Le chocotourisme (suite) : La Guadeloupe au gré du chocotourisme

29 août 2017

Après avoir rencontré l’Office du tourisme des Iles de Guadeloupe et eu un contact sur le conseil de l’AFITV avec l’agence de voyage Tropical Tour, correspondant de Costa Croisières pour les excursions locales lors des escales, nous nous sommes mis en route de bon matin de la gare maritime de Bergevin.

Ayant emprunté la luxuriante route de la traversée, admiré les pitons des Mamelles qui s’ouvrent sur le mythique Parc National de la Guadeloupe, nos pas nous ont guidés vers le petit village de Pointe-Noire avec comme première étape de notre périple la visite de la Maison du Cacao.

La Maison du Cacao, lieu incontournable du chocotourisme

La visite commence par une promenade dans un jardin tropical où poussent en toute liberté les cacaoyers.

Des panneaux nous expliquent les trois types de cabosses que nous y rencontrons :
Le Forestano, le plus commun ; sa culture représente 80% de la production mondiale. Elle est de couleur jaune et sa saveur est plus amère.
Le Trinitario représente 15% de la production ; les cabosses sont rouges puis orangers à maturité.
Le Criollo de même couleur, est quant à lui plus rare ; le cacao issu de cette espèce est peu amer et offre un arôme puissant et une finesse gustative remarquable. Cela en fait un produit d’excellence très recherché par les chocolatiers.

Durant cette promenade, de nombreux panneaux éducatifs nous content l’histoire du cacao depuis les Mayas et les Aztèques jusqu’à la colonisation espagnole et son développement contemporain à travers le monde.
Pour clore cette visite, nous sommes accueillis par une hôtesse qui nous initie aux différentes étapes de la production, d’abord l’écabossage qui permet d’extraire les graines enrobées d’une pulpe blanche, le mucilage, puis de sa transformation par la fermentation, les fèves sont exposées en plein soleil deux à trois semaines avant d’être torréfiées à environ 120°, jusqu’à sa phase finale c’est à dire le broyage pour fabriquer une pâte homogène qui deviendra ensuite sous la main experte des chocolatiers, le chocolat tel que nous savons l’apprécier en Europe depuis le début du 16ème siècle.
Notre visite se termine par la déclinaison et la dégustation des différents produits obtenus à partir de la culture des cabosses de l’exploitation agricole de la Maison du Cacao. Avant notre départ, nous apprenons que la Maison du Cacao organise des stages de découverte sur une journée avec, au final, la réalisation par le stagiaire de sa propre tablette de chocolat.

Voilà, n’en doutons pas, une idée originale pour organiser sa première journée de chocotourisme et devenir un artisan du plaisir gustatif.

Déambulation vers un paradis …

En prenant la route vers Basse Terre, nous longeons la plage de Malendure et la Réserve Cousteau, un site de toute beauté, paradis aquatique des plongeurs pour découvrir sur 1 000 hectares de fonds marins, coraux, poissons tropicaux et même, si le vent est favorable entendre le chant des baleines à bosses évoluant dans une eau à 28 degrés.
Un conseil, surtout n’oubliez pas votre pot de beurre de cacao acheté à la maison du cacao, c’est paraît-il un très bon remède contre les coups de soleil !

A l’entrée du village de Vieux-Habitants, le Musée du Café nous accueille et… surprise, nous faisons connaissance avec l’atelier de Marianne qui a créé en 2008 la chocolaterie des Suprêmes, nom en adéquation avec la finesse de ses produits. Elle nous fait partager avec amour sa passion et son savoir-faire. Formée en Suisse, elle sait harmoniser, telle une alchimiste, l’excellence des saveurs des chocolats suisses à celles des Caraïbes : sel de cacao, rochers cacao-manioc, huile d’olive au cacao, des pâtisseries au cacao bien appétissantes et autres spécialités bien alléchantes. Nous sommes reçus avec grande gentillesse et découvrons un savoir-faire unique qui est teinté de simplicité et de convivialité. Une deuxième étape essentielle à notre initiation aux maîtres chocolatiers de Guadeloupe.

Entre plaisir des yeux et plaisir gustatif, le chocotourisme, parcours des sens :

Puis nous décidons de visiter la vallée de la Grande Rivière sur les hauteurs de Vieux Habitants, où se dessine, parmi les nuages, le volcan de la Soufrière. Esquisse d’un passé lointain, l’habitation de la Grivelière est depuis 1987 propriété patrimoniale de la Région Guadeloupe. Elle est gérée aujourd’hui par une association dynamique appelée tout symboliquement « Verte Vallée ». L’ensemble du domaine est restauré et réhabilité en musée du café et du cacao. C’est un lieu à la beauté sauvage dans le maintien et le respect des traditions ancestrales, avec sa maison de maitre, ses cases et ses dépendances. Plantés à la façon d’antan, les plantations se marient et s’harmonisent dans un authentique jardin antillais, comme le préconisait le Père Labat dans son livre « Voyage aux Isles ». Le responsable du domaine, Joël Barul, nous accueille en personne et nous fait visiter avec passion ce paradis terrestre. Il nous explique les difficultés de l’exploitation du cacaoyer, avec ses nombreux prédateurs, en particulier le pic, oiseau endémique et protégé, qui s’attaquent à une grande partie de la récolte des cabosses, mais également le vieillissement et le renouveau des plantations et sa satisfaction de voir émerger sur le domaine une cabosse hybride, entre le trinitario et le criollo.
Il nous invite ensuite à partager le déjeuner à la table d’hôtes de l’habitation. Un repas où tout est récolté sur le domaine de la Grivelière, et préparé pour l’occasion sur le thème du cacao. L’apéritif concocté par Fety, le maitre incontesté des cocktails, nous met dans l’ambiance pour apprécier à sa juste valeur un émincé de dinde au cacao, flan de giraumon, carottes et courgettes accompagnés d’un riz, évidemment au cacao ! Saveur particulière et vrai délice. Il nous suggère pour accompagner ce plat un Côte du Rhône de Châteauneuf du Pape, cela va de soi. Enfin pour clore ce festin, nous dégustons avec gourmandise un sorbet cacao local au gingembre ; le plaisir est total et la réussite du chocotourisme en Guadeloupe est maintenant, nous en sommes certain, indéniable.

En Basse-Terre, le Rhum Bologne et la Musique patrimoine de l’identité culturelle

Sur la route de Basse Terre, nous nous arrêtons à Ballif pour visiter la rhumerie Bologne, la plus ancienne distillerie de Guadeloupe, fondée en 1654 par la famille Bologne. C’est sur cette terre qu’est né le célèbre musicien « le chevalier Bologne de Saint George », d’un père colon et d’une mère esclave. Il est aujourd’hui le seul compositeur noir de musique classique à être répertorié à l’UNESCO. Son histoire est fascinante et sa musique élégante et très agréable, aussi nous ne pouvons que la conseiller à tous les mélomanes en quête de découverte musicale, en particulier les concertos pour violon enregistrés chez ARION en 1974 par l’orchestre Bernard Thomas avec comme soliste Jean-Jacques Kantorow. En l’honneur du chevalier, nous goûtons bien évidement la cuvée rhum blanc Saint George, noblesse oblige.

Reportage en Guadeloupe mars 2017 de Béatrice et Jacques Gernez

Des sites en référence :
www.afitv.org
www.lesilesdeguadeloupe.com
www.maisonducacao.fr
www.chocolaterie-les-supremes.com
www.habitationlagriveliere.com
www.rhumbologne.fr
www.chevaliersaintgeorge.fr