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Noël, du solstice d’hiver à la naissance de Jésus : entre mythes, légendes, religions et coutumes

Le premier Noël fut sans-doute célébré dans la Rome antique vers l’an 336. Autour du solstice d’hiver et du retour du soleil, de nombreuses croyances ont évolué tout au long de l’histoire de l’humanité, menant à l’émergence des religions et aux fêtes hivernales contemporaines. Noël, du solstice d’hiver à la naissance de Jésus : entre mythes, légendes, religions et coutumes.

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Noël se fête depuis des temps immémoriaux autour du solstice d’hiver, même si, dans le temps, aussi bien sa signification que ses coutumes ont changé, passant de la tradition païenne à la tradition chrétienne.

« C’est Noël, il est grand temps de rallumer les étoiles. » Guillaume Apollinaire (1880-1918)

« Lumière du monde »

Fête solennelle de la naissance de Jésus-Christ, Noël est célébré le 25 décembre dans toutes les Églises chrétiennes depuis le IVème siècle. Cette date était alors celle de la fête païenne du solstice d’hiver appelée « Naissance (en latin, Natale) du soleil », car celui-ci semble reprendre vie lorsque les jours s’allongent à nouveau. À Rome, l’Église a adopté cette coutume fort populaire, d’origine orientale, qui venait de s’imposer dans le calendrier civil, en lui donnant un sens nouveau : celui du Natale (origine du mot français Noël) du Sauveur, que la Bible désigne comme le « Soleil de justice » et la « Lumière du monde ». Cette institution allait dans le sens du syncrétisme de Constantin (les fidèles des deux cultes chômaient le même jour) et dans celui du concile de Nicée, qui venait de réaffirmer la divinité du Christ ; aussi l’extension de cette fête fut-elle rapide dans toutes les Églises chrétiennes.

noël_provence_coutumes_traditions_paiennes_carte_noelLa fête de Noël n’est donc pas, à proprement parler, l’anniversaire de la naissance de Jésus, dont on ignore la date, mais la célébration du Seigneur venant dans le monde. Les prières liturgiques et les sermons des évêques de ces siècles insistent sur la signification « mystique » de cette solennité : Dieu se fait homme pour sauver l’humanité et la mener à sa pleine réalisation dans le Royaume des cieux.

Mais la piété des fidèles s’est attachée plus volontiers à la lettre des récits évangéliques de la naissance de Jésus et a fait de Noël la plus populaire des fêtes chrétiennes : de Bethléem, où les pèlerins se rendaient, dans la nuit, à la grotte de la Nativité, la coutume s’est répandue en Occident de célébrer une première messe à minuit (la liturgie romaine connaît une deuxième messe à l’aurore et une troisième dans la journée). Le Moyen Âge a imaginé, dans les églises, des représentations de la grotte (crèches vivantes, à la manière des « mystères » de l’époque, ou statuettes qui sont à l’origine des célèbres santons de Provence). L’Église a accepté cette expression de la joie et de la piété des fidèles, tout en rappelant que le « mystère » de Noël doit s’éclairer à la lumière de Pâques.

On appelle « temps de Noël » la période qui va du 25 décembre au dimanche après l’Épiphanie (cf encyclopédie universalis).

Noël, de l’antiquité à nos jours

Le premier Noël fut sans-doute célébré dans la Rome antique vers 336. En fait, au 3e siècle, des recherches avaient été entreprises pour découvrir la véritable date qui marquât la naissance de Jésus. Le 25 décembre étant la date qui tombait exactement 9 mois après l’Annonciation à Marie par l’Archange Gabriel, il fut décidé d’adopter cette date. Mais la date même du 25 décembre est liée à bien d’autres traditions antiques.

Des racines païennes

Nous parlons encore aujourd’hui de paganisme, de divinité et de panthéon comme si rien n’avait changé depuis des millénaires. Le paganisme était la forme la plus authentique de vénération des forces de la nature, cette nature qui tonnait, inondait, fleurissait et portait ses fruits sous les yeux d’une humanité ouverte à l’inconnu. Les femmes et les hommes qui ont d’abord loué les forces du monde les ont approchés avec un respect extrême.

Le soleil, astre tout puissant d’un monde magique

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Mithra, dieu indo-iranien, fils d’Anahita © Wikipédia

La date de naissance du Christ n’est pas connue. Les Évangiles n’indiquent ni le jour ni l’année. La date du solstice d’hiver est le jour où le soleil commence son retour dans le ciel boréal. Les païens qui adoraient Mithra, originellement dieu indo-iranien, célébraient le « Dies Natalis Solis Invicti » (« Jour de la naissance du Soleil invincible »). Son culte est apparu probablement pendant le IIème siècle avant JC en Perse. « Sol Invictus » (latin pour « Soleil invaincu ») est une divinité solaire apparue dans l’Empire romain au IIIème siècle. Elle reprend des aspects de la mythologie d’Apollon et du culte de Mithra, connaissant une grande popularité dans l’armée romaine. Il se développa à Rome à partir de la seconde moitié du 1er siècle de notre ère.

Les origines de ces cultes anciens se trouvent dans ce qui est le « commencement » de la vie sur terre et qui « depuis le commencement » a fait l’objet d’adoration et de vénération : le Soleil.

À l’aube de l’humanité, il y avait un riche calendrier de fêtes annuelles et saisonnières et de rites de propitiation et de renouveau. Les peuples, à l’époque primitive de leur existence étaient intimement liés au « cycle de la nature » puisque leur survie même en dépendait. À l’époque, la vie naturelle semblait indéchiffrable, imminente, expression puissante de forces incontrôlables. C’était un monde magique. L’homme ancien se sentait partie de cette nature, mais dans une position de faiblesse. Pour cette raison, à travers le rituel, il a essayé de « se lier d’amitié » avec telle ou telle force qui lui est inhérente.

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Disque dédié à Sol Invictus portant la couronne radiée, argent, œuvre romaine, IIIe siècle. Provenance : Pessinus (Bala-Hissar, Asie mineure) © Carole Raddato

Au centre de ce cycle se trouvait l’astre qui marquait le rythme de la journée, « l’astre du matin » qui déterminait les rythmes de fructification et qui conditionnait toute la vie de l’homme. Pour ce dernier, craindre que le soleil ne se lève plus, le voir perdre sa force en hiver, réduire de plus en plus sa course dans le ciel, était une expérience tragique qui menaçait sa propre vie. Par conséquent, il a dû être exorcisé avec des rites destinés à empêcher le soleil de se lever davantage ou à l’aider au moment de moindre force. C’est précisément à partir de cette considération que l’on peut identifier les origines des rituels et des fêtes liés au solstice d’hiver.

Pendant ces fêtes, des feux étaient allumés (coutume retrouvée dans la tradition de Noël de brûler la bûche dans la cheminée la veille de Noël) qui, avec leur chaleur et leur lumière, avaient pour fonction de redonner de la force au soleil affaibli.

 

Du solstice d’hiver vers Noël

Le terme solstice vient du latin solstitium, qui signifie littéralement « encore soleil » (de sol, « soleil » et sistere, « rester immobile »).

Si nous sommes dans l’hémisphère nord de la Terre, dans les jours du 22 au 24 décembre, nous pouvons en effet observer comment le soleil semble s’arrêter dans le ciel, phénomène d’autant plus évident que l’on se rapproche de l’équateur. En termes astronomiques, pendant cette période, le soleil inverse son mouvement dans le sens de « déclinaison », c’est-à-dire qu’il atteint le point de distance maximale du plan équatorial. L’obscurité de la nuit atteint son extension maximale et la lumière du jour le minimum. Autrement dit, il se produit la nuit la plus longue et le jour le plus court de l’année.

Immédiatement après le solstice, la lumière du jour revient progressivement à augmenter et l’obscurité de la nuit diminue jusqu’au solstice d’été, en juin, où nous aurons le jour le plus long de l’année et la nuit la plus courte. Le jour du solstice tombe généralement le 21, mais en raison de l’inversion apparente du mouvement solaire, il devient visible le troisième / quatrième jour suivant. Le soleil, donc, au solstice d’hiver arrive dans sa phase la plus faible en termes de lumière et de chaleur, il semble tomber dans les ténèbres, mais revient ensuite à la vie et « invincible » sur la même obscurité. Le 25 décembre, il semble renaître.

Bien avant l’apparition du christianisme, l’époque du solstice d’hiver était déjà une période charnière de l’année, qui regroupait de nombreuses croyances païennes relatives à la fertilité, la maternité, la procréation et l’astronomie. Elle donnait donc lieu à de nombreuses manifestations. Ces traditions antiques ont de nombreux points de similitude avec la fête chrétienne.

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Les Celtes et le solstice

Les Celtes fêtaient le solstice d’hiver le 25 décembre au lieu du 21, avec un festival nommé Yule. Le solstice d’hiver représentait le jour le plus court de l’année, celui où la nuit était plus importante que le jour. Toutes les cultures et les religions héliocentriques qui avaient le culte du soleil, Elios en grec, célébraient cette date. Les Romains antiques, eux, célébraient à cette même époque les Saturnales, en honneur du Dieu Saturne, Dieu de l’agriculture. Cette fête, avec banquets et échanges de dons, très importante dans leur culture, était de bon augure pour la prospérité et la paix de l’année à venir.

Les Romains et le solstice

Avant la christianisation de l’Occident, une fête appelée Dies Natalis Solis Invicti, « jour de la naissance du soleil invaincu » avait été fixée au 25 décembre par l’empereur romain Aurélien en 274, comme grande fête du culte de « Sol Invictus » (« Le soleil invaincu »). Aurélien choisit ainsi une date proche du solstice d’hiver, correspondant au lendemain de la fin des traditionnelles Saturnales romaines mais aussi au jour où la naissance de la divinité solaire Mithra est fêtée. Aurélien souhaite en effet unifier religieusement l’Empire, et en choisissant cette date il contente les adeptes de Sol Invictus et du culte de Mithra tout en plaçant la fête dans la continuité des festivités traditionnelles romaines.

La première mention d’une célébration chrétienne à la date du 25 décembre a lieu à Rome en 336. Le christianisme devient ainsi à son tour un des cultes et religions de l’Empire romain célébrant une festivité pendant cette période de l’année. L’anniversaire de la naissance de Jésus étant inconnu, il est très probable que le 25 décembre ait été choisi afin d’adopter les coutumes liées à cette date « en leur donnant un sens nouveau ». D’autre part, selon certains, il est possible qu’un texte attribué à Hippolyte de Rome en 204 ait inspiré le choix de la date.

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© bbfrance.org

La fête de Hanoucca, fête des lumières

Hanoucca, qui signifie « édification » ou « inauguration » en hébreu) commémore l’inauguration du Second Temple de Jérusalem, en 165 avant JC. Cette fête est un hommage à la famille juive des Maccabées, qui est parvenue à prendre le dessus sur le roi Antiochos IV. Ce dernier voulait helléniser la Judée et interdire aux Juifs de pratiquer leur culte. Suite à cette victoire militaire, les Maccabées se sont rendus dans le Temple de Jérusalem pour y allumer un chandelier à l’aide d’une fiole d’huile d’olive. On raconte qu’au lieu de durer 24 heures, le chandelier serait resté allumé durant huit jours entiers. C’est le Miracle de la fiole d’huile, devenu symbole de lumière pour la communauté juive.

Solstice d’hiver, naissance de Jésus, fête des lumières, à six autour de la table, dans la quasi-solitude d’un EHPAD ou sous le porche d’une entrée d’immeuble, d’un blanc immaculé ou noirci par la fumée des bombes, dérivant dans un océan de misère ou bien au chaud devant la dinde, Noël arrive à grands pas. Pour citer Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, écrivain et poète français, critique et théoricien d’art, considéré comme l’un des poètes les plus importants du XXe siècle : « C’est Noël, il est grand temps de rallumer les étoiles. »

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Histoire Noël
Date : 21 décembre 2020

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