Opéra de Monte Carlo - Lucia di Lammermoor - 1905x350px - du 28 octobre au 24 novembre 2019
 Localisation : Avignon  Auteur : Marie Celine SOLERIEU

Éric Chevalier, Metteur en Scène : “Mettre en valeur les artistes”

27 octobre 2019


Rencontre avec Éric Chevalier, metteur en scène, concepteur des décors, lumières et costumes de La Périchole.

Opéra-bouffe en trois actes de Jacques Offenbach
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy – d’après la pièce de Prosper Mérimée “Le Carrosse du Saint-Sacrement”
8 novembre : 20H30
10 novembre : 14H30 à l’Opéra Grand Avignon

La Périchole, nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon

“J’ai l’avantage dans cette production, d’être à la fois le metteur en scène, le décorateur, l’éclairagiste, ça fait beaucoup de casquettes.”

Pouvez-vous nous re situer l’histoire de cet opéra-bouffe, La Périchole, nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon
Éric Chevalier : C’est assez anecdotique. Nous le donnons dans la version de 1874, qui est une version révisée, un peu plus complète que celle qui l’avait précédée. Nous le donnons dans son intégralité, ce qui n’est pas si courant. Le texte des librettistes est dans son jus.

Vous restez fidèle à l”oeuvre ? Sommes-nous dans la même époque ?
Éric Chevalier : Tout à fait. Cette “Périchole” a existé. c’est un personnage de tout ce qu’il y a de plus réél. C’était une actrice, une comédienne du nom de Micaela Villegas qui a vécu au Pérou, à la fin du 18ème siècle jusqu’au début du 19 ème . Et il se trouve qu’elle est morte l’année de la naissance de Jacques Offenbach. Je pense qu’il s’est passé quelque chose au-delà des océans entre ces deux personnages; donc Micaela Villegas historique personnage, qui a été la maîtresse du Vice Roi du Pérou, pendant près de 14 ans, avec tout un tas de mésaventures entre ces deux personnages haut en couleurs. Certainement, l’un et l’autre, animés de caractère assez fort. Il y a dû avoir des scènes pour le moins croquignolettes ou violentes entre ces deux là. Et Offenbach et ses librettistes en ont fait, d’après les personnages que Mérimée a dessiné, tout à fait autre chose, une comédie tout à fait divertissante.

“En tant que décorateur, je me mets de plus en plus en retrait par rapport au jeu des acteurs”

Comment portez- vous votre regard de metteur en scène tout en restant fidèle à l’oeuvre ?
Éric Chevalier : Cela tient déjà à cette volonté de jouer le texte tel qu’il est. D’en rendre la substance, de le suivre à la lettre, de suivre cette histoire, même si elle ne correspond pas tout à fait à la réalité, et puis de donner aux artistes, aux chanteurs de cette production, l’occasion d’être mis en valeur. C’est eux qui se mettent en danger quand le rideau s’ouvre. En tant que décorateur, je me mets de plus en plus en retrait par rapport au jeu des acteurs. Mes décors sont de plus en plus simples, épurés; ce qui ne veut pas dire que je sombre dans la facilité, au contraire. Aller vers la simplicité, vers l’épure est certainement quelque chose qui est signe d’un aboutissement. Il y a un décor qui est vide, mais qui est en même temps un support pour les acteurs. On est dans la neutralité, tout à fait. Ce décor pourrait servir à tout autre spectacle. Il se trouve aussi que j’utilise ces décors, ces surfaces neutres pour y faire de la projection, comme je l’ai fait l’été dernier aux Chorégies d’Orange dans la production de Guillaume Tell  là où c’étaient des projections gigantesques. Ici, on est dans un cadre plus intimiste. Cela permet de changer très facilement de lieu sans pour autant que le décor change lui même.

C’est la marque d’Éric Chevalier ?
Éric Chevalier : J’ai l’impression que ça va le devenir de plus en plus! C’est un vieux rêve. Je devais avoir 14 ou 15 ans …. Je me servais d’un projecteur à diapositives dans des maquettes de théâtre. Près de 50 ans plus tard, je suis arrivé à réaliser mes rêves d’enfant.

Mise en Scène, décors, lumières et choix des costumes, comment arrivez-vous à gérer l’ensemble ?
Éric Chevalier : Comment on arrive à le gérer ? Le planning est bien fait ….

Et à travers votre créativité ?
Éric Chevalier : J’ai imaginé déjà la boîte dans laquelle les acteurs allaient se produire, une boîte blanche, une sorte de boîte vide. c’est au cours des répétitions avec les chanteurs que les choses se précisent. Je ne suis pas du genre dictatorial . “Voilà vous faites ça, vous allez marcher de là à là”. Je suis à leur écoute, j’étudie leurs propositions.

“Observer pour mieux guider”

Vous observez ?
Éric Chevalier : Beaucoup. Et puis il y a dans cette distribution, des gens qui ont une certaine familiarité avec ce spectacle, qui le connaissent, qui ont leur expérience, avec laquelle je joue, dont je m’inspire moi-même, dont je m’imprègne, et puis il y a des jeunes acteurs, et tous ensemble, nous sommes, je pense entrain de faire quelque chose d’assez intéressant.

Comment arrivez-vous à guider les artistes qui ont déjà une expérience dans cette oeuvre là, tout en voulant tout de même garder votre direction d’acteur?
Éric Chevalier : J’ai à faire à des gens souples, qui sont à l’écoute. On est là pour travailler ensemble, on essaie des choses. J’aime bien employer le terme “essayer”, pas “répéter”. On essaye maintenant depuis une semaine et demi, ça se cristallise, ça prend forme.

“Présenter un spectacle, c’est raconter une histoire …”

Avez-vous l’impression de raconter des histoires dans vos mises en scène?
Éric Chevalier : C’est essentiel ….Je pense que le public est là pour ça, pour qu’on lui raconte une histoire. Moi, j’adorais qu’on me raconte des histoires, j’adore en raconter.
Présenter un spectacle, c’est raconter une histoire … Et l’histoire de Périchole, c’est un personnage fabuleux.

Est-ce un épanouissement total que vous pouvez accomplir maintenant, par rapport à vos expériences précédentes où vous n’étiez pas seulement metteur en scène?
Éric Chevalier : Est ce que c’est un épanouissement ? Oui, d’une certaine manière… Et en même temps, je continue d’apprécier de travailler avec d’autres metteurs en scène en tant que décorateur, ou quelque fois avec d’autres décorateurs lorsque que je suis metteur en scène. Il y a des moments où il est nécessaire de partager des conceptions. Cela permet d’avancer. Ce n’est pas facile de travailler tout seul en fait. Quand on a personne en face de soi, qui puisse dire “là tu te trompes, tu vas sans la mauvaise direction”. C’est quelque chose d’un peu plus anxiogène de travailler seul.

Est-ce votre première mise en scène à l’Opéra d’Avignon ?
Éric Chevalier : Je suis déjà venu. je pense que ma première mise en scène ici, c’était Le Petit Duc (opéra-comique en trois actes de Charles Lecocq), mais c’était à l’Opéra Place de l’Horloge.

L’architecture de Confluence vous influence – t- elle dans votre mise en scène et décors ?
Éric Chevalier : Je pense que le décor lui-même répond à l’architecture assez simple. On est dans le bois.

“Venez rire, venez vous émouvoir, parce que c’est une histoire émouvante”

Que pourriez-vous dire au public pour lui donner envie de venir voir La Périchole?
Éric Chevalier : Venez écouter et voir une Histoire – Venez rire, venez vous émouvoir, parce que c’est une histoire émouvante.

Et les costumes ?
Éric Chevalier : Ce sont des costumes du 18ème siècle. Ce qui plutôt agréable pour les chanteurs qui aiment porter des beaux costumes, des grandes robes, des perruques assez incroyables. Et tout cela se marie bien finalement avec l’abstraction du décor.

+ d’infos sur la PéricholeOpéra Grand Avignon