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Le Musée de Vaison-la-Romaine, Un musée archéologique sous le signe de l’ouverture et de la lumière

Le musée de Vaison la Romaine raconte une histoire incroyable de ses origines. Classé parmi les 1 218 musées de France, ce musée archéologique conserve l’histoire du patrimoine depuis la préhistoire et la rend accessible au public. Saviez-vous qu’avant d’être un musée au riche sens du terme patrimonial, ce lieu était un dépôt lapidaire ?

Apollon laure Musee archeologiue de vaison la Romaine ©AA


Au cours de notre exploration du patrimoine de Vaison la Romaine, nous faisons une halte vers son musée archéologique. Classé parmi les musées de France, et visible en France et à l’étranger, le musée de archéologique de Vaison la Romaine mérite fortement de découvrir son histoire.

En 1835 Lamartine se dit lassé des musées, « cimetière des arts ». En 1968, André Malraux écrit : « L’art est la présence dans la vie de ce qui devrait appartenir à la mort ; le musée est le seul lieu du monde qui échappe à la mort. »
À plus d’un siècle d’écart, ce sont deux manières antithétiques de considérer une institution dont l’origine – religieuse – est lointaine mais dont l’invention moderne date du XVIIe siècle et de la vogue de ce qu’on appelait à l’époque les « cabinets de curiosités ». Il s’agissait de lieux où étaient rassemblés pêle-mêle des objets excitant le désir de savoir. Il n’est que de voir les premières expositions du « Salon » au Louvre avec des tableaux accrochés sans ordre du sol au plafond pour se convaincre que la logique de la présentation était alors plus celle de la collection et de l’accumulation de richesses que celle d’une volonté pédagogique. Tout cela pour dire que si les musées actuels veulent raconter une histoire par une scénographie réfléchie, ils sont eux-mêmes le résultat d’une histoire plus ou moins longue.

Le musee de Vaison la Romaine aujourd'hui ©AA

Entrée du Musée de Vaison la Romaine aujourd’hui ©AA

Le Musée de Vaison-la-Romaine : d’un dépôt lapidaire à un « musée de France »

Le musée archéologique « Théo-Desplans », du nom de l’un des maires de la ville, n’échappe pas à la règle. Aujourd’hui labellisé « musée de France », il pourrait fêter l’année prochaine ses 170 ans de gestation. C’est en effet en 1851 que fut conçu, sinon un véritable musée, du moins un premier projet de dépôt lapidaire dans les galeries du cloître attenant à la cathédrale Notre-Dame de Nazareth. Le terme de « dépôt » dit bien ce qu’il veut dire : il s’agit simplement de mettre à l’abri des objets reconnus comme objets du patrimoine pour les conserver là où existe déjà un espace disponible.

Le projet d’un musée digne de ce nom, qu’on pourrait installer dans le cloître ou sur le site de Puymin, vient un peu plus tard, pendant la guerre de 14. Et c’est en 1919 que se concrétise la réalisation d’un musée provisoire au rez de chaussée de l’hôtel de ville avec pour conservateur l’ancien maire Paul Buffaven, qui avait, au cours de son mandat, fait acheter des terrains pour faciliter les fouilles. C’est là que, autour d’une cheminée d’intérieur surmontée d’un miroir renvoyant leur image, trouveront l’hospitalité l’empereur Hadrien, son épouse Sabine, l’empereur Domitien et quelques notables gallo-romains, au milieu de caisses renfermant des fragments de chapiteaux et de membres épars. Il faut reconnaître que, si les statues prenaient un relief imposant du fait de leur taille, l’exposition des vestiges n’était pas vraiment à son plus haut niveau esthétique.

Musee de Vaison Vaison la Romaine en 1919

Musée de Vaison la Romaine en 1919, installé dans l’Hôtel de Ville, à l’époque

Leur découvreur, l’archéologue Joseph Sautel, succédera en 1923 à Paul Buffaven comme nouveau conservateur, assisté du secrétaire de mairie, Henri Mazade. L’année suivante, le premier musée de site est construit contre la ferme de Puymin. Dans sa pièce de 90 m², vitrines et étiquetage font leur apparition. La restauration des pièces muséales n’est pas encore complètement achevée, mais le musée a pris une nouvelle dimension qui prend en compte sa fonction d’exposition à un public. Les statues sont montées sur socle pour les mettre en valeur. Les vestiges importants sont identifiés par un étiquetage explicatif.

Après la disparition du chanoine Sautel en 1955, la municipalité prend conscience qu’il lui faut un musée capable de répondre à l’attente de visiteurs qui se font de plus en plus nombreux. 1965, 1966, 1969 sont des dates-étapes pour des projets à la fois d’agrandissement et d’aménagement, puisque le dernier plan, qui aboutira à la création en 1974 du musée archéologique « Théo-Desplans », prévoit 417 m² de surfaces d’exposition et un espace vert intérieur.

Il faut qu’un musée vive pour ne pas équivaloir à la « retraite des vieux pour les oeuvres d’art », comme le craignait l’astronome marseillais Jean Louis Pons. Et de simple dépôt lapidaire, le musée de Vaison la Romaine est devenu « musée de France ».

L’un des 1 218 « musées de France »

Cette appellation « musée de France » a été créée en 2002. Est considéré comme tel toute collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public, organisée en vue de la connaissance, de l’éducation et du plaisir du public. ».
L’appellation (il ne s’agit pas d’un label) crée, pour les établissements, un certain nombre d’obligations : conserver, restaurer, étudier et enrichir les collections ; rendre les collections accessibles au public le plus large ; concevoir et mettre en œuvre des actions d’éducation et de diffusion visant à assurer l’égal accès de tous à la culture ; contribuer aux progrès de la connaissance et de la recherche ainsi qu’à leur diffusion.

Que faut-il voir au musée de Vaison la Romaine ?

Nous ne sommes pas de ces voyageurs qui « font » le Tyrol, la Provence, le Louvre ou la galerie des Offices, craignant d’avoir manqué tout ce qu’il « faut voir » dans ces lieux éminemment touristiques. Il y a sans aucun doute mille et une façons de parcourir un musée, d’y revenir, et de se raconter une histoire. Les scénographes, lorsqu’ils se font metteurs en scène d’une exposition, proposent la leur ou nous donnent les moyens de construire la nôtre. Pour le musée Théo Desplans, le cheminement passe par des salles ouvertes sur plusieurs pans auquel on accède par des plans inclinés qui laissent toujours une large perspective sur l’ensemble du musée.

Musee de Vaison la Romaine Mosaïque du Paon_AA

Vue d’ensemble du musée archéologique de Vaison la Romaine avec la mosaïque au paon ©AA

En entrant dans le bâtiment, on voit une sorte de tableau à fond rouge sur lequel se détachent les deux statues de captifs découvertes en 2011 sur le forum, avec, en arrière-plan, le patio central du musée qui fonctionne comme un espace apaisant et donneur de lumière. La première étape du parcours est, comme il se doit chronologiquement, un aperçu de la région au cours de la préhistoire avec des traces d’occupation humaine au cœur de la ville de Vaison qu’on date de 10 000 ans avant notre ère.

Puis on passe au temps où les Voconces, peuplade celtique envahissent durant le IVe et le IIIe siècle avant Jésus-Christ un territoire occupé auparavant par les Ligures, qui s’étend de la rive gauche du Rhône à la rive droite de la Durance. Ce sont eux que les Romains « accultureront », faisant de Vaison une capitale régionale et une ville « fédérée », c’est à dire associée à Rome par un traité d’alliance. Le musée fait référence à cette époque à travers les aménagements de l’Ouvèze, la découverte de voies romaines et des inscriptions honorifiques de Vaisonnais illustres, comme celle du consul Lucius Duvius Avitus, découverte sur les bords de l’Ouvèze et datant du milieu du premier siècle.

Le cheminement continue avec une évocation du parcours de l’eau qui alimente la ville par deux aqueducs, rendant possibles notamment l’existence de thermes. C’est ainsi qu’on peut voir un chauffe-eau en plomb, découvert dans les fouilles de La Villasse, ce qui donne une idée du haut degré de confort de ceux qui résidaient dans ces grandes habitations urbaines dénommées « domus ».

Masque funeraire tragique ©AA

Masque funéraire tragique ©AA

La prochaine étape du parcours s’arrête sur tout ce qui a trait au théâtre. L’édifice certes, mais aussi et surtout ce qu’on y a découvert, à savoir plusieurs statues monumentales de marbre blanc qu’un fond bleu met en valeur. On y croise deux notables municipaux en toge, l’empereur Claude (41 -54), Domitien (81-96), le couple Sabine et Hadrien (117-138) dont c’est l’une des 150 représentations dans le monde..

La partie suivante rassemble ce qui se rapporte au commerce, à l’artisanat et aux objets domestiques : notamment diverses monnaies, de l’outillage agricole des amphores, de la verrerie et de la poterie mais aussi des armes et quelques curiosités comme des « hipposandales », des sandales métalliques pour protéger les sabots des chevaux !

En avançant, ce sont les thèmes se rapportant aux divinités et à la mort qui sont exposés. On y remarquera notamment deux masques funéraires impressionnants. La visite se termine par les décors des maisons et en particulier ce magnifique pavement que constitue la mosaïque du Paon. Datée du milieu du 2e siècle après Jésus-Christ, découverte en 1964 et restaurée en 1986, elle représente des oiseaux et en son centre un paon faisant la roue ; elle se trouvait dans l’une des salles d’une maison située sur le site de Puymin.

Vaison la Romaine, dans les musées du monde

Juste avant la sortie, un diaporama de l’association archéologique Belisama montre des objets provenant de Vaison mais dispersés dans dix-neuf musées en France, et dans six musées étrangers, européens et américains. Un musée virtuel dont plus de 1 700 pièces qui viennent s’ajouter aux 2 000 que possède déjà le musée de la ville.

Bonne visite, dans le sens que vous voudrez, quand le coronavirus sera maîtrisé !

Sources Musée de Vaison la Romaine 
Christine Bezin, ancienne conservatrice du musée Théo Desplans, conférence à l’Université pour tous de Vaison-la-Romaine, mars 2019.
Jean Davallon, professeur émérite à l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, conférence à l’Université pour tous de Vaison-la-Romaine, avril 2019.

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Des visites guidées des sites archéologiques sont organisées par la ville.
Du 1er juillet au 27 septembre 2020
Pour toute demande de renseignements :
04 90 36 50 48
www.vaison-la-romaine.com

Localisation : Vaison la Romaine
Auteur : Victor Ducrest
Date : 6 août 2020

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