Interview de Michel Boujenah : il sera au Festival des Nuits de l’Enclave le 15 juillet

25 juin 2019

Interview de Michel Boujenah

Michel Boujenah ouvrira le Festival les Nuits de l’Enclave 2019. Il interprètera son spectacle “Ma Vie encore Plus rêvée.”
Auteur et seul en scène pour un spectacle tout en finesse, touchant et humoristique autour de la famille.
Disponible, chaleureux, bienveillant, humain, notre interview téléphonique reflète la transparence de Michel Boujenah comme on peut le voir à l’écran ou sur scène.

Interview de Michel Boujenah

Connaissez-vous Valréas et son festival de théâtre populaire?
Je ne sais pas parce que je n’ai pas de mémoire. J’oublie les théâtres dans lesquels je joue parce que si je m’en souvenais, je deviendrai fou.
J’ai un disque dur qui a une capacité limitée (rires) et quand il est plein, il efface des trucs, des gens des visages, des souvenirs.
Je joue seul sur scène depuis presque 40 ans. Évidemment, il y a des endroits que je ne peux pas oublier parce que j’y vais souvent.
Je me souviens de la première fois où j’ai joué à Avignon, parce que j’ai gardé un souvenir très particulier à cause des gens qui m’ont fait tourné. Ça s’appelait les Amis du Théâtre Populaire, fondé par Jean Vilar.
Une association de spectateurs dont l’objectif était de présenter leur propre programme. Ils faisaient tourner les comédiens dans toute la France au sein de ces ATP.

“Ma vie Rêvée” avant  “Ma Vie encore Plus rêvée”

J’ai créé le spectacle “Ma vie Rêvée”, il y a 5 ans . Puis un jour, c’était vers la fin de ma tournée, un copain est venir me voir et m’a dit que ce spectacle ne correspondait plus à ce que j’avais créé. Je ne me rendais pas compte, car mon écriture bouge, elle est vivante …
Alors j’ai décidé de continuer et de l’appeler “Ma Vie encore plus rêvée”. C’est une version améliorée de “Ma vie Rêvée”.
Je suis à la fois très content et malheureux, car là je suis en fin de parcours. Alors il faudrait que je fasse Ma vie encore Plus Plus rêvée !!!

Et Ma Vie encore Plus rêvée ?
C’est une autobiographie imaginaire. Toutes les anecdotes sont fausses, mais tous les propos sont vrais. Quand je parle de cette mère qui tout d’un coup regarde le public en disant :

“Écoutez : je vais enfin vous dire la vérité : je n’ai jamais été inquiète pour mes enfants et je regrette de les avoir nourris aussi bien quand ils étaient petits, parce que à cause de ça, je les ai rendus gros. Et quand mon fils est sorti pour la première fois de la maison et qu’il a rencontré une jeune femme, elle lui a pas dit “comme t’est beau”, elle lui a dit “comme t’es gros” ! Et j”ai fait une erreur, car quand il était petit, je lui disais tout le temps “comme t’es beau, comme t’es beau, comme t’es beau”, à tel point qu’il croyait que c’était son prénom, comme t’es beau!” Moi je m’appelais : “mange sinon je saute”.

Quand je dis ça et que je donne à cette mère, cette conscience de l’erreur que de s’inquiéter est de trop les nourrir, un matin je me réveille et me dis :
“Et si en fait elle n’avait jamais été inquiète ? Et si les mères n’avaient été inquiètes que pour être de bonnes mères? Comme pour avoir l’oscar de la meilleure mère. Et si peut-être c’était un rôle qu’elles avaient joué, peut-être que ces mères, ces femmes avaient envie d’autre chose. Peut-être qu’elles avaient envie de vivre autre chose, de vivre leur vie de femme”. Je parle de femmes qui ont aujourd’hui 90 ans.

C’est un propos sincère, c’est une vraie question que je me pose. Maintenant le personnage de cette femme qui sur scène, dit “en fait, j’ai jamais été inquiète”, ça, c’est inventé. C’est la transcription de quelque chose que je ressentais.

Par exemple, je me pose des tas de questions sur la mort. Pour en parler, j’ai choisi d’écrire une scène entre un petit garçon de dix ans et son père, où le petit garçon n’arrête pas de poser des questions à son père sur la mort. Mais ce petit garçon de dix ans, c’est moi. C’est moi aujourd’hui. “Pourquoi la mort ne serait pas éphémère et la vie éternelle ?” C’est une question sincère que je me pose. Je ne mens pas là-dessus. c’est cela une autobiographie imaginaire. Imaginer plein d’aventures, d’anecdotes, pour parler des choses qui nous font rêver , qui nous font peur.

Quand je dis “qu’en mai 68, la seule chose qui m’a vraiment passionné, indépendamment de la naissance du MLF, c’était la grande libération et que les femmes ne portaient plus de soutien-gorges”, évidemment que c’est pas vrai, mais alors qu’est-ce que j’en ai rêvé quand j’avais seize ans !(rires) On oublie qu’en mais 68, il fallait être James Bond pour voir le sein d’une femme, alors qu’aujourd’hui c’est très facile. En parlant de ça, je parle de l’adolescence.

J’adore raconter des histoires, c’est toute ma vie. Et que ces histoires aient du sens.

Et de les partager avec le public ?
Je le fais rire ou je le fais pleurer, et à ce moment là j’ai l’impression d’être utile, de servir à quelque chose. Parce que je sais que ça fait du bien, surtout de rire. Ça fait du bien d’un point de vue même purement pathologique.
Et si je n’avais pas attrapé la maladie du théâtre, j’aurais été médecin. C’est terrible d’imaginer qu’on ne sert à rien.

 

Teaser officiel : Ma Vie encore Plus rêvée – Michel Boujenah

Est-ce que parfois vous avez des doutes dans ce que que vous écrivez ?
Tout le temps. Tout le temps je doute, j’ai peur, je me demande si c’est bien. Surtout maintenant. j’ai tellement raconté des histoires depuis tellement d’années. je me demande si j’ai encore des choses à dire. Et puis parfois je me dis : “est ce que c’est ce que j’ai à dire qui est important, ou le fait de le dire, même si je me répète ?” C’est comme un peintre. un peintre peut dessiner des paysages toute sa vie. on ne peut pas dire que ce soit un sujet extraordinaire . Qu’est ce qui fait que, tous ces grands peintres nous bouleversent? c’est vraisemblablement pas le sujet, puisque le sujet est banal. C’est donc le peintre. ce qu’il est dedans.
Donc moi je peux passer tout ma vie à écrire sur la famille, la mère, les frères, mais peut-être que c’est pas ça qui est interessant chez moi. Peut-être que finalement la seule chose qui est intéressante chez moi, c’est moi. Par contre il faut être en accord avec ce que l’on devient .

On vous voit plus au théâtre qu’au cinéma, c’est un choix?
Comme acteur ? Oui sans aucun doute. je préfère faire des films comme metteur en scène ou faire des spectacles. Ou alors il faut vraiment que je tombe sur des rôles comme le nombril du monde. Mais ça s’est fait naturellement, je ne me suis pas posé la question. Ce que j’aime, ce sont les belles histoires et des grands rôles. Je suis nourri très fort par le spectacle. J’ai déjà eu de très grands rôles au cinéma. Il y a très peu de grands rôles mais il y a beaucoup de grands acteurs. Et puis je consacre beaucoup de temps à mon spectacle, à mon écriture, à mes films. Il ne me reste pas beaucoup de temps pour le reste.
Comme dirait l’autre, le temps m’ait compté maintenant. À 20 ans, on pense que l’on a tout le temps, et à certain âge, on pense au temps qu’il nous reste.
Je vais avoir 67 ans, et en ce moment, c’est horrible, parce que j’y pense tout le temps. pas d’avoir 67 ans, mais de savoir qu’à cet âge là, que peut-être que …. Moi je connais des gens qui ont mon âge qui meurent aujourd’hui.

La tradition du Festival des Nuits de l’Enclave est de proposer un cabaret après le spectacle, où les artistes sont invités à partager un moment convivial avec le public.
J’aime bien que les spectateurs restent avec le rêve du spectacle. Mais j’aime bien les gens. Si je ne les aimais pas, je ne ferais pas ce métier! Je ne pense pas que l’on puisse faire ce métier et aimer le théâtre populaire sans aimer les gens. Chacun à sa manière de les aimer. Moi j’ai une manière plutôt tendre.

Des projets ?
Je suis sur un autre projet d’écriture : une grand mère qui reçoit ses enfants, ses petits enfants, ses arrières petits enfants . Il viennent tous leur parler comme si elle était la détentrice de la vérité absolue. Ils viennent se plaindre, se consoler. Ils viennent la voir et cela lui donne l’occasion de parler de famille, de couple, d’enfants, de politique. Et c’est très amusant. Dans ma tête en tout cas, parce que pour l’instant je ne l’ai pas écrit.

Infos Pratiques
15 juillet – 21H30
DURÉE 1H20
Tarif Unique : 27 €
Tout public à partir de 7 ans
CABARET à l’issue du spectacle
Espace JB Niel à Valréas
Réservations :
Par téléphone au 04 90 28 12 51 ou au 06 74 49 21 63
Par mail à reservation@nuits-enclave.com