Franito aux Nuits de l’Enclave : Interview de Patrice Thibaud

20 juillet 2018


Franito, un spectacle burlesque et sensible sur la culture du flamenco, dans le cadre du Festival Les Nuits de l’Enclave, le 29 juillet à Espace Niel de Valréas.
Mise en Scène de Patrice Thibaud, accompagné par Jean-Marc Bihour, un ancien des Deschiens.
Avec Patrice Thibaud et Fran Espinosa, l’amour d’une mère à son fils, dans la culture du flamenco en Espagne .

Interview de Patrice Thibaud, une interview téléphonique à la sortie de l’aéroport …

Vous êtes à la fois acteur et metteur en scène.  Est-ce votre habitude de mêler les deux casquettes pour la création d’un spectacle ?
Depuis que j’ai commencé à faire des spectacles, j’ai toujours mêlé les deux casquettes voire les trois avec la scénographie aussi . Pour Franito, par exemple, j’ai fait aussi la scénographie, mais bon je vais pas le mettre dans les programmes, sinon après ça fait beaucoup ! (rires)
Pour une question de budget au départ, et puis parce que j’aime bien suivre tout, c’est à dire que pour moi, un spectacle ce n’est pas juste que jouer; il y a aussi un univers tout autour; et comme on est jamais mieux servi que par soi même (rires), pour moi c’est un tout, ce n’est pas que jouer ou mettre en scène .
Pour Franito, j’ai dessiné les costumes, je me suis occupé de la scénographie. Comme au départ, c’était une performance, il n’y avait pas beaucoup de moyens et finalement comme ça a tellement bien marché, on en a fait un spectacle qui tourne .
J’aime bien ça. Je suis de formation décorateur étalagiste, j’aime tout ce qui tourne autour de l’art. Ce sont des casquettes que je porte avec plus grand plaisir .

Franito a été créé à quel moment ?
Nous l’avons créé il y a 3 ans au Festival de Nîmes. je suis artiste associé au Théâtre de Nimes, et au départ, comme je vous l’ai dit, Franito, c’était une performance.
Ils m’avaient demandé dans le cadre de leur festival international de flamenco, de faire à ma façon, burlesque, un spectacle de flamenco. Cela faisait pas mal d’années qu’ils me demandaient cela, mais j’avais toujours refusé, car je n’avais pas envie de faire une “espagnolade” même en ayant passé trois ans avec une danseuse de flamenco. Je peux pas dire que j’étais passionné par ça, donc chaque année je leurs disais non, et puis un jour j’ai rencontré Fran Espinosa le danseur et j’ai totalement flashé sur ce danseur, comédien, chanteur. C’est un amour, humainement aussi, on s’est très vite bien entendu. Alors quand le théâtre de Nimes a réïtéré la demande de spectacle de flamenco, j’ai dit oui à condition que ce soit avec lui, autrement c’est avec personne ! (rires) Et du coup, on a fait une performance, qui a duré 30 mn, et puis finalement, on en a monté 50 et puis ça a tellement marché , on a répété 10 jours six mois plus tard pour ramener le spectacle à 1h et quart, et depuis il rencontre le succès partout. C’est devenu un spectacle sans avoir eu le trac de faire une nouvelle création. C’est une très belle aventure pour moi et pour toute l’équipe .
Je me suis fais aidé aussi par Jean-Marc Bihour. Je partage toujours les casquettes de mise en scène sur le plateau. j’aime  bien avoir aussi un regard extérieur. Et là je l’ai fait avec Jean-Marc Bihour qui est un ancien des Deschiens.

Par rapport à votre vision que vous aviez du flamenco, quel regard vous a alors apporté Fran Espinosa ? 
C’est vrai que c’est du théâtre, c’est  de la danse, c’est du chant, c’est de la musique, alors effectivement, ça peut se créer dans n’importe quel festival de musique, de théâtre ou de danse. C’est vrai que j’étais pas très fana du flamenco, car c’est souvent la même chose : soit ça crie, soit ça se prend très au sérieux. C’est un art qui peut être très beau, mais c’est un peu comme la corrida, il faut bien tomber . Et lui m’a montré une facette de cet art là que je ne connaissais pas, qui est à la fois dans la performance, la sensibilité, l’émotion, et surtout dans le contraste puisque quand on le croise dans la rue, on pourrait jamais imaginer qu’il est charcutier ou boucher (rires)
On dirait un Botero qui danse, et c’est magique ! C’est ce qui m’a intéressé chez lui, et lui m’a amené cette notion là de flamenco. Et quand on a monté le spectacle, je lui ai dit : “Fran est ce que l’on peut faire ça?” je ne voulais surtout pas me moquer, mais rendre hommage à la culture flamenco . “Je veux que tu sois le garde-fou de tout ce que je peux proposer .” On s’est très bien entendu, on a vraiment la même sensibilité, le même humour et donc cela à vraiment été un plaisir.
Au départ, il avait un rêve et c’est là où on se rejoint un peu, mes références, les maîtres qui m’ont inspiré, ce sont les anciens du burlesque : Chaplin, Jerry Lewis, Louis de Funès, que mon grand-père espagnol m’avait fait découvrir d’ailleurs. Comme mes parents étaient séparés, je n’ai pas eu cette culture là des années 70. C’était de l’humour statique, c’est à dire sur le corps, pas forcément parlé, mais sur la gestuelle. Et Fran, ce qui l’inspirait le plus, c’était de voir des films, des chanteurs des années 30, 40, 50, où il disait que le flamenco était plus proche de l’origine, qui était moins dans la démonstration; ça se rapproche du mime un peu comme on faisait dans les cours des maisons en Espagne, où quand on en faisait, on se moquait du voisin ou de la voisine, ou du beau-frère, de la belle soeur, de la belle mère. C’est une danse de comédie, de burlesque. Et quand on va en Espagne aujourd’hui, on a oublié un peu cela. On est dans du flamenco pur, contemporain, et mon rêve serait de monter un spectacle qui rejoint cela.
Et c’est l’idée que j’avais envie de faire ! C’est du flamenco qui mène le burlesque sans jamais tromper la culture du flamenco .

Et vous pensez que c’est un spectacle qui peut évoluer au fil du temps ?
C’est pas qu’il peut mais il évolue tout le temps !! C’est un spectacle qui évolue beaucoup, car plus on le joue, plus il se modifie; mais on est toujours en recherche, à chaque fois que l’on fait des répétitions l’après midi. Des choses que l’on faisait et qu’ont fait mieux . Là où il a gagné, je crois, c’est surtout en tendresse et en poésie . Avant, j’étais plus sur le burlesque, aujourd’hui je suis plus sur la relation forte entre une mère et son fils . Et comme le burlesque reste, c’est encore mieux.

Et vous en tant qu’acteur, est-ce que vous arrivez à vous départager dans votre rôle d’acteur et de metteur en scène ?
Oh oui oui, j’aime bien ces deux casquettes parce que ça permet d’être à la fois dedans et dehors, mais c’est pas facile ! (rires)
Il y a pas mal de responsabilités . Je fais ça depuis 10 ans mais avant quand j’étais acteur, j’avais l’impression d’être en vacances . La responsabilité n’est pas la même . Là j’ai à la fois le plaisir de jouer, et j’ai voulu faire un spectacle pour tout public. Avant de jouer, j’ai de plus en plus le trac même en vieillissant, mais une fois que je suis sur scène, que je suis lancé et dès les premiers rires, c’est du vrai plaisir . On est vraiment en connexion totale avec Fran.

Un mot sur le Festival des Nuits de l’Enclave ?
C’est la première fois que l’on va jouer en plein air ! Quand Gilbert Barba nous l’a proposé, on s’est dit “on l’a jamais fait mais on va le faire !” Et je pense que ce sera même très beau et peut être mieux ! Dans un décor naturel, dans une cour justement, ça peut faire penser à une cour espagnole. Avec un décor naturel, c’est quelque chose qui peut être beaucoup plus fort sur cette pièce là .  Et malgré les soucis techniques que l’on aura mais qu’on va régler, moi je tenais vraiment à le faire . Et puis c’est un festival auquel j’ai jamais participé, qui est très ancien, et le théâtre populaire rentre tout à fait dans ce que j’aime faire . Nous sommes très heureux d’y aller ! Ça sera une première pour nous de jouer en plein air (rires)  et si on voit que ça marche et bien on le fera tourner aussi ! Pour nous ça va aller, on s’adapte, mais l’équipe technique est obligée de régler en plein jour, ou de régler le soir après minuit jusqu’à trois heures du matin, et c’est plus compliqué, mais ça sera super !

Franito – Dimanche 29 Juillet – 21H30 – Espace Jean Baptiste Niel – Valréas

Production Théâtre de Nîmes – scène conventionnée pour la danse contemporaine.
Conception : Patrice Thibaud
Mise en scène : Patrice Thibaud et Jean-Marc Bihour
Chorégraphie : Fran Espinosa
Musique originale : Cédric Diot
Interprétation : Patrice Thibaud et Fran Espinosa
Danse et chant : Fran Espinosa
Guitare : Cédric Diot

Billetterie Festival les Nuits de l’Enclave
Par mail à reservation@nuits-enclave.com
– Par l’intermédiaire de notre site internet sur www.nuits-enclave.com
Autres réseaux billetterie
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