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Rencontre avec Nicholas Angelich, »la musique, c’est comme dans la vie : toujours faire mieux »

Rencontre avec Nicholas Angelich, pianiste – Festival International de Piano à la Roque d’Anthéron 2019 – Direction artistique de René Martin

Au lendemain de son concert sur le répertoire de Chopin en cet été 2019, Nicholas Angelich, fidèle invité de cet incontournable festival en Provence, nous accorde cet instant de partage autour de sa passion de la musique et de son amour pour la France.

Un concerto consacré à Chopin, Nicholas Angelich au Festival International de Piano de la Roque d’Anthéron

Interprétation à l’unisson, Nicholas Angelich a interprété  le deuxième concerto pour piano et orchestre n° 1 aux côtés du Royal Northern Sinfonia sous la direction de Lars Vogt. Un tonnerre d’applaudissement a clôturé ce concert, concluant à un équilibre entre une énergie fougueuse du maestro et l’intériorité du pianiste.

Délicatesse et douceur sous l’agilité du jeu pianistique et réserve qui disparaît peu à peu lors de notre interview. Rencontre avec un immense pianiste :

Est – ce que la délicatesse et la douceur font partie de votre personnalité ? 
Nicholas Angelich : C’est très difficile de parler de sa propre personnalité. Ce qui compte, ce sont d’abord les oeuvres. Essayer de les rendre les plus fidèles et justes à la partition et de la vivre de la façon qui nous semble la plus honnête. Ce qui vient de notre personnalité, c’est quelque chose qui se communique, mais ce n’est pas la chose principale.
Chez Chopin, l »instrument est tellement sublimé dans son écriture, et en même temps très abouti, avec une imagination sonore dans la façon de traduire les idées.
Le répertoire de Chopin exprime beaucoup d’émotions. Il y a évidemment la délicatesse et la qualité du son pour exprimer les idées musicales. Cela me semble très important dans cette musique là, mais aussi dans d’autres répertoires. la personnalité de l’interprète passe de toutes façons. Nous sommes comme des acteurs qui jouent un rôle de pièce de théâtre. Nous devons jouer juste.

Vous dégagez beaucoup d’intériorité à travers votre manière de jouer …
NA : Chopin est un compositeur qui a beaucoup de brillance, de fulgurance. Malgré ses problèmes de santé, sa musique n’exprime pas la souffrance. c’est une musique très forte, avec beaucoup d’émotions très variées. Il y a une forme psychologique dans sa personnalité qui permet d’exprimer beaucoup de choses. L’intériorité est très importante dans cette musique là parce que Chopin, à mon avis, avait beaucoup de subtilités dans sa personnalité mais aussi à travers sa façon d’écrire. On ressent ce raffinement et en même temps, cette force incroyable. Ce n’est pas une musique superficielle. Mais est ce qu’il y a des musiques superficielles ? Notre rôle, en tant qu’interprète, est de comprendre au mieux une partition, et d’essayer de la partager avec le public.

Toujours faire mieux

Comprendre une partition, est-ce aussi comprendre la vie du compositeur ?
NA : Bien-sûr que cela veut dire ça. On sait que Chopin avait des problèmes de santé considérables, mais sa musique ne doit pas être considérée comme une musique maladive. Ce n’est pas une musique de salon. Il n’y a rien de vulgaire chez Chopin. Ce n’est pas juste bien fait, mais c’est d’une grande élégance, avec une complexité émotionnelle très spéciale.

Alors vous avez été très fidèle au compositeur, avec votre élégance, intériorité, délicatesse…
NA : C’est une partition très difficile. Même si on la joue depuis très longtemps, en la relisant, on redécouvre toujours des choses nouvelles, que l’on n’avait pas forcément comprises de façon éloquente, dans le passé. On est toujours entrain de chercher.

C’est cela qui est passionnant, de toujours chercher à faire mieux ?
Nicholas Angelich : Oui, Bien sûr ! C’est comme dans la vie. On cherche le sens des choses, que ce soit de manière plus générale ou détaillée.
Ce qui est formidable dans la musique, l’art, ou la musique, c’est qu’il faut toujours chercher comme une espèce de logique, mais ce n’est pas une logique simple. C’est très subtil. On passe sa vie à faire cela aussi bien que possible. C’est beaucoup de travail.

Une rencontre avec Aldo Ciccolini, il devient le professeur de Nicholas Angelich

Nicholas Angelich, vous êtes d’origine américaine, venu en France à l’âge de 13 ans pour suivre vos études au conservatoire de Paris. Pourquoi un changement aussi soudain au cours de votre adolescence ?
NA :
Ce n’est pas ma décision, car à 13 ans, on ne décide pas seul. C’est la décision de mes parents et des circonstances de l’époque. C’est vrai qu’à cette époque là, je ne pouvais pas rentrer dans un cursus d’études supérieures aux États-Unis avant l’âge de 18 ans. Les choses ont changé maintenant.
À l’époque, on pouvait rentrer très jeune au Conservatoire de Paris. la limite d’âge étant à 14 ans, j’ai obtenu une dérogation.
J’ai eu cette rencontre avec Aldo Ciccolini qui m’a accepté comme son élève, et ma vie a changé à ce moment là. J’ai ainsi poursuivi mes études au Conservatoire, même au delà de mon cursus de piano. Ma vie a commencé ici. Cela fait 35 ans que j’habite en France.

« Je suis très attaché à la France »

Vous sentez-vous plus français ou américain ?
NA :
Les deux … je n’ai pas fait ma demande de nationalité française, parce qu’à l’époque, on perdait la nationalité américaine si l’on en demandait une autre.
On ne sait pas trop comment se positionner. On essaie de donner du sens et de comprendre qui l’on est et dans quelles circonstances on vit.
Ma vie est plus en France, et je suis très attaché à la France. Je suis souvent considéré comme citoyen français, y compris aux USA. J’ai appris le français très jeune, et beaucoup de mes amis sont ici. Je me suis habitué à la vie en Europe et plus particulièrement à la vie en France. C’est chez moi.
L’Amérique est le territoire que mes parents ont choisi. c’est très important aussi pour moi. je suis né là-bas.
Nous sommes tiraillés, sauf pour les gens qui sont ancrés dans un endroit. Quand on est musicien, on commence à bouger très jeune.

Comment avez-vous vécu votre venue en France à votre adolescence? 
NA : Cela m’a beaucoup plu d’apprendre de nouvelles langues dans une ambiance artistique très incroyable. Vivre une ébullition culturelle, c’est quelque chose de fantastique. Je pense que cela conditionne la personnalité, la vie . Cela apporte beaucoup de richesses, mais en même temps c’est aussi difficile.
Avez-vous d’autres activités autrement que par la musique pour vous ressourcer lorsque vous n’êtes pas en concert ?
J’essaie … C’est très important de ne pas rester enfermé dans ce que l’on fait. la musique, c’est tout sauf un enfermement.
Quand vous passez des heures et des heures de votre vie seul entrain de travailler, entrain de chercher depuis des années et des années, c’est quand même très particulier. on est toujours à rechercher un équilibre.
J’aime beaucoup la lecture. J’essaie d’être avec des personnes dans mon entourage qui ne sont pas dans ce monde là. C’est très important pour moi de changer un peu d’atmosphère.

« Comprendre les autres, c’est se comprendre soi-même »

Si on ne se rend pas compte de nos problèmes, on ne peut pas se rendre compte des problèmes que les autres peuvent avoir.
C’est une chose qui nous arrive à tous potentiellement. Je vois aussi que les gens ne comprennent pas, et c’est normal, toutes les choses qui sont difficiles dans notre vie.

Mais je suis très heureux de beaucoup travailler. Finalement, je deviens comme mon père. Il disait toujours qu’il adorait travailler. Je trouvais qu’il travaillait trop. Je me rends compte qu’avec l’âge, je deviens comme lui. Peut-être que c’est bien. Je suis entrain de devenir ou redevenir comme mes parents, alors c’est une bonne influence.

Je suis d’ailleurs beaucoup venu avec mes parents au Festival de Piano de la Roque d’Anthéron. C’est un endroit fabuleux musicalement, où je retrouve mes amis, une ambiance très particulière, un lieu très spécial. C’est très bien de revenir dans un lieu où l’on se sent bien. On est toujours dans le mouvement, alors venir dans un lieu que l’on connaît, on l’on est bien accueilli, c’est rassurant. On en a besoin.

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Localisation : La roque d'anthéron
Date : 18 mars 2020

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