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Exposition Mucem : Giono et ses zones d’ombre

Exposition au Mucem sur Jean Giono.
Les zones d’ombre d’un écrivain reconnu pour ses ouvrages du monde paysan provençal.
À voir jusqu’au 17 Février 2020

Né en 1895 à Manosque, au coeur de la Provence, et décédé en 1970 dans son village natal, Jean Giono inspire la Provence au grand public, avec sa pipe et les tableaux des paysages provençaux du monde paysan.
Aux abords du cinquantenaire de sa disparition, le Mucem expose Giono, non pas son âme figurative, mais s’inscrit dans une intimité de ses faces cachées et de ses zones d’ombres.

Entretien avec Emmanuelle Lambert, écrivaine et commissaire de l’Exposition Giono au Mucem

Rendre sensible le mouvement de la vie et de l’oeuvre qui s’entrecroisent chez Giono

La scénographie a été conçue par Pascal Rodriguez, architecte qui fait beaucoup de scénographies sur les expositions en relation avec la littérature . Il avait par ailleurs scénographié l’exposition Beat Generation au Centre Pompidou à Paris en 2016.
C’est une scénographie à laquelle nous avons beaucoup réfléchi parce que nous voulions qu’elle rende sensible le mouvement de la vie et de l’oeuvre qui s’entrecroisent chez Giono.
Elle commence donc par le tunnel de la mort, une installation de Jean-Jacques Lebel consacrée à la guerre de 1914. Puis, petit à petit, nous avons une « enfilade » de salles, un parcours chronologique, un plafond très bas qui nous tombe sur la tête au moment de l’occupation, pour signifier tout l’enfermement et la difficulté de cette période.
Puis au moment où Giono réinvente complètement son oeuvre, déserte le terrain de son oeuvre passée, ce linéaire là, ces boîtes là, deviennent une spirale où tout va s’entremêler, où la profondeur créatrice de Giono prend corps dans l’espace.

Jean Giono, un écrivain fait d’ombre et de lumière

Il y a quelque chose qui m’a frappée quand j’ai commencé à travailler sur Giono, c’est l’écart entre l’image que j’avais de lui, qui je crois est une image partagée : un écrivain très solaire, très chaleureux, un monsieur en veston, en Provence, avec sa pipe, avec ses moutons, son olivier … Un écrivain inspirant l’essence de la Région. Cet écart entre cela et son oeuvre, m’a sauté au visage. Cela m’a tellement perturbée, que c’est devenu le postulat de l’exposition .
Revisiter Giono à travers ses zones d’ombre, dans cette exposition au Mucem. Voir que c’est un être qui est fait d’ombre et de lumière et qui a une quête de lumière chez lui mais qui passe dans la traversée de l’ombre. Cela m’a inspiré dans l’écriture de mon livre intitulé Giono, Furioso, où je raconte une redécouverte que j’ai de son oeuvre, et de la manière dont cela m’a amené à penser différemment de lui, et à concevoir cette exposition.

Une fois qu’on a tiré le fil des livres, on peut tirer le fil de la vie

Projecteur TV : Pourquoi à travers cette exposition au Mucem, cette volonté de montrer les zones d’ombre de Giono ?
C’est ce qu’il y a dans son oeuvre …
Quand on s’attaque à un écrivain, il faut commencer par lire ses livres. Pas nécessairement ses entretiens ou les reportages sur lui, mais il faut d’abord aller lire ses livres. Les livres de Giono sont des livres qui sont à la fois extraordinairement consolant dans leur puissance de vie, mais c’est précisément parce qu’il traverse la noirceur et la mort qu’ils sont consolants. C’est parce qu’il passe par des choses qui sont durent, qu’ils arrivent à nous consoler parce qu’il finissent par trouver la lumière .
Donc, le point de départ, c’est Giono qui me le donne. Ce sont ses livres qu’ils me le donne. Et après, une fois qu’on a tiré le fil des livres, on peut tirer le fil de la vie, et essayer de raccorder tout ça, dans un parcours qui entremêle les deux.

Entretien avec Jacques Mény, président de l’Association des amis de Giono, et Conseil Scientifique de l’Exposition au Mucem

Je suis venu il y a 4 ans, rencontrer Jean-François Chougnet, le président du Mucem, pour lui proposer une exposition sur Giono dans le cadre du cinquantenaire de sa disparition .
Ce que je ne savais pas, c’est que lui même avait envisagé une exposition sur Giono au Mucem. Donc nous n’avons eu aucune difficulté à s’entendre. Les choses se sont enchainées naturellement.
La commissaire d’exposition, spécialisée sur Jean Giono  a souhaité démontrer deux axes : la guerre de 14-18 et la seconde guerre mondiale. À partir de là, il s’agissait de voir comment on allait montrer le parcours de Giono, sans faire l’exposition traditionnelle, qui nous montre le brouillon, le manuscrit, la plume, la reconstitution de son bureau….
J’ai regretté trop longtemps, et je regrette parfois encore aujourd’hui, que l’on nous présente Giono comme un personnage totalement aimable, totalement amusant, généreux, bon…Alors que c’est un personnage qui a des côtés sombres, des phases sombres. Il y a une très grande part d’ombre chez Giono, et cette part d’ombre, nous avons essayé de la mettre en lumière.
Le fil rouge : comment le mal travaille dans l’oeuvre de Giono, alors que l’on à pense à Giono comme un humaniste, l’écrivain de la bonté, de la générosité, de la pitié… (Il a écrit Solitude de la pitié) Démontrer comment ce Giono va devenir un anti humaniste.
Quelqu’un qui écrit « Je ne vis plus qu’en Société que par surcroît, et les hommes ne m’intéressent plus, que comme des objets d’art dans des musées », on ne peut plus plus dire que c’est humaniste.

La seconde guerre mondiale, le noyau dur de cette exposition

Et c’est la seconde guerre mondiale, qui est vraiment le noyau dur de cette exposition, avec tout sa part d’ombre, et aussi sa part positive.
Il a sauvé des gens, mais il les a sauvés d’individu à individu. C’est le refus du collectif, c’est le refus de l’Histoire, c’est le refus d’entrer dans un nouveau mouvement de l’Histoire comme il a été contraint de rentrer en 14, qui fait que Giono devient un individualiste, qui ne s’occupe plus que d’autres individus.

Il refuse aussi bien la Résistance que la Collaboration.

Évidemment, cela aura des effets désastreux, dans son village à Manosque, mais c’était une prise de position. On peut dire que c’était indéfendable…
Mais ce qui est certain, c’est que Giono n’a jamais soutenu idéologiquement, ni matériellement, ni physiquement, ni le régime de Vichy, ni l’occupant Allemand.
Donc, on ne peut pas considérer qu’il a été un collaborationniste, et c’est d’ailleurs ce que la Résistance reconnaîtra en 1944, en le laissant libre de ses mouvements, sans aucune charge à retenir contre lui.

L’Association des Amis de Jean Giono

L’Association des Amis de Jean Giono a été créée en 1972, 18 mois après la mort de Jean Giono , dans sa maison de à Manosque.
Je me prépare donc à célébrer les 50 ans de l’association, que je préside depuis 2005.
Elle a été d’abord fondée par sa fille Aline, aujourd’hui disparue, et par Henri Fucher, son ami au collège et grand intellectuel, professeur à l’Université d’Aix en Provence.
Cette association s’est créée pour faire vivre son oeuvre, recueillir son héritage, accumuler la documentation, pour publier .
C’est une manière de dynamiser l’oeuvre er de la maintenir.

« Lucien Jacques, le sourcier de Giono », Exposition au Musée Regard de Provence

En parallèle avec l’exposition de Giono au Mucem, l’exposition « Lucien Jacques, le sourcier de Giono », prend tout sa place au Musée Regard de Provence, musée voisin du Mucem.
Poète, éditeur, peintre, dessinateur, graveur et danseur, Lucien Jacques, né le 2 octobre 1891 à Varennes-en-Argonne et mort le 11 avril 1961 à Nice, était un ami de Jean Giono.
Un prolongement de l’exposition autour de Giono, qui entend montrer une autonomie de l’oeuvre de Lucien Jacques et proposer des thèmes permettant de rendre justice à la force et au talent de poète.

Exposition Giono au Mucem et Lucien Jacques, le Sourcier de Giono au Musée Regards de Provence

À voir jusqu’au 17 Février  – Marseille
www.mucem.org

 

Localisation : Marseille
Date : 23 janvier 2020

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