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La bûche de Noël, tradition ancestrale

La bûche de Noël n’est devenue comestible qu’à la fin du XIXe siècle. Puisant ses origines en Scandinavie, elle s’est propagée à travers toute l’Europe au fil des siècles. La bûche brûlée dans la cheminée au moment du solstice d’hiver est à la base de nombreuses coutumes et est aujourd’hui l’une des plus vieilles traditions de Provence. Histoire de la bûche de Noël, de la cheminée à la table.

Bûche de Noël histoire et tradition


La bûche de Noël est une tradition tellement incontournable qu’on ne se pose plus la question de son origine. Histoire d’une coutume ancestrale qui fait partie du patrimoine culturel français.

Fête païenne, fête chrétienne, ancestrale célébration du solstice d’hiver, à quelques jours de Noël, Noël enchante petits et grands. Bougies, sapins, bûche, repas, chants et lumières font leur retour pour illuminer un quotidien qui, cette année, avouons-le, manque cruellement d’allégresse !
Après la lecture de cette chronique, nombre d’entre nous accueillerons différemment la reine de la table à Noël. Achetée en pâtisserie ou confectionnée avec amour, l’inévitable bûche de Noël nous parle de temps anciens, de foyer, de chaleur, d’amour et de lumière.

« Tous ensemble, nous allions joyeusement chercher la « bûche de Noël », qui – c’était de tradition – devait être un arbre fruitier. Nous l’apportions dans le Mas, tous à la file, le plus âgé la tenant d’un bout, moi, le dernier-né, de l’autre ; trois fois, nous lui faisions faire le tour de la cuisine ; puis, arrivés devant la dalle du foyer, mon père, solennellement, répandait sur la bûche un verre de vin cuit, en disant :
Allégresse ! Allégresse,
Mes beaux enfants, que Dieu nous comble d’allégresse !
Avec Noël, tout bien vient :
Dieu nous fasse la grâce de voir l’année prochaine.
Et, que si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins.
Et, nous écriant tous : « Allégresse, allégresse, allégresse ! », on posait l’arbre sur les landiers et, dès que s’élançait le premier jet de flamme:
À la bûche,
Boute feu ! disait mon père en se signant. Et, tous, nous nous mettions à table.

– Frederic Mistral – Memòri e raconte – 190 »

La bûche de Noël, de la cheminée à la table

Sur nos tables à Noël, une pâtisserie, la bûche, est de tradition, tellement incontournable qu’on ne se pose plus la question de cette coutume. Elle vient en point d’orgue du repas de Noël. Pourtant, ce gâteau n’est né qu’en 1870. Mais que vient faire cette imitation d’un rondin de bois au milieu de notre table pour les fêtes ? Plus ancienne que le sapin et la crèche, la bûche est sans doute la plus antique des traditions respectées par nos anciens au moment de Noël. Elle est dérivée de traditions européennes bien plus anciennes que la tradition chrétienne. Bûche glacée ou bûche roulée? Pourquoi pas un bois d’olivier pour rester dans la tradition ? En effet, le dessert star de Noël a sa propre histoire, longue de plusieurs millénaires.

Bûche de Noël Histoire

Au départ, la bûche de Noël n’était pas comestible : il s’agissait d’une grande souche de bois que l’on faisait brûler le plus longtemps possible. Elle était décorée de feuillages et de rubans. La tradition a depuis perduré en pâtisserie, où l’on orne la ganache de pièces en sucre et autres confiseries. Plusieurs pâtissiers se disputent la paternité, mais ils ont juste eu l’idée en même temps d’un roulé qui ressemble à une bûche. Auparavant, les desserts de Noël étaient très riches en ingrédients, comme les minces pies ou le pudding au Royaume-Uni, le stollen en Allemagne ou le panettone en Italie. On mettait surtout des raisins secs, denrée qui se conserve bien. C’était l’annonce d’un avenir prospère, car les fruits secs sont symboles de fertilité.

La cérémonie de la souche de bois, « la bûche de Noël »

L’origine de la bûche de Noël

La cheminée, c’est le lieu de rencontre, de relation, le cœur battant de la maison, le centre vibrant des émotions, des sensations ataviques, des rituels ancestraux. La coutume de la bûche de Noël fait référence à l’antiquité, à la nécessité d’éclairer la maison et de se réchauffer pendant les périodes froides.
Cet usage nous arrive directement des pays nordiques, en particulier des Vikings. À l’origine, le « Yule Log », ou encore le « feu d’Yule » était en fait une fête scandinave qui célébrait l’arrivée du solstice d’hiver. Comme c’était la période de l’année où les nuits étaient plus longues et très froides, les familles se retrouvaient toutes ensemble dans une maison autour d’un grand feu. Au fil des siècles, cette coutume s’est ainsi propagée sur l’ensemble de l’Europe à savoir la Grèce, la Grande-Bretagne, la France, ou encore la Belgique.
Étant donné que ces rites et ces symboles sont similaires à travers toute l’Europe, on peut estimer que cela s’est propagé grâce aux populations indo-européennes, soit vers 2500 avant J.-C. Certaines coutumes étaient encore en vigueur avant les années 1950, époque où Noël s’est uniformisé.
C’est au sixième siècle que le pape Jules a décidé d’associer cette tradition païenne à la fête de la Nativité. Lors du réveillon de Noël, on brulait donc dans les foyers une énorme et vieille bûche issue d’un arbre fruitier, sélectionné avec soin et magnifiquement décoré de rubans.

Le choix de la souche et les rituels

Comme dans tout rituel, rien n’était laissé au hasard, le choix de la bûche à mettre sur la cheminée est donc un geste très significatif.
Ainsi, la sélection, le transport et l’éclairage de la bûche étaient souvent accompagnés, à différents endroits, de véritables célébrations et rites qui se répètent chaque année. Dans chaque pays un rituel particulier s’est développé autour de la bûche.

En France, le morceau de bois à poser sur la cheminée était choisi, ensemble, par tous les membres de la famille.
En Norvège, cependant, seul le père pouvait le faire.
En Angleterre, la souche a été sélectionnée le jour de la Chandeleur (2 février) de l’année précédente.
En Amérique, c’était de mauvais augure s’il était acheté. Alors que c’était de bon augure, s’il était pris dans un bois de propriété.

Mais en quel genre de bois la bûche de Noël était-elle censée être?

En règle générale, il a été sélectionné, en fonction de la région, parmi les bois les plus fins, à savoir le frêne, le pin, le chêne et même les arbres fruitiers.
Lorsque la bûche était ramenée à la maison, il y avait toujours une grande fête: les bûches étaient décorées de rubans, de feuilles et de fleurs.
Les plus jeunes enfants chevauchaient l’arbre et, en passant, les gens enlevaient leur chapeau et se prosternaient. La bûche était alors allumée, souvent aux côtés des restes de celle de l’année précédente, la veille de Noël, par le chef de famille, qui récitait également des prières. Dans certaines localités, du vin ou du blé était versé sur le tronc.
Des pouvoirs thaumaturgiques ont été attribués aux restes de la souche et en fait ils ont été utilisés pour les situations les plus disparates: pour soigner les veaux, pour aider les vaches à mettre bas, pour semer et maintenir la santé de la culture, pour prévenir la rouille du blé, les maux de dents , engelures, grêle et incendies à la maison et désastres des tempêtes.

Cacho fio tradition provençale embrasement

Embrasement de la bûche du cacho-fio © otbeaumes

En Provence, la cérémonie du « cacho-fio »

Dans les chaumières provençales, une des plus vieilles traditions était le cacho-fio. Nos aïeuls disant même : bouto cacho-fio, soit bouter le feu à la bûche. Cette cérémonie, aujourd’hui de moins en moins pratiquée, a lieu devant la cheminé du séjour, juste avant le Gros Souper, le jour du réveillon de Noël.

« Et si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins. »

Lors de cette cérémonie, le plus âgé emmène le caganis (le plus jeune) choisir, dans la réserve de bois, la plus grosse bûche, celle qui est susceptible de se consumer la plus grande partie de la nuit possible. Cette bûche se doit d’être, traditionnellement, issue d’arbre fruitier telle qu’une bûche d’olivier, de cerisier, d’amandier. Les Provençaux apportaient au foyer le joyeux cariguié, ou vieux tronc d’olivier.
Toute l’assemblée doit alors faire trois fois (symbole de la Trinité) le tour de la table, elle-même recouverte de trois nappes. Le plus ancien arrose de vin la bûche à l’aide d’un rameau trempé dans un verre de vin cuit, tandis que l’aïeul prononce les paroles de bénédiction, en provençal :

Alègre ! Alègre ! Dieu nous alègre
Calendo vèn, tout ben vè
E se noun sian pas mai, que noun fuguen men

(Dieu nous tienne en joie ; Noël arrive, tout bien arrive ! et si nous ne sommes pas plus nombreux, que nous ne soyons pas moins !)

Autrefois, on tirait présage de la façon dont la bûche s’enflammait. Elle devait durer jusqu’au jour des Rois, jour de l’épiphanie. Le fait de déposer ensuite un fragment de bûche sous le lit devait protéger la maison contre le tonnerre et les incendies. On attribuait des vertus magiques aux cendres de la bûche de Noël, elles étaient donc conservées et réparties pour protéger la maison de la foudre, conjurer du mauvais sort ou pour améliorer les récoltes. Aujourd’hui il nous reste la bûche de Noël en pâtisserie et les bougies de Noël.

Musée Arlaten cacho fio

Salle dédiée au cacho-fio (Musée Arlaten, Arles)

Au Musée d’Arles, retour sur images

Le Museon Arlaten est un musée consacré à l’ethnographie de la Provence. Il se situe au centre d’Arles, au 29, rue de la République, dans l’ancien hôtel particulier Laval-Castellane et contient des collections représentatives des arts, de l’ethnologie et de l’histoire du pays d’Arles. Ce « musée arlésien » (en provençal) raconte la vie en Provence du 18ème siècle jusqu’à nos jours. Il prend place au sein d’un splendide monument historique dont la cour intérieure abrite des vestiges archéologiques du forum romain. L’exposition permanente retrace avec charme et poésie la vie quotidienne et les modes de vie des Provençaux d’hier et d’aujourd’hui. La muséographie fait la part belle à l’expérience de visite.

La scène si touchante de la bûche de Noël occupe toute une salle du musée d’Arles ; en voici la description : neuf mannequins de grandeur naturelle sont groupés autour de la cheminée dans laquelle flambe la bûche de Noël. La première personne de gauche est l’aïeul, en costume du XVIIIe siècle. Il arrose et bénit la bûche avec du vin cuit en prononçant les paroles sacramentelles, debout devant la table chargée des plats réglementaires. En face, assise, l’aïeule file sa quenouille. Derrière elle, le fermier, aîné des garçons, dit lou Pelot, s’appuie sur la cheminée, avant sa femme vis-à-vis. A côté du Pelot, sa jeune sœur, souriante et rêveuse ; elle s’entretient avec lou rafi (valet de ferme). Près de la table, à gauche, l’aînée des filles prépare le repas, tandis qu’au fond le guardian, armé de son trident, et le berger avec son chien, se préparent à assister au festin familial. Une jeune enfant écoute religieusement la bénédiction du grand-père (benedicioun dou cacho-fio).

La tradition de la bûche de Noël prolonge la coutume des feux de joie celtes des fêtes du solstice d’hiver. Aujourd’hui il nous reste la bûche de Noël en pâtisserie et les bougies de Noël, en cette période sombre pour la planète, pour fêter la lumière…. Comme il se doit !

Date : 20 décembre 2020

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