Théâtre Toursky : Poètes, vos papiers !

17 septembre 2019

Théâtre Toursky Poètes vos papiers !

Théâtre Toursky : Poètes, vos papiers ! Une Victoire, mais en pointillés ….

Spectacle musical donné au Théâtre Toursky, en ce vendredi 13 septembre, à l’origine prévu pour une entrée en résistance de son directeur Richard Martin.

« Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle… On veut couper l’oxygène à ce théâtre, lumière phare du 3e arrondissement de Marseille. Il faut que Marseille redevienne fraternelle”

La combattivité de Richard Martin, décidé à entamer une grève de la faim dès la fin du concert, la pugnacité de son administratrice et directrice de la communication Françoise Delvallée, et le soutien de toute l’équipe du théâtre et des milliers de personnes venus spontanément défendre la culture, semblent avoir eu raison de la cupidité et du déni, mettant en péril l’existence même du Théâtre Toursky. L’un des plus beaux fleurons de la ville de Marseille, implanté dans l’un des quartiers les plus populaires et les plus difficiles, là où la ghettoïsation guette, le Toursky ouvre grandes ses portes et offre l’excellence.

C’est au terme d’une entrevue de dernière minute avec Monsieur Gaudin, Maire de Marseille, qu’un accord semble avoir été trouvé.
Richard Martin est sorti conforté par la décision du maire de rétablir les 85000 euros qui avaient été brutalement amputés sur la subvention de fonctionnement ces deux dernières années.
La grève de la faim de son Directeur et de plusieurs personnes l’accompagnant est donc suspendue jusqu’au 30 octobre 2019, et l’effervescence montre que la mobilisation reste active.

Un concert gratuit pour entrer en résistance

Devant une salle effervescente, “chauffée à blanc”, le spectacle “Poètes vos papiers” peut débuter …
C’est un Richard Martin galvanisé, au sommet de son art, ‘habité’ par Ferré, qui pulvérise la scène. Magistral ! La diction, le souffle, sont parfaits, le frisson à fleur de peau du public. Avec une énergie débordante, c’est un lion fraternel à la douceur d’oiseau qui manie les mots avec une habileté diabolique, les enchaîne, les éructe, les caresse, leur fait l’amour. Richard invente, imagine, explore, crée, inspire, change le monde. Il sublime l’instant et la vie.

A ses côtés, le doudouk, tour à tour poignant, envoûtant, sybillin, de l’immense musicien Levon Minassian prolonge l’émotion, la magnifie ; Sublime. Plus qu’un accompagnement, le clavier de Serge Arribas devient protagoniste à part entière, enveloppant, précédant, amplifiant la musique des mots. Valérie Miquel, en danseuse éthérée aux gestes purs, fine silhouette rouge se découpant dans la pénombre, harmonise ce monde merveilleux de la poésie, qu’elle soit parole, musique ou danse.

Une scène en rouge et noir !

Noir comme ce drapeau que brandissait Léo, noir comme la colère ; rouge comme la lutte et le cœur des hommes, rouge comme la fraternité. Pour terminer, une chanson qui ébranle : ‘Avec le temps’ ; « Avec le temps, on aime plussss » dit Richard Martin à la salle, presque un murmure, qui résonne, rebondit, pénètre les spectateurs, clair, palpitant, vibrant, les soulevant d’enthousiasme. On sort groggy d’un tel spectacle, groggy mais heureux et tellement plus riche d’amour.

Une Victoire pour le Toursky, mais en pointillés ….

Au terme du concert, Richard Martin remercie du soutien, rappelle qu’il est heureux que certains théâtres aient des aides de la Municipalité bien plus fastueuses, que les saltimbanques sont frères. Il annonce toutefois rester vigilant et sur ses gardes quant aux promesses données puis il donne la parole à Françoise Delvalée. Émotion contenue,  elle expose simplement le pourquoi des revendications. Elle rappelle que 85 000 euros représentent le salaire d’un mois seulement des employés du Toursky, tous solidaires.”La lutte continue”. Oeuvrant souvent dans l’ombre, c’est sous les projecteurs qu’elle remercie personnellement les milliers de personnes qui se sont jointes au mouvement.

Puis, René Mussi, Président de l’Association ‘Les amis de Richard Martin’ lira, pour clore la soirée, une satire qu’il nomme ‘Fable marseillaise’ : ‘Le Pescadou et le Piadon’, citant en exergue Confucius :

« Allure débonnaire et belles paroles sont très rarement signe de sincérité ».

Mais plus que jamais, résister c’est venir au théâtre et de s’abonner … www.toursky.fr
Programmation 2019-2020 du Théâtre Toursky 

© Photos : Candice Nguyen