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Florence Quentin, égyptologue, journaliste, écrivaine : un regard éclairé sur l’Égypte antique

Florence Quentin est l’une de ces précieuses rencontres à avoir suivi son rêve d’enfant en devenant égyptologue. Très sensible à la condition féminine, elle revient aujourd’hui sur la dimension à la fois politique, religieuse et symbolique des reines égyptiennes dans son livre « Les grandes souveraines d’Égypte » à paraitre aux éditions Perrin le 25 mars 2021.

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Si l’on a beaucoup écrit sur l’Égypte, les essais de Florence Quentin, fruits d’un travail pointilleux et de nombreuses enquêtes de terrain, sont une richesse nouvelle sur la connaissance de l’Égypte antique.

La transmission d’un savoir

A la recherche de trésors enfouis, Florence Quentin pose sur l’Égypte antique un regard savant hérité de son éblouissement d’enfant. C’est la même fascination qu’elle retranscrit dans des livres admirables où, à chaque page, émerge le magnétisme de ces civilisations disparues. Si l’on a beaucoup écrit sur l’Égypte, ses essais, fruits d’un travail fouillé, pointilleux, sont une richesse nouvelle sur la connaissance de l’Égypte antique. Sa formation, en parallèle, de journaliste d’investigation, apporte une clarté incomparable à ses ouvrages écrits avec finesse et subtilité. Un plaisir de lecture et de connaissances dont on ne saurait se priver en cette période où la culture est si durement éprouvée. Généreuse (elle a participé au livre « Voyages immobiles en temps de confinement » dont le père spirituel est François David de l’Association « Parlez-moi d’un livre » et dont tous les bénéfices ont été reversés à l’association Hope Project pour le service de l’Hôpital pour enfants de la Timone à Marseille), passionnée et passionnante, Florence Quentin livre dans ses essais tout public une approche scientifique de l’Égypte antique. Elle met en exergue le travail des hommes, leur rend leur humanité, et parlant de la condition féminine d’alors, nous interroge sur les combats à mener aujourd’hui.

« Les grandes souveraines d’Égypte » Éditions Perrin. Sortie le 25 mars 2021, le livre d’une écrivaine sensible à la condition féminine

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Covid oblige, la parution de son livre sur les grandes souveraines d’Égypte ne sort chez Perrin que le 25 mars 2021. Très sensible à la condition féminine, Florence Quentin a écrit précédemment un livre sur Isis et revient sur la dimension des reines, dimension à la fois politique, religieuse et à la fois symbolique de ces reines qui ont été indispensables aux côtés de pharaons. Les Égyptiens respectaient les femmes. Elles avaient un statut privilégié dans l’antiquité. La condition de la femme est très importante pour l’écrivaine aujourd’hui.
Avec ce livre, Florence Quentin veut montrer que les Égyptiennes étaient un modèle.

Nous avons eu l’honneur de rencontrer l’éblouissante et talentueuse Florence Quentin.

Danielle Dufour-Verna – ProjecteurTV – Bonjour Florence Quentin. Pouvez-vous vous présenter rapidement à nos lecteurs ?

Florence Quentin – Je suis égyptologue et journaliste. Je suis également l’auteur de sept livres sur l’Égypte. Mon prochain va sortir en mars 2021 sur les grandes souveraines d’Égypte.

DDV – D’où vient votre passion, pour l’Égypte d’abord, et comment s’explique la passion des gens pour les civilisations égyptiennes antiques ?

« Les Pyramides, la dernière des sept merveilles du monde antique encore debout »

Florence Quentin – Ma passion est née dans la vallée du Nil lors d’un voyage. J’avais 12 ans. Je suis partie avec ma famille et j’ai eu un véritable coup de foudre pour le pays avant même de lire vraiment sur le sujet. J’avais l’impression d’être chez moi, dans une sorte d’éblouissement face à cette civilisation, à tout ce que je découvrais. Donc quand je suis rentrée en France, j’ai dit que je serai égyptologue. Souvent les enfants disent des choses comme cela mais ça ne va pas plus loin. J’ai été fidèle à ma passion. J’ai fait des études d’égyptologie à Montpellier puis à la Sorbonne. C’est vraiment un coup de foudre de l’enfance mais qui s’est confirmé quand j’ai fait ces études d’égyptologie. J’ai appris les hiéroglyphes, j’ai travaillé sur les textes et sur les monuments et cela a confirmé ce coup de foudre initial de l’enfance.

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Alors, pourquoi le public est tellement fasciné par l’égyptologie? Du point de vue mondial, il y a effectivement une fascination mondiale pour l’Égypte. On l’a vue lors du succès de l’exposition de Toutankhamon, l’année dernière à la Villette à Paris, qui a plus d’un million et demi de visiteurs. C’était inédit pour une exposition en France. Cela reflète bien cette passion et cette fascination qu’a le grand public pour l’Égypte, et plus particulièrement les Français. L’Égypte, c’est une passion française. C’est Napoléon-Bonaparte qui est parti en Égypte pour apporter les lumières dans le pays. En réalité, ça a été un échec politique, une guerre qui s’est mal terminée pour nous car les Anglais nous ont battus. Mais en réalité, il avait amené avec lui des savants qui ont rapporté en Europe des dessins, des planches, des relevés, toute la connaissance de l’Égypte à la fois contemporaine, géologique, sa faune, sa flore, mais surtout, ils sont revenus avec un ensemble de relevés des monuments existants. Cette passion française est née au moment de l’expédition d’Égypte de Bonaparte. Elle ne s’est jamais démentie entre les Français et l’Égypte.

On a beaucoup glosé sur la raison qui fascine le monde. Pourquoi est-on si attiré et subjugué par l’Égypte ? C’est effectivement parce que c’est une civilisation qui a duré 4000 ans avec une relative stabilité. Il y a eu quand même des périodes de rupture et de révolution mais il y a une idée de stabilité, de pérennité et aussi parce que ce sont des monuments qui sont encore visibles. Par exemple les Pyramides, c’est la dernière des sept merveilles du monde antique qui est encore debout. Quand on va dans la Vallée du Nil avec ces monuments très bien préservés, ces tombes aux couleurs encore intactes, on a l’impression de se retrouver dans l’antiquité. Ça fascine. Et puis l’Égypte nous a livrés beaucoup d’objets merveilleux et cette tombe de Toutankhamon, tous ces trésors. Je pense qu’en chacun de nous il y a cet enfant qui sommeille, ce goût de l’archéologie, du mystère, d’enquête et cela trouve son épanouissement. Dès qu’on fouille en Égypte on trouve quelque chose. A Saqqara, au nord de l’Égypte, dans la région du Caire on a découvert une centaine de sarcophages, des statues, des objets. Ça a été largement médiatisé. Chaque fois qu’on découvre quelque chose en Égypte, c’est l’objet d’une grande médiatisation donc ça renforce la fascination du public.

DDV – Vos livres sont romancés ?

« Des enquêtes fouillées »

Florence Quentin – Moi je n’écris pas de romans, que des essais. Ce sont des enquêtes fouillées que je mène, à base de recherches scientifiques toujours, avec des références solides, historiques et égyptologiques. C’est-à-dire que je ne brode pas, je m’appuie toujours sur des travaux scientifiques.

DDV – Vous allez souvent en Égypte ?

« L’Égypte c’est vraiment le pays des merveilles… On peut confronter ses connaissances à la réalité du terrain. »

Florence Quentin – Oui je vais en Égypte au moins une fois par an, peut-être parfois deux. Cette année, c’était une fois mais j’espère y retourner dès que possible. Il faut toujours se confronter au terrain, et même si on connait bien, un pays ou une civilisation, on découvre toujours quelque chose de plus qu’on n’avait pas vu, un détail… En Égypte, c’est vraiment le pays des merveilles. On n’a pas le même état d’esprit quand on y va. On peut confronter ses connaissances à la réalité du terrain, c’est très important.

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Le Nil éternel © Disdero

DDV – Quand on est habitué au terrain comme vous l’êtes, comment réussit-on à accomplir un travail d’écriture aussi laborieux ?

« C’est comme une plongée en eau profonde »

Florence Quentin – Ça demande surtout beaucoup de discipline. Comme on travaille chez soi, ou dans un bureau en tout cas, il faut être très auto discipliné. Et surtout ça demande des journées entières de travail sans lever la tête de ces recherches. Quand on commence à se replonger dans une civilisation d’il y a par exemple –si je travaille sur Toutankhamon– 3500 ans, c’est comme une plongée en eau profonde. Comme un plongeur, il faut plonger de plus en plus profond. Plus on plonge, plus on ouvre des portes, plus d’autres portes s’ouvrent derrière. C’est comme une sorte de jeu de miroirs, une porte s’ouvre, une autre… On ne voit plus le temps passer et on fait des relations entre les choses. Après, il faut remonter à la réalité contemporaine, par paliers, comme pour une plongée profonde. Et parfois, on est parti si loin, qu’on est un peu hébété quand on remonte.

DDV – Quand une civilisation fait rêver à ce point, ne faut-il pas avoir d’autant plus les pieds sur terre pour faire le travail scientifique d’égyptologue ? Cela demande d’être pragmatique.

« La sagesse égyptienne est là »

Florence Quentin – Justement, l’égyptologie, en tout cas l’amour de l’Égypte, est très partagé par tout le monde. Soit on rêve l’Égypte et il y a beaucoup de livres qui rêvent l’Égypte. Le roman, je comprends tout à fait qu’on puisse broder; c’est le propre du roman d’imaginer, d’inventer. Mais pour ce qui est des livres que j’écris, si on n’a pas fait d’études solides sur l’égyptologie et qu’on ne peut pas retourner à la source des textes, ce n’est pas possible. Il y a beaucoup de livres où il y a des divagations, il n’y a pas d’autres mots, où on part dans des interprétations un peu ésotériques, alors que la sagesse égyptienne est là. Les Égyptiens étaient très sages ; ils écrivaient des textes philosophiques. Si on veut se référer à la source, on a tout ce qu’on veut. Mais il y a une littérature qui invente et qui n’est pas basée sur des faits réels, des faits scientifiques.

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L’un des chefs-d’œuvre de l’art égyptien : le buste de Néfertiti, sculpté par Thoutmôsis © Arkadiy Etumyan

DDV – Y-a-t-il une période qui vous plait particulièrement ?

Florence Quentin – Oui je suis spécialisée dans la période d’Akhenaton, Néfertiti, Toutankhamon, ce qu’on appelle la période Amarnienne. C’est la période qui m’a toujours fascinée, sur laquelle j’ai travaillé. On découvre toujours des indices. On n’a pas mal travaillé déjà sur les découvertes de cette époque. Plus on avance et plus on découvre, on réinterprète des indices de cette période. C’est l’époque où le roi Akhenaton va mettre au centre du culte un dieu unique. C’est une forme de monothéisme qu’on ne peut pas comparer au monothéisme biblique bien sûr. Cela aussi, c’est à réinterpréter. Au 19e siècle, on disait, c’est le premier monothéiste avant Moïse mais ça c’est une vision du 19e siècle. Akhenaton met au point une sorte de monothéisme tout-à-fait égyptien, qui est unique. Et puis Néfertiti fait rêver par sa beauté, sa perfection, et ils ont en plus un fils, entre autre, qui s’appelle Toutankhamon dont c’est la seule tombe découverte inviolée, de tous ces trésors, de toute la vallée des rois. Cette période exerce une fascination supplémentaire dans l’histoire de l’Égypte.

DDV – Étiez-vous la petite fille de parents voyageurs ?

« Ma mère nous a toujours soutenues dans nos passions »

Florence Quentin – Ma mère était journaliste. Elle avait été une des rares femmes grand reporter notamment pendant la guerre d’Algérie. J’ai donc un peu de qui tenir. Ma mère nous emmenait avec ma sœur en Égypte et pas seulement. Nous avons beaucoup voyagé dès l’âge de 6, 7 ans avec ma mère qui était veuve. Nous avons perdu notre père très jeune. Nous visitions tous ces pays. C’était une femme très tonique, très cultivée qui nous a données une éducation ouverte sur le monde. Elle était très intéressée. Il y avait beaucoup de livres à la maison, effectivement ça aide. Elle m’a toujours, je dois le souligner, toujours soutenue dans ma vocation parce que ce n’est pas évident quand une jeune fille dit « je veux faire des études d’égyptologie », ce n’est pas évident de ne pas dire « ce n’est pas un métier, il n’y a pas de travail ». Ma mère nous a toujours soutenues dans nos passions. C’est à souligner car ce n’est pas toujours le cas des parents.

DDV – Quand on est égyptologue, fascinée par la période d’Akhenaton, comment vit-on la réalité du moment présent ?

« On est impacté émotionnellement, mais on est moins surpris. »

Florence Quentin – Quand on est historien, on appréhende le présent d’une manière assez différente. Si vous voulez, il y a le temps long, le temps court. On a l’impression, quand on a le nez collé à l’évènement qu’on vit en ce moment, que c’est un évènement inédit – ce qui est vrai – mais quand on est historien, on se rend compte que le monde n’a été fait que de ruptures, de révolutions, de pandémies etc. Il y a donc quelque chose de cyclique qui revient. Quand on a une vision à long terme sur le monde, on se rend compte que finalement, ce que nous vivons, même si c’est mondial, avec un évènement inédit dans l’histoire du monde, cela se répète d’une certaine manière, avec des modalités différentes. On est impacté émotionnellement mais on est moins surpris, on comprend mieux, intellectuellement, que c’est l’histoire du monde : les périodes de stabilité, les périodes de prospérité, l’effondrement des civilisations, les pandémies, les révolutions, des hauts et des bas.

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DDV – On devient plus philosophe ?

Florence Quentin – Oui, et puis le fait d’avoir étudié, pas toute l’histoire du monde, mais de voir l’histoire dans sa globalité, on se rend compte que cette ère a connu bien des périodes de chaos, de maladies, de guerres, de pandémies ainsi que des périodes de prospérité heureusement.

DDV – N’importe qui peut appréhender la lecture de vos essais ? Ils sont « tout public » ?

« Une lecture grand public »

Florence Quentin – Oui, parce qu’il y a deux types de publications. Il y a les publications scientifiques qui sont destinées effectivement au milieu universitaire, académique. Mes livres sont publiés chez Albin Michel, chez Robert Laffont, First, mon prochain c’est chez Perrin, donc ce sont des livres effectivement destinés au grand public où j’essaie, comme j’ai été également journaliste et que je le suis toujours, j’essaie de faire le lien. Pour moi, c’est très important, ma vocation, étant journaliste, fille de journaliste, est de transmettre un savoir qui, autrement, ne sortirait pas de l’université.

« Ma vocation, étant journaliste, fille de journaliste, est de transmettre un savoir qui, autrement, ne sortirait pas de l’université. »

C’est-à-dire faire le passeur entre les connaissances scientifiques, avérées, solides, et les transmettre dans un langage, j’espère grand public, à tous. Ce n’est pas du roman. En tout cas, j’essaie de faire le passeur entre ces connaissances scientifiques –qui d’ailleurs ne sortiront jamais de l’université, le grand public n’en aura pas connaissance – et de les transmettre de manière la plus fluide possible au grand public. Je pense que c’est très important. Il y a beaucoup de passionnés en égyptologie, beaucoup de gens qui sont des amateurs passionnés, qui apprennent les hiéroglyphes, qui lisent beaucoup de livres et qui ont envie, qui ont besoin qu’on leur transmette des connaissances solides.

DDV – Bien que beaucoup d’évènements se fassent dorénavant virtuellement, pensez-vous que la culture, en ce moment, est quand même méprisée ?

« Il faut continuer à se nourrir de culture »

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Florence Quentin – Oui, je pense qu’on a tous besoin de culture, on a besoin de contact. On a besoin de spectacles vivants, de salons. On est en train de dématérialiser la culture avec tout ce qui est virtuel. Mais je trouve qu’il y a une belle résistance. Je prends pour exemple François David et son salon du livre. Au lieu de dire, on va tout annuler, il a dit, avec Laurence on va quand même résister, à notre manière. Je pense qu’il faut continuer à exister d’une certaine façon. Pour ma part, j’ai fait une conférence virtuelle avec une société qui s’appelle Conferentia. C’est particulier car on parle à son écran, mais je n’ai pas hésité car il faut continuer à porter de la culture. Même si c’est à la maison, il faut continuer à porter de la culture aux gens. On ne peut pas vivre dans une société qui est juste : aller au travail, rentrer, avoir peur de tomber malade. Ce n’est pas possible, il faut continuer à se nourrir et nous sommes là, les acteurs de la culture, pour continuer à nourrir le public.

DDV – Il faut vraiment que le spectacle vivant reprenne.

Florence Quentin –Exactement. Que les salles puissent rouvrir. Le cinéma c’est une chose mais le spectacle vivant. J’ai des amis qui sont musiciens, qui sont acteurs. Ce n’est tout simplement pas possible. On ne peut pas mettre tout le monde au chômage et attendre, attendre.

DDV – L’économie est importante, c’est un fait. Mais quand on voit les gens agglutinés dans les grandes surfaces et que les théâtres qui ont obligation d’avoir une jauge réduite de moitié ne sont pas autorisés, cela pose question.

Florence Quentin – Je ne comprends pas. Dans la région de Montpellier, j’ai déjà fait des conférences dans des théâtres et je vois que toute la saison est annulée. Même avec les subventions, c’est très dur. Je ne comprends pas pourquoi on ne laisse pas les théâtres ouverts avec les mesures de distanciation sociale, vous avez raison. Quand on voit les centres commerciaux qui sont pleins, on ne peut pas comprendre. Le sanitaire, l’économie, sont prioritaires et la culture est subsidiaire alors qu’on ne se nourrit pas que de nourriture terrestre. Je ne sais pas si faire la queue devant Zara, c’est une nourriture.

DDV – Comment conciliez-vous votre travail de journaliste et celui d’égyptologue ?

Florence Quentin – Il faut dire les choses telles qu’elles sont. Dans l’égyptologie, il n’y a pas beaucoup de possibilités de postes d’enseignement. J’ai enseigné mais les postes d’enseignement, de chercheur, sont rares. J’ai toujours gardé un pied dans l’égyptologie pour continuer à écrire et à travailler. Pour des raisons à la fois pratiques et des raisons d’intérêt.

Il y a, pour moi, trois choses qui se ressemblent un peu : c’est l’enquête archéologique, la recherche, et l’enquête journalistique. Il y a quelque chose de l’investigation. Quand on est sur le terrain d’archéologie, il y a quelque chose de commun entre l’enquête journalistique et la recherche archéologique. On recherche des indices. On fait une enquête, on investigue. Il y a quelque chose de proche. J’ai toujours cherché, en tout cas pour ma personnalité, ce qui se cache derrière les apparences. L’enquête d’investigation c’est cela. J’en ai faites. On vous donne un fait. Vous allez chercher derrière qu’est-ce-que ça cache. L’archéologie, c’est la même chose. Sans renoncer à cette vocation et à cette passion, j’ai gardé un pied dans l’archéologie tout en travaillant comme journaliste. J’ai travaillé dix ans au Monde des religions avec Frédéric Lenoir où j’ai été rédactrice en chef pendant un an puis rédactrice en chef d’une revue Ultreia qui traite de questions de culture etc. En général je travaille sur des supports qui ont un lien avec la culture ou l’histoire, connexes à mes connaissances.

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Statue d’Oum Kalthoum au quartier de Zamalek, Le Caire © Błażej Pindor

DDV – Qu’écoutez-vous comme musique ?

« Oum Kalthoum, la voix de l’Orient »

Florence Quentin – J’écoute beaucoup de musique classique car je suis vraiment mélomane. J’ai fait du chant. Là c’est pareil, je ne peux plus faire de chant car on ne peut pas se réunir. J’écoute pas mal de compositeurs, les plus connus comme Mozart ou Bach. J’aime beaucoup Beethoven, la musique romantique. J’aime aussi beaucoup le jazz et j’écoute aussi de la musique égyptienne, comme Oum Kalthoum.

DDV – Oum Kalthoum, une merveille.

Florence Quentin – C’est la voix de l’Orient. C’est le rossignol de l’Égypte et c’est extrêmement poignant. C’est très beau. A l’Olympia, les gens étaient debout, pleuraient. Ils étaient dans un état de transe. Elle générait la transe chez ceux qui l’écoutaient, c’est extraordinaire ça mais c’est sans-doute parce qu’elle n’avait pas commencé dans la variété, mais dans un cadre rituel.

DDV – Des tas d’hypothèses font cas de liaisons entre les pyramides et le cosmos etc. Qu’en pensez-vous ?

« Toutes ces hypothèses fumeuses, c’est un peu trahir les Égyptiens »

Florence Quentin – Je pense qu’il y a beaucoup d’ésotérisme qui sur-interprètent les monuments égyptiens alors qu’en réalité, les Égyptiens sont allés beaucoup plus loin que ces interprétations. Mais dans un sens différent. C’est un peu les trahir de dire par exemple c’est un calendrier où tous les évènements vont être annoncés, enfin toutes sortes de théories fumeuses. Quand on va à la source des textes, on se rend compte que leur métaphysique était extrêmement élaborée. Elle allait bien plus loin que toutes ces théories fumeuses. La pyramide, pour eux, c’était un escalier qui permettait à l’âme du roi de monter pour rejoindre les étoiles. C’est comme une sorte de vaisseau de régénération, la pyramide, et cela me semble sur le plan métaphysique, beaucoup plus élevé que de dire que ce sont des extraterrestres qui les ont construites. C’est aussi dénier le génie humain en disant oui, ils avaient des techniques autres. En réalité, c’est qu’il y a eu des milliers d’hommes qui ont travaillé là, qui ont sans-doute aussi laissé leurs vies dans ces chantiers. Ils ont aussi, comme le faisaient les bâtisseurs de cathédrales, élevé ces monuments pour une idée spirituelle, pas simplement pour mettre des pierres les unes sur les autres. Ils pensaient qu’en construisant cette pyramide pour le roi, ils lui permettaient d’accéder à l’immortalité et de ce fait, eux, pourraient accéder à l’immortalité. Ils œuvraient pour un projet collectif. On est tellement sorti de ce mode de pensée qu’on ne peut pas imaginer que des hommes ont construit ces monuments. Mais ce sont des hommes qui les ont construits avec des pierres qu’ils ont taillées, qu’ils ont polies, qu’ils ont montées avec des rampes etc. Je trouve que c’est dénier le génie humain que d’imaginer que ce soient les extraterrestres ou les lasers ou quoi que ce soit.

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Les pyramides de Gizeh © Ricardo Liberato

DDV – Florence, quelle serait votre définition du bonheur ?

« Une définition égyptienne… être connecté avec la nature, le divin et avec les autres humains. Pour moi, c’est cela le bonheur. »

Florence Quentin – Je dirais que c’est une définition à l’égyptienne. Vous savez qu’on a beaucoup de textes de sages égyptiens. Il y a 4000 ans, ils disaient « Fais un jour heureux, sois en paix. » Pour moi, le bonheur, c’est d’être dans un état de sérénité. Ce ne sont pas de grandes exaltations mais aujourd’hui, je le définirais comme cela, c’est-à-dire un état de sérénité, de calme, d’ataraxie comme disaient les Grecs. Mais je préfère le dire à l’égyptienne : « Passe un jour heureux et surtout laisse un souvenir positif de ton passage sur terre. Respecte l’être humain. Respecte ton supérieur comme ton subalterne. Tends la main à ton prochain. » Il y a toute une littérature égyptienne qui me parle beaucoup. Le bonheur c’est cela ; c’est d’être en lien avec la nature. Les Égyptiens pensaient que c’était d’être connecté avec la nature, connecté avec le divin et connecté avec les autres humains. Pour moi, c’est ça le bonheur.

DDV – Vous semblez être très connectée avec la nature…

Florence Quentin – J’espère être connectée avec ces trois dimensions d’ailleurs, c’est important. Pour moi, c’est comme une voûte, les humains, le divin et la nature.

Date : 14 décembre 2020

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