multiplier les unes après les autres, et depuis début mars, on a voulu avec beaucoup de détermination, trouver des solutions, trouver d’autres moyens parfois, de diffuser la musique, mais faire que ce festival qui existe depuis plus de soixante dix ans, puisse continuer son existence sans interruption et vivre sa 71 ème édition cet été.

Rester toujours debout

Il nous a semblé très important que nous soyons toujours debout. La musique a, je crois, beaucoup de choses à nous dire, y compris dans des périodes comme celle que nous traversons Je crois que c’est Kandinsky qui disait que l’artiste était à la fois un miroir, une espèce de caisse de résonances de la Société de son temps, mais aussi qu’il avait des intuitions sur les mutations qui étaient à venir, et je crois que c’est très important. Nous avons besoin, le monde d’aujourd’hui a besoin d’entendre ce que les artistes ont à dire, de ce que nous traversons, sur le plan sanitaire, les changements sociétaux qui sont à l’oeuvre. Cela me semble très important que nous ne soyons pas silencieux dans ce moment là.

Une édition 2020 du Festival de Menton aux couleurs particulières

La deuxième chose, c’est que la contrainte peut être aussi une source d’innovation, de créativité. On a exploré énormément de scénarios. C’est vrai que pendant plusieurs semaines, plusieurs mois, on a exploré un certain nombre de pistes. On ne les a évidemment pas toutes retenues, parce que certaines sont sans doutes des projets d’avenir, je pense à la réalité virtuelle où la technologie n’est pas encore complètement tout à fait au point sur certains dispositifs. En revanche, nous avons pu utiliser un certain nombre de collaborations avec de jeunes starts up françaises et italiennes, qui donneront une coloration un petit peu particulière à cette édition. Sans doutes de nouveaux projets que nous conserverons dans l’avenir.

Créatif, intuitif, numérique, branché, nouveau concept du Festival de Menton

Nous avons lancé une nouvelle série dans le Parc du Pian, une immense oliveraie qui surplombe la mer, avec une très belle vue sur la vieille ville de Menton.
Nous avons fait un partenariat avec une start up italienne, basée à Milan, qui a mis au point un système, où vous avez un piano, un piano tout à fait normal, connecté avec un procédé qui s’appelle SilentSystem, lui même connecté à une bande wifi, qui émet un signal. Et dans un périmètre de 300 mètres, avec un casque connecté en wifi à cette borne, vous pouvez entendre le son du piano comme si vous y étiez. Comme si vous étiez à 50 cm de l’instrument, alors que cela vous permet de respecter une distanciation sociale relativement importante.

Un festival connecté pour attirer un nouveau public

Nous avons noté un intérêt général de nouvelles générations, ou de générations qui ne se sentaient pas forcément connectées à la musique classique et qui nous ont dit :  » c’est intéressant ce dispositif, on aimerait bien en faire l’expérience »
Je crois que le spectacle vivant est avant toute chose une expérience. Une expérience personnelle et collective et, nous avons besoin de cela. Faire des concerts, diffuser des archives, je trouve cela très intéressant, mais la musique vivante, par définition, suppose d’être dans l’instant présent, et suppose l’interaction en temps réel entre un artiste et le public. Et même si on fait le même programme plusieurs fois, mais dans des lieux et avec des publics différents, notre émotion, ce que nous renvoie le public, et donc finalement ce que nous vivons tous ensemble, n’est jamais identique.

Une application pour jouer en duo avec Renaud Capuçon ou Kit Amstrong

Nous faisons un autre partenariat, et c’est une première avec une start up française, cette fois-ci, qui s’appelle NomadPlay, qui va enregistrer le concert du 5 août avec Renaud Capuçon et Kit Amstrong. Ils ont mis au point un algorithme, qui permet, comme si vous aviez une gomme, d’effacer l’une des parties instrumentales, et si vous êtes pianiste ou violoniste, étudiant, amateur ou professionnel, vous pouvez vous substituer à l’un des deux partenaires, avec des interactions possibles : mettre en boucle, ralentir ou accélérer le tempo. C’est comme un karaoké mais plus poussé. Nous innovons cette année avec eux, avec un catalogue, qui j’espère, poursuivra dans les prochaines années, avec des concerts « Festival de Menton NomadPlay », et des concerts évidemment millésimés, ce qui nous permettra de revivre l’émotion de tel ou tel concert de manière très interactive.

Une programmation artistique de haut vol

Les contraintes étaient très importantes. L’édition 2020 du Festival de Menton était faite depuis de nombreux mois lorsque la crise sanitaire a commencé, et tout de suite, nous nous sommes rendus compte qu’un certain nombre de projets que l’on avait lancés, étaient complètement irréalisables. À la fois pour des questions de circulations des artistes, pour des questions d’organisation, de rencontres pour les répétitions. Il a fallu donc revoir tout le programme, pour trouver des solutions, concert par concert,. Certains concerts sont issus de la version originale, et puis, d’autres, malheureusement, on dû être annulés, reportés, pour des éditions futures, parce que nous avions des artistes qui venaient de Russie, du Japon, du Brésil, de Suisse, du monde entier comme chaque année. Évidemment, dans cette configuration tout à fait particulière, ces invitations n’étaient plus possible, parce que ces artistes n’avaient pas la liberté de circuler. Lorsqu’il a fallu boucler cette édition, il y a un peu plus de trois mois, nous avions davantage de questions que de certitudes.
Donc nous avons fait le choix, d’inviter toujours notre ADN de ce festival, qui est d’une très haute exigence artistique, des artistes français et des artistes résidant sur le territoire français, de façon à être à peu près sûrs, que quelle que soit l’évolution de l’épidémie, nous puissions réaliser cette 71 ème édition du Festival de Menton. 

Le Festival de Menton, c’est aussi une découverte d’artistes français, stars internationales à l’étranger

Le Festival de Menton a toujours eu une vision très large du monde la musique. Il ne se cantonne pas seulement aux artistes qui font beaucoup de concerts sur le territoire français. Nous avons la chance d’avoir une vision assez large du monde de l’interprétation de la musique d’aujourd’hui. C’est aussi l’occasion d’inviter des artistes, qui sont parfois peu ou encore trop méconnus sur le territoire français, alors que par ailleurs, ils font de grandes carrières, et dont la sensibilité, l’engagement, le sens artistique, correspondent parfaitement à celui du Festival de Menton.

Le Virus de la Musique

Qu’un virus circule, mais le virus de la musique seulement. Et que celui là nous contamine jour et nuit et nous donne beaucoup de bonheur.

Le sens du bonheur de Paul-Emmanuel Thomas

C’est beaucoup de choses, mais peut être la chose la plus essentielle, c’est de se sentir complètement vivant. Et le spectacle vivant a besoin de cette émotion là, de cette instantanéité là. le bonheur, c’est peut-être aussi le plaisir de se retrouver et de partager des choses, des émotions tous ensemble.

Par ailleurs, nous préciserons que tous les concerts sur le parvis de de la Basilique saint Michel, sont captés intégralement. Ils sont visibles sur la page facebook du Festival de musique de Menton, pendant une durée de 15 jours.

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Localisation : Menton
Date : 4 août 2020
Centre Dramatique des Villages - Haut Vaucluse

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