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Chorégies d’Orange : Louis Désiré met en scène La Traviata. « Je vis l’Opéra comme je le sens dans mes veines »


Sur la Scène du Théâtre Antique d’Orange, rencontre avec Louis Désiré, metteur en scène de La Traviata de Verdi – Opéra les 3 et 6 août prochains. Partage de sa vision et imagination d’une mise en scène intimiste. 
 

Nous continuons nos rencontres sur les Chorégies d’Orange au Théâtre Antique, c’est avec notre Metteur en Scène Louis Désiré.

On se retrouve Louis encore cette année. Tu montes La Traviata, cette année, l’année dernière Carmen. On reste un peu dans le même registre, classique, tragique…

Inexorable. C’est un destin presque pas choisi mais inévitable.

Est ce que c’est un registre que tu aimes particulièrement ?

Particulièrement, oui. J’aime bien exprimer ce qui me fait très peur, qui m’affole depuis toujours, la mort la faim; et la chance qu’ont certaines héroïnes de mourir avant de connaître la déchéance la décrépitude. et ça me fascine de montrer ces gens qui savent ou qui ne savent pas qui vont mourir très vite.

L’inaccessible ?
Oui je dirais inexorable plutôt. L’inaccessible comme le miroir, comme le miroir qui reflète toujours ce que l’on veut cacher. Ce miroir qui reflète le présent le passé, ces moments tangibles, mais jamais le futur.
Violetta est pour moi une femme qui masque sa maladie par un optimise forcené, par un excès de volonté de vivre, de vouloir prendre tout ce qui arrive, le bien comme le mauvais. De le prendre, de l’avaler de le vivre, de le respirer, de le boire, de donner son corps et sa nature dans le moment immédiat en profitant de tout ce qu’il se passe . Même quand il s’agit de prendre des décisions plus radicales elle le fait d’une façon abrupte et presque inattendue.

Quitte à se mettre en retrait ?
Quitte à se mettre en retrait. quitte à retourner dans un monde. Parce que la Traviata c’est pas l’histoire d’une pauvre fille qui meurt très jeune d’une maladie incurable. Surtout à l’époque, c’est l’Histoire d’une Société qui accepte tout et qui rejette tout avec la même facilité. Donc on a une masse de gens qui l’adore, qui la vénère quand il la voit chez elle et quand ils la retrouvent en grande difficulté chez les autres, ils la méprisent. C’est un peu ça la Traviata.
Moi je ne suis pas un grand intellectuel, ni un grand dramaturge si on veut. Je vis l’opéra comme je le sens dans mes veines et comme je le vois dans mes yeux. Je l’apprécie beaucoup et j’essaie de montrer ce qui d’une façon obstinée me plait avant tout. C’est ce que je veux montrer. Quelquefois les résultats sont différents, l’appréciation est différente aussi. Mais c’est toujours ce qu’a peu près j’avais dans le cœur. Tant soit peu que dans des conditions un petit peu brèves comme à Orange, on arrive à instaurer une vraie volonté dans une mise en scène puisque on a peu de temps, les conditions, le théâtre, le plein air sont plutôt des handicaps plutôt qu’une aide, mais bon j’ai dit oui, alors il faut bien le faire !

Comment as-tu vu cette mise en scène alors ?
Par ce grand miroir. Il était difficile pour moi d’imaginer Traviata dans le grand espace qu’est le Théâtre d’Orange.
D’ailleurs tu as recentré la scène sur un plateau au milieu de la Scène.
Oui on a fait un milieu de scène qui est l’ombre portée de ce miroir qui est tombé, qui s’est cassé, qui reflète tout son bagage, son monde, tout ce qu’elle désire, et tout ce qu’elle veut apporter. Pas trop des lieux où elle évolue mais plutôt des sensations, des choses qu’elle ressent. Alors il était difficile de réduire cela à très peu pour la multitude de scènes intimes, pour deux petites scènes de foule où la c’est vrai on peut aller au-delà de l’intimité mais après tout le reste ne sont que des scènes avec deux maximum trois personnages, alors il faut rester là bloquer dans un endroit avec cet énorme miroir qui reflète ce que l’on veut cacher. Il est l’ami, il est le traître, il est le porteur, il est l’espoir.

Et ne pas éparpiller les uns et les autres sur ce grand plateau? C’est peut être le risque aussi quand on est metteur en scène ?

Quand je fais de la mise en scène, j’aime bien que les gens soient toujours assez près les uns des autres, intimistes parce que cela donne une réalité un petit peu « cinématographique » d’une conversation normale autrement. Le fait qu’on chante disproportionne bien-sûr l’attitude. Mais j’aime tout de même que les gens soient près parce que qu’and on est près, on arrive beaucoup plus à ressentir ce que ressent l’autre; et donner soi-même par de là et au-delà de ce que donne l’autre, donner soi-même une plus grande intimité tout en essayant que leur propre jeu passe au-delà d’un endroit aussi immense que le théâtre ici à Orange.
C’était un petit peu le parti pris d’avoir un endroit intime comme le miroir dans lequel nos souvenirs s’éparpillent dans le cosmos; là où elle retournera pour toujours. Parce qu’on la fait sortir d’un énorme ciel étoilé et c’est un énorme ciel étoile qui l’aspire quand elle meurt. Parce que ce n’est pas un secret de dire qu’elle meurt.
C’était le parti pris simple mais je crois assez direct. Hier soir on a commencé les lumières, il y a beaucoup de projections sur le mur, des lustres et des arbres, des choses quelquefois quand on se regarde dans un miroir, on voit par la fenêtre qui est derrière, on voit si on est dans un ville, dans la campagne ou dans une maison… C’est ça que je voulais voir, cette espèce d’indiscrétion que j’aime bien montrer dans le travail que je fais, dans l’opéra. C’est montrer d’une façon classique l’ouvrage mais comme regardé par un petit biais, par un petit côté. C’est comme ça que je le vois, c’est comme ça que je le fais, et j’espère que c’est pour ça que l’on me le demande.

Quel est le risque d’un metteur en scène, Louis, lorsque tu mets en scène des œuvres qui ont été produites des milliers de fois ?
Le seul risque ne vient pas de moi, il vient du public qui vient toujours dans l’esprit ou dans l’idée de voir quelque chose qu’ils connaissent et qu’ils s’attendent à voir. Sinon pour moi ce n’est pas un risque parce que je crois jeter un regard assez simple et discret et pas du tout provocateur et vulgaire.

On est tout de même aux Chorégies d’Orange et le public est un public assez élitiste…et quand on a tendance à sortir un peu du cadre, quel est le risque du metteur en scène et de sa liberté de créer?
Ah oui, j’en ai fait les frais l’année dernière… La liberté est la même, intacte. Ce n’est pas parce que l’on a pas plu à une frange du public que l’on doit changer sa façon de penser, de voir. Si l’on me demande de faire des choses, c’est parce que l’on sait bien que je vais les faire. Je ne suis jamais le rail permanent de tout le monde, que ça plaise ou que ça ne plaise pas. Mais il n’y a jamais de raison je pense que ce soit en dehors d’une conception générale de ce que l’on peut attendre de l’opéra. Je ne sors jamais de ce cadre là. Je ne fais pas de transpositions rocambolesques, je ne change rien dans les paroles, mais je regarde toujours avec mes yeux et pas avec les yeux des autres.
Donc c’est moi qui parle ce que l’on voit. Mais évidemment ici, comme je te l’ai dit , c’est difficile que des gens voient comme l’on a voulu faire parler ses yeux et son cœur, parce que le temps est trop court, pour rentrer, j’allais dire dans le vif du sujet, dans le grand du sujet.
Mais on donne tout ce que l’on a dans le cœur pendant les deux semaines qu’on est là. Ça va très très vite, trop vite. On se demande même comment on arrive à survivre parce que c’est très fatigant. Beaucoup de choristes, beaucoup d’intempéries. Quand on l’a fait une fois et quand on y retourne on sait à quoi s’attendre.
Mais enfin j’avoue que Raymond Duffaut m’avait demandé de faire la Traviata avant Carmen, ma première mise en scène ici. Je crois que si il me l’avait demandé après Carmen, je ne l’aurais pas fait. C’est très très fatigant, très stressant, c’est en même temps très agréable, parce qu’on travaille avec des grands chanteurs de grands talents, un plateau magnifique. C’est très stimulant. C’est se mesurer un peu comme ça aux grands. Moi j’adore l’opéra. j’adore les chanteurs, donc quand les chanteurs sont bons, quant il ont de l’expérience, quand il ont du tempérament, c’est très stimulant pour moi.

Comment puises-tu ta créativité dans les mises en scène ?
Dans des nuits sans dormir ! C’est la nuit quand je me réveille la nuit, je pense à des choses comme ça qui me sautent aux yeux et je note dans ma tête. J’écris maintenant sur mon téléphone, des notes de voix, et après j’écris tout à la main. Et puis des choses se construisent. On part d’une idée qui se construit, on avance. Et puis des idées se mélangent, se croisent, se font face, se cognent. Quelque chose doit surgir de tout ça. Et grâce à ma collaboration avec Diego Mendez-Casariego qui fait les décors et les costumes, une collaboration très intense, passionnée, merveilleuse.
Lui c’était la première fois qui faisait les décors à Orange, avec des idées plein la tête, très bien canalisées. Le décor est très beau, très élégant, et en même temps très tragique.
Nous sommes presque au bout du chemin. Il nous reste quelques jours avant que l’Orchestre arrive jeudi prochain. J’ai encore une grande scène que je n’ai pas fait avec les chœurs et demain toute la journée et revoir tout ce que l’on a vu. Et après quand arrive Placido Domingo, il faudra que tout soit près pour que quand il arrive le dernier, il s’inscrive dans cette géographie, dans cette grammaire, le mieux que l’on pourra.

 

 

 

Date : 31 juillet 2016
Centre Dramatique des Villages - Haut Vaucluseanim art 2020 2021

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