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Les fêtes de Noël en Provence, patrimoine culturel immatériel

Dès le début du mois de décembre s’ouvre en Provence la période dite calendale, qui s’étend jusqu’à la fête de la Chandeleur au début du mois de février. Marquée par les réjouissances de Noël, elle se trouve rythmée par une série de célébrations et de pratiques traditionnelles, qui puisent leurs origines dans l’histoire de la région. Ces pratiques s’étendent sur toutes les régions de Basse-Provence et font partie du patrimoine culturel immatériel français.

Fete de Noel en Provence Traditions


Les traditions des fêtes de Noël provençales, inscrites au patrimoine culturel immatériel, sont situées spécifiquement dans les départements des Alpes-de-Haute-Provence, des Alpes-Maritimes, des Bouches-du-Rhône, des Hautes-Alpes, du Var et du Vaucluse dans la majorité des cas, et dans ceux de la Drôme et du Gard pour certaines pratiques spécifiques.

La Période Calendale, du 1er décembre à la chandeleur

Dès le début du mois de décembre s’ouvre en Provence la période dite « calendale », qui s’étend jusqu’à la fête de la Chandeleur au début du mois de février. Marquée par les réjouissances des fêtes de Noël, comme elles sont fêtées partout ailleurs, elle se trouve néanmoins rythmée par une série de célébrations et de pratiques traditionnelles, qui puisent leurs origines dans l’histoire de la région, tout en revêtant des attraits culturels toujours renouvelés.

Ces pratiques s’étendent sur toutes les régions de Basse-Provence. En dépit de variations relatives, les mêmes célébrations de période calendale se retrouvent à Aix-en-Provence, en Avignon, à Briançon, à Cannes, à Gap, à Manosque, à Marseille, à Sisteron ou encore à Toulon. Ces célébrations traditionnelles constituent des temps forts de la période de Noël : plantation du blé de la Sainte Barbe, exposition et achat des santons de Provence associés à l’installation de la crèche dans les foyers, « gros souper » de la vigile de Noël, treize desserts précédant la messe de minuit, où des pastorales sont chantées pour fêter la Nativité, célébration de l’Épiphanie avec dégustation du gâteau des Rois et « Chandeleur victorine » à la basilique Saint-Victor de Marseille.

Le Blé de la Sainte Barbe, un geste ancestral

« Quand lou blad vèn bèn, tout vèn bèn » Quand le blé va bien tout va bien

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À l’origine, les ancêtres craignaient tant le déclin du jour par la diminution de la durée de la journée, qu’ils redoutaient également que la terre nourricière ne reparte pas et ait « oublié  » comment germer à nouveau. Aussi, l’observation leur ayant fait remarquer qu’aux alentours de la mi-décembre, les jours recommençaient à augmenter, ils en profitaient pour mettre à germer dans des jattes des graines de diverses variétés, lesquelles une fois germées, étaient disposées à l’entrée des champs un peu comme pour montrer comment il fallait que la terre se régénère.
Ensuite l’église catholique aurait recyclé cette tradition païenne.

Le 4 décembre

Comptant parmi les rites les moins célèbres, mais les plus suivis en Provence, la plantation du blé de la Sainte Barbe fait figure de petit rite d’ouverture du cycle de l’Avent, qui débute le 4 décembre, jour de la Sainte Barbara. Il consiste en la plantation dans trois soucoupes, où l’on a préalablement étalé un peu d’ouate humide, des grains de blé dits de la Sainte Barbe. L’usage des lentilles et des pois-chiches est aussi admis. Lors du « gros souper », les trois coupelles de blé sont disposées sur la table. La bonne germination du blé, jugée un bon présage pour l’année à venir, est accompagnée de la formule «Quand lou blad vèn bèn, tout vèn bèn». Ces coupelles, représentant la Sainte Trinité, font ensuite partie de la décoration de la table de Noël, au soir du 24 décembre, lors du Gros souper.
Le 25 décembre, la maîtresse de maison orne ces blés de rubans jaune et rouge. À compter du 26 décembre, les coupelles sont disposées près de la crèche, et jusqu’à l’Épiphanie. Les blés sont enfin plantés en pleine terre.

Mais la signification profonde de ce blé verdoyant au cœur de l’hiver demeure majoritairement inconnue. Attestée par les auteurs du XIXe siècle et par le Mireio de Mistral (1906) comme la réminiscence des « jardins d’Adonis » antiques, cette pratique demeure très suivie dans régions d’Aix-en-Provence et de Marseille, où des commerçants exposent leurs plantations dans leurs vitrines. Depuis quelques années, des sachets de grains de blés sont vendus par les santonniers des foires et par la Fondation Maguy-Roubaud, qui œuvre au profit des enfants hospitalisés. Cette tradition apparaît comme un exemple de continuité en dépit d’un sens vague ou presque inexistant, consistant simplement en la répétition d’un geste ancestral, dont l’intérêt repose dans sa répétition.

« Festo de Nouvé », les fêtes de Noël en provençal

Les pratiques traditionnelles associées aux célébrations des fêtes de Noël en Provence existent chez tous les Provençaux, comme communauté régionale et culturelle, dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Hautes-Alpes, Var et Vaucluse). Les communes, notamment celles d’Aix-en-Provence, Arles ou Marseille, associées aux chambres de commerce et d’industrie et à la délégation des Bouches-du-Rhône de la chambre des métiers et de l’artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, constituent une communauté d’acteurs très impliquée dans le maintien et la représentation des traditions festives du Noël provençal.

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© Fédération folklorique méditerranéenne

Leur action est relayée par un réseau particulièrement fourni d’associations, dont la plus renommée et la plus ancienne est celle du Félibrige, fondée en mai 1854. S’y ajoute la Fédération folklorique méditerranéenne, qui réunit 63 groupes et couvre trois régions et douze départements (Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Aude, Bouches-du-Rhône, Corse, Gard, Hautes-Alpes, Hérault, Lozère, Pyrénées-Orientales, Var et Vaucluse).

Associations et groupes folkloriques visent en nombre à entretenir plus localement la pratique des traditions provençales. Les traditions de Noël en Provence, toujours renouvelées et entretenues, s’appuient également sur des institutions muséales, en particulier des musées de société, comme le Museon Arlaten (Arles), qui explore ces traditions sur le plan historique et ethnographique et constitue une référence pour maints amateurs de ces rites. Les musées sont souvent perçus comme des figures d’autorité représentative, sans revendication spécifique de ce rôle par eux-mêmes, de cela nait une cohabitation féconde et un dialogue subtil, participant à la perpétuation d’une culture à travers ses mémoires, ses récits, son histoire et ses expressions dites traditionnelles ou identitaires.

Le « gros souper » et les « treize desserts » des fêtes de Noël en Provence

En Provence, la tradition des treize desserts s’insère dans le cérémonial du « gros souper », consommé lors de la vigile de Noël. Consommé avant minuit, ce dîner est constitué uniquement de plats maigres (coquillages, poissons, légumes ou pâtes, selon les régions) et se distingue du Réveillon, qui, lui, est consommé après minuit et marque le temps du gras.

Jusque dans les années 1920, aucun texte n’énumère les desserts provençaux présents aux fêtes de Noël dégustés au retour de la messe de minuit. Depuis le début du XXe siècle, ils sont simplement désignés comme les « calenos » et caractérisés par leur abondance et leur douceur. Ainsi, pommes, poires, verdaù (melon vert conservé dans le grain), raisin frais, sorbes, nougat blanc, nougat noir, noix, amandes, noisettes, figues sèches, pompe à l’huile, raisins secs constituent la liste des treize desserts « traditionnels », établie par le Musée des Arts et Traditions populaires du terroir marseillais, à Château-Gombert.

Connus sous le terme générique de « mendiants », les fruits secs (figues, amandes, noix, noisettes et raisins secs), auxquels les familles ont désormais intégré pruneaux et abricots secs, sont à l’honneur sur toutes les tables de la veillée calendale. Sur les tables provençales peuvent également figurer oreillettes, beignets de pommes, œufs au lait, pâtes de coings, confitures de fruits, pralines, ainsi que des tartes sucrées aux épinards, confectionnées par les habitants de Grignan (Drôme).

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Table du gros souper au Musée des Arts et Traditions populaires du terroir marseillais (Château-Gombert) © Véronique Pagnier

Sur la crédence sont disposés la pompe à l’huile et le nougat, « mets sacramentels » selon l’expression de Frédéric Mistral et éléments traditionnels incontestés, de plus en plus fréquemment accompagnés de chocolats, papillotes, fondants, marrons glacés et autres bûches. La pompe à l’huile, l’un des mets obligés, sans lequel aucun Noël véritablement provençal n’est possible, comporte plusieurs dénominations : « pompe à huile » et « gibassié« . L’huile d’olive est l’un des constituants de base de ces deux produits, mais la pompe est «allongée et briochée, parfumée à l’anis», tandis que le gibassié est « rond, parfumé à l’anis et sablé ».

Quant au nougat noir ou « nougat de ménage », celui-ci est confectionné à partir de miel et d’amandes. Consommé essentiellement au moment de Noël, il conserve, dans sa fabrication artisanale, un caractère saisonnier. À Signes, village de la région toulonnaise, sa fabrication commence vers la mi-septembre, après la récolte du miel, et se termine fin décembre, deux ou trois jours après Noël. Des villages comme Allauch (Bouches-du-Rhône) ou Sault (Vaucluse) en ont fait leur renommée.

« Voici une quantité de friandises, de gourmandises, les treize desserts : il en faut treize, oui treize, pas plus si vous voulez, mais pas un de moins » Dr Joseph Fallen, 1925

Enfin, la fête calendale des treize desserts semble s’inscrire dans les pratiques de préparation de mets sucrés pour le retour de la messe de minuit attestées dès le XVIIe siècle dans les descriptions du prêtre de l’église de Marseille, François Marchetti, dans son ouvrage, Explication des usages et coutumes des Marseillais (1683). Le nombre de treize n’est toutefois attesté qu’autour des années 1920 : le Dr Joseph Fallen, écrivain d’Aubagne et Félibrige, écrit dans le numéro spécial de Noël du journal La Pignato : « Voici une quantité de friandises, de gourmandises, les treize desserts : il en faut treize, oui treize, pas plus si vous voulez, mais pas un de moins » (1925). Énumérant la première liste de mets constituant les treize desserts, il fût aussitôt imité par la romancière Marie Gasquet, qui relate dans son ouvrage Une enfance provençale (1926) qu’à Noël, « Il faut treize desserts, treize assiettes de friandises, douze qui versent les produits du pays, du jardin, la treizième beaucoup plus belle, remplie de dattes ».

Le Musée du Terroir marseillais consacra, au début des années 1930, une salle au repas de Noël, tandis qu’en 1946, Tounin Virolaste, chroniqueur de l’Armana prouvençau, rappela qu’au Museon Arlaten, Frédéric Mistral n’avait fait mettre que onze desserts sur la table du gros souper, écrivant : « Dans le Comtat Venaissin, le peuple veut qu’il y en ait treize, et sûrement dans d’autres endroits aussi. Va pour treize ! »
Ce petit débat entre les publications félibréennes des deux premières décennies du XXe siècle finit par conduire au choix du nombre symbolique de treize, qui correspondrait au Christ et aux douze apôtres, progressivement adopté par toute la Provence au cours du XXe siècle, avec de multiples variations locales ou familiales.

La messe de minuit, les cérémonies de pastrage et la pastorale, symboles des fêtes de Noël

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Les treize desserts

Après le « gros souper » et avant les « treize desserts », la messe de minuit célèbre la naissance de l’enfant Jésus et constitue un moment marquant pour les familles chrétiennes pratiquantes. Mais elle revêt également une signification qui dépasse l’usage purement religieux, en se présentant comme une tradition propre à la Provence. À cette occasion, les églises connaissent un afflux considérable de fidèles, mais aussi de Provençaux venus apprécier les célébrations. La renommée de certaines messes de minuit a même dépassé les limites de la région, en raison de la présence de tambourinaires et de chorales, qui interprètent des cantiques en provençal [Guis, Le françois et Venture, 1993].

Ces cérémonies comprennent une séquence d’offrandes couramment appelées « pastrage » [Bertrand, 2005]. Rappelant la célébration de la naissance de l’enfant Jésus par les bergers, dits « pastre » en provençal, celles-ci donnent à voir des bergers, des pêcheurs ou des cultivateurs, en costumes anciens ou réputés traditionnels, apportant en procession le produit de leur travail. Le nom de pastorale, qui désigne la représentation théâtrale chantée et parlée en provençal de la célébration de la Nativité, dérive directement du spectacle de la procession des bergers vers l’étable où Jésus vient de naître.

Autrefois jouées pendant, puis avant la messe de minuit, les pastorales sont à présent jouées devant des salles combles du 25 décembre au 2 février à travers toute la Provence et une partie du Comtat Venaissin [ibid.]. Les pastorales jouées en langue provençale commune trouvent un public fidèle, qui a peu d’occasions d’entendre une pièce en provençal. Du fait de l’obstacle de cette représentation en langue vernaculaire, cette tradition ne connaît en revanche qu’une célébrité assez restreinte hors de Provence.

L’Épiphanie et le gâteau des Rois

Le 6 janvier, à l’occasion de l’Épiphanie, qui, dans la tradition chrétienne, célèbre l’arrivée des Rois Mages auprès de l’enfant Jésus, il est commun comme partout en France de « tirer les rois ». L’événement est également marqué par la dégustation de la « galette des Rois ». En Provence, cependant, le gâteau des Rois diffère sensiblement de la galette feuilletée, puisqu’il consiste en une brioche en forme de couronne, avec un trou en son centre. Appelée « couronne des Rois » (corona dels Reis), « couronne bordelaise » (corona bordalesa) à Bordeaux et « royaume » (lou Reiaume) en provençal, la brioche est parfumée à la fleur d’oranger, surmontée de fruits confits et de gros grains de sucre.

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Couronne des rois © Tamorlan

À l’intérieur de la brioche sont placés une fève alimentaire et une petite figurine, dite « santon ». Avant de découper la brioche des Rois, le plus jeune des convives est invité à se placer sous la table, avant que la brioche ne soit découpée. Selon l’usage, la répartition des parts lui revient, afin que le santon et la fève soient bien distribuées au hasard:

« Uno favo qui designe lou rèi »

« Le roi sera celui qui obtiendra la fève » ou « celui qui aura le santon sera son sujet ». Le roi garde son trône toute la journée, mais est tenu d’acheter la prochaine brioche. Cette pratique se répète généralement en Provence jusqu’au 2 février, jour de la Chandeleur, qui marque alors la fin des fêtes calendales.

La chandeleur « victorine »

Le 2 février, la Chandeleur clôt le long cycle des fêtes de Noël. Elle représente la plus importante fête mariale de Marseille et attire environ 80000 pèlerins dans la basilique Saint-Victor. Elle se caractérise par la vente de cierges verts et de la navette, biscuit de marine au façonnage particulier. Les cérémonies de l’octave de la Chandeleur durent neuf jours, au cours desquels pèlerins et croyants se rassemblent autour de la basilique, trop étroite pour abriter tous les fidèles. Ceux-ci assistent et participent aux processions et aux célébrations organisées autour de la statue de la Vierge noire des cryptes, sculptée en bois de noyer et parée d’atours. Il est d’usage de ramener chez soi un cierge allumé et une « navette », représentant la barque qui amena les saintes sur les côtes de Provence [Bertrand, 2003].

Le conseil paroissial de Saint-Victor à Marseille a le monopole de la vente des cierges verts. La navette est un biscuit en forme de barquette fabriqué depuis 1781 au « Four des Navettes », au coin de la rue Sainte et de la rue d’Endoume. L’entreprise, voisine de la basilique, détient l’exclusivité de la fabrication des navettes, qui constituent une véritable marque déposée.

Le Félibrige

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Réunion du Félibrige, à Font-Ségugne, en 1854

De manière générale, l’impulsion des Félibres s’est avérée décisive dans l’évolution et le processus de codification des pratiques qui paraissent aujourd’hui spécifiques à la Provence. Émanant des groupes régionalistes qui se formèrent durant la seconde moitié du XIXe siècle, le Félibrige a nourri une abondante littérature sur le folklore et les traditions provençales, qui façonnent les représentations et les normes définissant l’identité provençale.

Certaines pratiques sont ainsi élevées au rang de traditions dans la mesure où elles suggèrent la continuité dans la célébration annuelle d’un héritage de paroles, de gestes, d’objets puisés dans le passé régional et cycliquement repris dans le présent. Cette élévation conduit ainsi à leur diffusion à l’ensemble de la région, avec quelques menues variantes locales, tandis que les pratiques jugées malséantes selon l’idéal moral de l’époque et les aspects qui semblent communs aux autres régions de France sont mis de côté.

Les membres du Félibrige influèrent sur le renforcement de l’attachement des Provençaux urbains aux traditions à la fin du XIXe siècle, qui engendra la transformation des multiples confiseries et sucreries de Noël en treize desserts, avec sa rigoureuse codification actuelle dans certains milieux régionalistes.

Le « cacho-fio », un rituel des fêtes de Noël

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Salle dédiée au cacho-fio, Museon Arlaten (Arles)

Au nombre des pratiques associées au « gros souper » figurait autrefois le rituel du « cacho-fiò », qui disparut des usages quotidiens au cours du XIXe siècle. Considéré entre 1500 et 1800 comme une pratique caractéristique des fêtes de Noël provençales et méditerranéennes, il consistait en la bénédiction au moyen d’un verre de vin d’une imposante bûche par le personnage le plus âgé de la famille, la bûche étant sensée brûler deux jours durant. Progressivement décliné à partir des années 1850, ce rituel domestique propitiatoire survit néanmoins de nos jours au travers de la formule « Se sian pas mai, que fuguen pasmens » (« Si nous ne sommes pas plus nombreux, que nous ne soyons pas moins »), toujours employée à l’occasion du Nouvel An.

La Pastorale : l’histoire

Les cérémonies de pastrage semblent correspondre au vieux rite, instauré sous l’Ancien Régime, de l’offrande solennelle à l’Église par un corps de métier du produit de son travail. Perdurant jusqu’à l’aube du XIXe siècle, la pratique de l’offrande de Noël, très localisée, restait le fait des confréries d’éleveurs du pays d’Arles, des Alpilles et de la Montagnette. Il s’agit du seul rite essentiellement rural promu au rang de tradition provençale des fêtes de Noël.

La création de chants de Noël sous la forme de cantiques dans le sud de la France apparaît au début du XVIIe siècle à partir de trois foyers : Marseille, Avignon et Toulouse, qui continueront de tenir ce rôle jusqu’au XIXe siècle. Malgré le grand nombre d’œuvres semblables composées tout au long de cette période, la pièce du chanoine Nicolas Saboly d’Avignon, rééditée de manière ininterrompue depuis la fin du XVIIe siècle, continue d’être chantée en Provence devant les crèches des églises pendant la Quarantaine de Noël.

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Acteurs de la pastorale Maurel à Château-Gombert vers 1920

La pastorale de Noël a pour origine une courte pièce rédigée vers 1770 par l’abbé Thobert, directeur de l’Œuvre de la jeunesse des prêtres du Sacré-Cœur de Marseille. Après sa réédition en 1800, cette série de cantiques de Noël, reliés par de courts dialogues, est associée aux « crèches parlantes », petits théâtres de marionnettes, qui se développent dans le même temps à Marseille, Aix et Toulon. Leur habile mise en scène de types sociaux variés dans une série de saynètes dialoguées, entrecoupées de chants de Noël, leur a valu un succès immédiat et durable.

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Affiche annonçant à Château-Gombert la représentation de la pastorale Maurel en 1926

Il fallut cependant attendre le miroitier marseillais Antoine Maurel (1815-1897) qui, s’inspirant de la pastorale Thobert et des livrets des crèches parlantes, proposa une pastorale, qui constitua une pièce à part entière. Elle fut montée pour la première fois pour Noël 1842 à Marseille dans une salle associative de la rue Nau, où elle est toujours jouée, un siècle et demi plus tard, par une troupe d’amateurs. Bien que, au cours du XIXe siècle ensuite, nombre de pastorales aient été écrites sur son modèle, la « Maurel » reste la plus jouée jusqu’à nos jours.

Les traditions des fêtes de Noël, telles qu’elles sont connues aujourd’hui en Provence, ont donc un ancrage historique remontant au-delà du XVIIe siècle, mais correspondent aussi à des innovations culturelles nées principalement à Marseille et sa région au XIXe siècle. La lente disparition du rite du «cacho fio» fut principalement combattue par les Félibres : Frédéric Mistral en fournit la première description précise dans un excursus de Mireio (1859) et y revint en détail dans son récit.

Date : 12 décembre 2020

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