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Albert Camus, un Étranger si Intime

Avant-première d’un film documentaire sur Les Vies d’Albert Camus. Nombreuses fussent-elles pour ce fou de Méditerranée qui a rassemblé sa tribu à Lourmarin, au coeur du Luberon. Regard sur L’étranger si intime.

Albert Camus


Le cinéma le Gyptis à Marseille a présenté l’avant-première d’un splendide film documentaire sur Albert Camus, ‘Les Vies d’Albert Camus’ soutenu par France-Télévision sur proposition de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur. Fondé sur des archives restaurées et colorisées, et des témoignages de première main, ce documentaire tente de dresser le portrait de Camus tel qu’il fut.

« Aujourd’hui, je me félicite de la sortie de ce documentaire consacré à la vie de ce fou de Méditerranée qu’était Albert Camus. C’est pour nous une fierté et un honneur d’avoir apporté notre soutien à ce film exceptionnel» a commenté Renaud Muselier. Aux côtés du Président de la Région, plusieurs personnalités étaient présentes dont Catherine Camus, fille de l’écrivain, le réalisateur, Stéphane Sibon Gomez représentant Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévision et Laurence Mayerfeld, directrice régionale de France 3.

Ce film d’1h 30, réalisé 60 ans après la disparition d’Albert Camus avec la collaboration de Serge de Sampigny, est majoritairement composé de témoignages inédits et d’archives personnelles d’Albert Camus, colorisées pour l’occasion. Mort à 100 à l’heure, le célèbre écrivain a aussi vécu à toute allure, sans doute parce qu’il avait l’épée de Damoclès de la tuberculose au-dessus de la tête. Camus y est raconté comme un aventurier du XXème siècle, qui, en si peu d’années, aura réussi à vivre tant de vies. Il est l’écrivain de l’Etranger, un des romans les plus lus au monde, il est Le philosophe de l’Absurde et de la Révolte, le résistant, le journaliste, l’homme de théâtre, le passionné de football, l’amoureux des femmes…

Albert Camus, romancier, essayiste, dramaturge

Camus a profondément marqué son époque et sa pensée continue à avoir une grande influence aujourd’hui. Dans l’œuvre d’Albert Camus se lit souvent la nostalgie de l’enfance. Malgré la pauvreté dans laquelle il a grandi, il n’oublie pas ses origines. Depuis Paris, Camus évoque son amour et son manque de mer, d’été à Alger. Trois événements importants de sa vie vont l’influencer: l’Algérie, l’expression du caractère méditerranéen qui investit l’écrivain et toutes ses réflexions, la tuberculose et la guerre. Mais surtout, et avant tout, l’amour.

Les vies d’Albert Camus

«Ne marche pas devant moi, je ne te suivrai peut-être pas. Ne marche pas derrière moi, je ne te guiderai peut-être pas. Marche à côté de moi et sois simplement mon ami » (Albert Camus)

À elle seule, la phrase résume, l’homme.

Albert Camus nait à Mondovi, en Algérie, en 1913 dans une famille française très pauvre. Son père, Lucien Camus, d’origine alsacienne, est ouvrier agricole et sa mère, d’origine espagnole, fait des ménages. Entre l’amour d’une mère qui ne savait ni lire ni écrire et l’absence d’un père qu’il ne connut qu’en photographie, Albert Camus était doublement étranger à l’intelligentsia française.

« Ce n’est qu’avec le silence, la réserve, la fierté naturelle et sobre que cette famille, qui ne savait même pas lire, m’a alors donné les plus hautes leçons, qui durent toujours ».

Le père de Camus décède en 1914 à la suite d’une blessure à la tête, lors de la bataille de la Marne, pendant la Première Guerre mondiale, « pour servir un pays qui n’était pas le sien », comme le note Camus lui-même dans son dernier roman « Le premier homme « .
Après la mort de son père, la famille de Camus part pour Alger, dans le quartier de Belcourt. Ici Albert Camus passe son enfance au contact de la réalité sociale du sous-prolétariat arabe, qui lui laissera un souvenir indélébile et que l’on retrouve au centre de nombre de ses écrits.
De 1918 à 1923, il fréquente l’école municipale, où le professeur Jean Grenier, impressionné par son intelligence, le suit avec attention et lui permet d’obtenir une bourse pour fréquenter le « Lycée Bugeaud » d’Alger, non sans avoir fait le ‘siège’ de la grand-mère afin qu’elle accepte que son petit-fils fasse des études.

« Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude » (Albert Camus)

Il s’inscrit à la faculté de philosophie de l’Université d’Alger, mais, malgré sa tuberculose, il poursuit ses études en privé sous la direction du professeur Jean Grenier.
En 1933, Camus épouse Simone Hiè. Il rejoint le Parti communiste en 1934, s’engageant à diffuser les idées du manifeste marxiste auprès de la population arabe. Il met sur pied le Théâtre du travail (avec lequel il signe six créations), devient secrétaire général de la Maison de la culture d’Alger. Albert Camus se montre soucieux du sort de la population « indigène ».

« On ne saurait parler de culture dans un pays où neuf cent mille habitants sont privés d’écoles, et de civilisation, quand il s’agit d’un peuple diminué par une misère sans précédent et brimé par des lois d’exception et des codes inhumains », écrit-il en 1937, peu avant son exclusion du parti.

En 1936, il est diplômé en philosophie, présentant une thèse sur « la métaphysique chrétienne et le néoplatonisme », respectivement sur les études chrétiennes concernant l’être et ses premiers besoins, et sur un courant philosophique, développé autour du IIe siècle après le Christ, dont il a repris et révisé les thèmes de la pensée, élaborés des siècles plus tôt par Platon. L’année suivante, il est engagé par Radio Alger en tant qu’acteur, alors qu’il commence à publier ses premiers essais et romans.
Il devient rédacteur en chef du journal « Alger Républicain » et commence à dénoncer, en tant que journaliste, l’exploitation des Arabes, des Nord-Africains en France. Il expose et diffuse sa pensée ouvertement antinazie, mais n’est pas accepté comme volontaire pendant la Seconde Guerre mondiale, jugé trop faible en matière de santé.
En 1940, Camus se remarie avec Francine Faure et avec le soutien de Pia Pascal, il devient journaliste au « Paris Soir », un prestigieux journal parisien, qu’il quitte quelques mois plus tard, car il le considère collaborateur du régime nazi qui avait envahi la France. Après la censure de deux journaux, Camus doit quitter l’Algérie. Il travaille à Paris à la rédaction de Paris-Soir. Il entre dans la Résistance en 1943 et est l’auteur des ‘Lettres à un ami allemand ‘ écrites et publiées durant l’occupation.
Après la libération de la France, qui a eu lieu le 4 août 1944, Camus reprend officiellement la direction du journal « Combat », devenu légal, avec son ami Pascal Pia, et l’année suivante il publie une enquête sur la répression de la révolte algérienne menée par les Français. Le 5 septembre de la même année, sa femme donne naissance à des jumeaux, appelés Jean et Catherine. Camus commence une nouvelle série de livres pour la maison d’édition « Gallimard », avec laquelle il collabore depuis un certain temps.

Fauchée en pleine gloire, une vie qui contenait tant de vies

Des vies…. Celle d’un enfant défavorisé grandi au soleil de la Méditerranée, celle d’un homme épris de justice, jeté dans les combats de la Résistance, une vie de théâtre, une vie de rencontres passionnées, une vie à hauteur d’homme.

Le documentaire s’ouvre sur la voiture accidentée de l’écrivain, par une froide et brumeuse journée d’hiver.
Albert Camus meurt à 46 ans, le 4 janvier 1960, deux ans après son prix Nobel de littérature. Auteur de «L’Etranger», un des romans les plus lus au monde, philosophe de l’absurde et de la révolte, résistant, journaliste, homme de théâtre, Albert Camus a connu un destin hors du commun. Enfant des quartiers pauvres d’Alger, tuberculeux, orphelin de père, fils d’une mère illettrée et sourde, il s’est arraché à sa condition grâce à son instituteur et au football.
Français d’Algérie, il ne cessa de lutter pour l’égalité avec les Arabes et les Kabyles, tout en redoutant l’Indépendance du FLN.

Camus et Sartre

« J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice, il fallait donner sa vie pour la combattre. » (Albert Camus)

« Je répondais que l’Etat était responsable de la violence et que c’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas d’autre choix que de répondre par la violence.
Dans notre cas, ce n’était qu’une forme de légitime défense. » (Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté)

Bien qu’amis, les opinions de Sartre et de Camus différaient dans les croyances politiques, dans l’athéisme et même dans la considération de l’absurde. Quant aux opinions politiques, Sartre partage les idées du parti marxiste : il est convaincu qu’il peut parvenir à une réelle amélioration des conditions de vie, à tel point qu’il est accusé ‘’d’ultra-bolchevisme ». Camus divergeait du communisme. Sartre a vivement critiqué le capitalisme occidental, et pour cette raison, a refusé le prix Nobel de littérature que son collègue a reçu en 1957 en 1964.
Les deux écrivains français ont choisi l’existentialisme athée, Sartre a affirmé que « si Dieu existe, l’homme n’est rien; si l’homme existe … Dieu est mort « , tandis que pour Camus » si Dieu existe, tout dépend de lui, et nous ne pouvons rien contre sa volonté. S’il n’existe pas, tout dépend de nous  »

Politiquement, Camus voulait d’une Algérie où Arabes et Français continueraient à vivre ensemble sous un régime français égalitaire  et a fustigé les actions du FLN, au contraire de Sartre qui soutenait le combat pour l’indépendance de l’Algérie.

« La souffrance profonde de tous prisonniers et de tous les exilés est de vivre avec une mémoire qui ne sert à rien. » (Albert Camus – La peste p. 72)

Albert Camus a mesuré, paume contre paume, le territoire dans lequel se déplace un narrateur, sa limite douloureuse et sa grâce, ou ses mots. Des mots qui ne vaincront pas la faim, qui ne sauveront pas des vies, qui ne tueront pas les virus, mais l’écrivain ne « travaille » pas, « n’agit » pas sur le pouvoir, plutôt sur la responsabilité.
Camus sait que tout tourne autour de cela: responsabilité et raisonnement. Il sera impossible d’améliorer le monde – c’est la reconnaissance rationnelle – mais il sera possible d’améliorer la vie des personnes qui entrent en contact avec nous, et donc cette impossibilité en tant que postulat peut tomber.

La vie d’Albert Camus est un roman qui se lit dans toutes ses œuvres, véritables tesselles d’une précieuse mosaïque.
Français né en Algérie. Français vivant parmi les Français d’outre-mer. Français qui vit parmi les Arabes qui le percevaient comme un privilège, Camus, dans sa vie, se sentira toujours un étranger.

Camus a aimé, plusieurs femmes, et il les a aimées toutes. Camus, écrivain du réel, du quotidien, de la rencontre avec l’autre, est celui, nécessaire, qui encore nous rapproche.

Ce fou de Méditerranée a rassemblé sa tribu à Lourmarin, dans une maison qu’il a achetée avec l’argent de son prix Nobel.
Lourmarin, avec son soleil, ses briques et sa terre rouge, Lourmarin où il retrouvait la chaleur de l’Algérie. Mais ni celles qu’il a aimées, ni ce village provençal aux rues tortueuses n’auront assouvi sa soif.

Comme ces amputés qui ont mal à un membre fantôme, Camus a mal à son Algérie, pour l’éternité.

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Albert Camus
Localisation : Marseille
Date : 23 janvier 2020

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