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Victor Hugo, le Visionnaire : « l’utopie est la volonté de demain »

Hugo le Visionnaire - Serge Barbuscia

« Victor Hugo, le Visionnaire » – Théâtre Benoit XII – Avignon

En partenariat avec l’Orchestre Régional Avignon Provence et le Théâtre du Balcon
Avec le soutien de la Régie Culturelle Régionale
Conception : Serge Barbuscia
Composition : Dominique Lièvre
Direction : Frédéric Rouillon
Mezzo-soprano : Magali Palies
Orchestre Régional Avignon-Provence

Victor Hugo, le Visionnaire » : Retour sur le spectacle musical du samedi 7 décembre

A l’Unisson, le grand Orchestre Régional Avignon-Provence, dirigé par un excellent chef d’orchestre, Frédéric Rouillon, sur la partition d’un grand compositeur Dominique Lièvre, a marié ses accords à un chant, celui de Magali Palies et à une voix, celle de Serge Barbuscia pour une rencontre des mots, de la musique et des images autour des discours de Victor Hugo à l’Assemblée Nationale, d’après une idée originale de Serge Barbuscia.

L’Ecrivain, le poète, l’orateur

« Il faut s’aimer, il faut s’aimer, il faut s’aimer »

« Ce que j’ai écrit dans tous mes livres, ce que j’ai attesté dans tous mes actes, ce que j’ai dit dans tous les auditoires à la tribune des pairs de France comme dans le cimetière des proscrits à l’Assemblée Nationale, comme à la fenêtre lapidée de la place des barricades, je l’attesterai, je l’écrirai et je le dirai sans cesse : il faut s’aimer, il faut s’aimer, il faut s’aimer. » Victor Hugo

Dans ses romans, Victor Hugo se fait l’interprète des humbles et des nuances infinies de l’âme humaine. Ses personnages possèdent une force, une évidence, une couleur qui leur donne une vie propre et les rend immortels. En fait, Victor Hugo n’articule pas ses romans sur un seul personnage. De ses œuvres s’échappe un souffle d’idéalisme et d’amour venu de son exigence à chercher l’être humain dans la plénitude de ses passions et de ses sentiments. Une humanité que l’écrivain trouve chez les misérables, les pauvres, les abandonnés, parmi ceux qui souffrent non seulement par amour mais aussi à cause de la peur, de la faim et de la persécution. Ses discours défendent la démocratie et la tolérance. Le droit et la loi, La peine de mort, John Brown et l’esclavage, Mes travailleurs de la mer, Pour la Serbie, L’Europe, Les deniers de la Culture : ce soir, Serge Barbuscia a choisi de s’en emparer.

Samedi 7 décembre 2019,
La route a paru longue tellement grande était la hâte d’arriver en Avignon, dans ce magnifique Théâtre Benoit XII. Il y a grève générale pour revendiquer plus d’égalité, comme un signe ! Victor Hugo le visionnaire nous attendait !

Sur la gauche, une tribune magnifiquement ornée, des rideaux fins accrochés à la manière des vestales ourlent les côtés et le fond de scène. Sur eux, des images projetées –les dessins de Victor Hugo- éclairent le propos, soulignent les moments forts. A droite, sur un pan de scène surélevée répondant à la chaire, une cantatrice, altière dans une robe longue bordeaux. Les voiles sibyllins qui la cernent de part et d’autre, sans la cacher, suggèrent Athènes et Démos. Le chant sera la conscience. L’orchestre habite le centre de scène, c’est l’assemblée constituante : le décor est planté.

Serge Barbuscia : Criant de vérité

Serge Barbuscia est auteur, metteur en scène, comédien, directeur artistique du Théâtre du Balcon.
Ce soir, il est Victor Hugo.
Un homme s’avance lentement, vêtu de noir. Il invective, harangue, secoue l’assemblée tantôt approbatrice, souvent rébarbative, monte à la tribune et fait claquer les mots, martèle les vérités, découvrant les failles, les plaies, les urgences, les cris du peuple, les dangers d’un avenir guerrier et douteux.
Les yeux brillants d’intelligence, le visage bouleversé, le corps tendu par un idéal d’humanité, le doigt et le geste accusateurs, l’homme, pensif, clairvoyant, fait glisser sa plume sur la feuille. Il disparaît puis revient, à chaque fois plus vaillant, plus tenace, plus acharné, plus farouche, plus habité encore. Si le peuple est à la peine, les paroles énoncées mettent le cœur en joie. L’homme qui se dresse devant nous ce soir, qui se bat avec des armes de paix, qui illumine l’assemblée comme il a éclairé son siècle, ce n’est plus un magnifique comédien. La réalité se heurte à l’impensable, c’est Victor Hugo.

Un discours cruellement d’actualité

« J’en appelle à vos consciences, j’en appelle à vos sentiments à tous. Quel est le plus grand péril de la situation actuelle ? L’ignorance, l’ignorance encore plus que la misère, l’ignorance qui nous déborde qui nous assiège, qui nous investit de toutes parts. C’est à la faveur de l’ignorance que certaines doctrines fatales passent de l’esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau confus des multitudes. Le jour où l’ignorance disparaitra, les sophismes s’évanouiront. »

…-«Nous avions imaginé ce spectacle en 96, dit Serge Barbuscia, hélas il continue à être d’une actualité brûlante… C’est un texte que je veux partager avec le plus grand nombre. Tous ces textes, l’un après l’autre, sont tellement importants, qu’au final, ils nous donnent le chemin ».
Tout est dit ! Partout encore le bruit des bottes, partout la résurgence de la bêtise, fruit de l’ignorance. Mais c’est la clarté de l’espoir que le Directeur du Théâtre du Balcon veut impartir avec cette production.

Le rôle de sa vie ?

Difficile de répondre à une telle question tant le comédien s’investit dans chacun de ses rôles avec ce professionnalisme et cette ardeur qui caractérisent les grands. Mais il y a ce soir chez Serge Barbuscia une dimension particulière, comme si Victor Hugo habitait le comédien depuis toujours, comme si, enfin, et par le verbe, la boucle pouvait, non pas se refermer, mais trouver un chemin apaisé, celui de la transmission. Car sans-doute s’agit-il de cela. Serge Barbuscia, pétri d’humanité et d’espérance, transmet la parole par la culture. Un véritable sacerdoce pour cet homme généreux, engagé, fidèle en amitié, humble, à la recherche constante de l’art dont il se nourrit et dont il nous sustente. Serge Barbuscia, c’est une exigence intellectuelle de chaque instant, une dévorante nécessité du partage, doublé d’une réussite exemplaire.

Dominique Lièvre, un compositeur magique

« La création doit être au service de l’humanité » Dominique Lièvre

« La couleur et l’aspect primitif du matériau et du timbre jouent un rôle essentiel dans son geste de création et il se plait régulièrement à converser avec la littérature, le théâtre ou la danse contemporaine. Tantôt monolithique quasi clanique, tantôt ciselée et colorée sa musique habite l’instant. » (cf dossier pédagogique Hugo Le Visionnaire)
Quand on demande au grand compositeur Dominique Lièvre quelle conception il a du bonheur, il répond : « La Paix dans le monde ». Une amitié de 24 ans, plusieurs créations, toujours sur des sujets humanistes (Marche de Christian Petr sur les invisibles et les SDF, Le dernier Bouffon de Jean Coulomb sur les dérives de la recherche scientifique etc.) ainsi qu’un altruisme profond lient le compositeur à Serge Barbuscia, depuis 1996.
Outre la musique, Dominique Lièvre a composé les paroles merveilleusement chantées par Dominique Paliès. Sa musique accompagne, souligne, répond, s’insurge, blâme ou applaudit les propos d’Hugo. Elle est invraisemblablement humaine, triste ou en colère, douce ou hardie, appelant au réveil avec des sursauts où les cordes se tendent dans des accords fébriles ou langoureux et des envolées lyriques superbes.

Magnifique orchestre Régional Avignon-Provence

Ce soir, l’orchestre manifeste également son approbation ou sa désapprobation. Il est le personnage central, celui dont on veut emporter l’adhésion, celui que l’on veut convaincre, la digne Assemblée Constituante.

Les musiciens et le chef d’orchestre jouent le jeu avec conviction. Conduits magistralement, les musiciens déroulent avec maestria la remarquable partition.

‘Fondé à la fin du 18e siècle, l’Orchestre Régional Avignon-Provence appartient à ces orchestres qui, depuis longtemps, structurent la vie musicale française et y accomplissent les missions de service public à savoir la création, la diffusion et l’accompagnement des publics dans la découverte de programmes musicaux classiques et contemporains de qualité. En outre, la création du département des Nouveaux Publics en 2009 permet aujourd’hui à plus de 28 000 enfants, adolescents et adultes, d’assister aux concerts de l’Orchestre. Il est également le compagnon fidèle de l’Opéra Grand Avignon dont il accompagne toute la saison lyrique. Grâce à sa politique artistique, l’Orchestre Régional Avignon-Provence offre une profonde intelligence musicale et une rare souplesse dans l’approche des œuvres, quelles que soient leur époque et leur style. Sollicité pour participer à de prestigieux festivals comme le Festival d’Avignon et le Festival International de Piano de la Roque d’Anthéron, l’Orchestre Régional Avignon- Provence est présent aussi bien en France qu’à l’international. De grands chefs le dirigent et de prestigieux solistes viennent se produire à ses côtés, qu’ils soient musiciens ou chanteurs. Parallèlement, la mise en place d’une politique discographique dynamique atteste de la haute qualité de cette formation orchestrale. Fidèle à son approche du jeune public, l’Orchestre a réalisé un livre disque pour le centenaire de Peter Pan à partir d’une œuvre commandée au compositeur Olivier Penard. En 2013, il a édité un enregistrement du Docteur Miracle, opéra-comique de Bizet, salué unanimement par la critique (Choc Classica). En juin 2014 est paru L’Amour Masqué de Messager chez Actes Sud. En mai 2015, un disque avec le harpiste Emmanuel Ceysson est paru chez Naïve. En janvier 2017 est sortie la création mondiale Homeriade de Dimítris Dimitriádis avec le comédien Robin Renucci. Plus récemment, une production discographique qui enchante : la Société Anonyme Des Messieurs Prudents de Louis Beydts dévoilée chez Klarthe. En 2018 est sorti un disque avec Nathalie Manfrino chez Decca Universal et en 2019 est paru un enregistrement live du Dilettante d’Avignon chez Klarthe. Soutenu par l’État (Ministère de la Culture), la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Département de Vaucluse, la Communauté d’Agglomération du Grand Avignon et la Ville d’Avignon, l’Orchestre Régional Avignon – Provence apporte son concours à un territoire régional dont le patrimoine culturel et l’histoire musicale, tant passés que présents, sont parmi les plus riches d’Europe. Sous l’impulsion de Philippe Grison, son Directeur Général et de Samuel Jean, son Premier chef invité, l’Orchestre Régional Avignon-Provence rayonne désormais sur son territoire, en France et à l’international ‘ (cf dossier pédagogique)

Frédéric Rouillon, chef d’orchestre inspiré

«Etre toujours soi-même, connecté à l’instant présent, savoir apprécier ce que la vie nous offre à ce moment-là, c’est, je crois, la clé du bonheur » F. Rouillon

Sur proposition de Samuel Jean, actuel Directeur musical de l’orchestre Avignon-Provence, Frédéric Rouillon, jeune et sympathique chef d’orchestre à la carrière internationale, passionné d’art lyrique, rencontre Serge Barbuscia en avril 2019 puis Dominique Lièvre et les trois croisent leurs regards sur le projet.

Consciencieux, méthodique, pointilleux dans son travail, le chef d’orchestre travaille énormément la partition en amont. Il exprime son admiration pour Dominique Lièvre car, dit-il :
-«C’est lui qui a construit la musique en s’inspirant de la musique des mots du poète et en entendant Serge déclamer les textes. Il a entendu toute la musique derrière ces discours car cela reste Victor Hugo, capable de parler de peine de mort en le faisant passer d’une manière artistique. Dominique avait, je pense, une image très claire, très définie et a transcendé cette musique avec ses notes à lui. Notre admiration commune pour Gustave Mahler est quelque chose qui nous a beaucoup rapprochés Dominique et moi. On est toujours dans des alliages de timbres assez étonnants, dans des rythmes assez saccadés et il y a en même temps un énorme lyrisme qui émane de la musique de Dominique Lièvre, cette brisure dans l’émotion que l’on retrouve chez Mahler.». Répondant à ma remarque sur la fantastique répartition du son dans la salle, l’orchestre n’écrasant pas les voix, chacun d’une grande clarté, Frédéric Rouillon répond : -«Bien que le lieu ait été un peu étroit par rapport à la taille de l’orchestre, nous avons eu des ingénieurs du son qui ont permis de compenser cette balance parfaite entre la voix de Serge et la voix de Magalie. Avec un projet comme celui-ci qui doit se monter en un temps record, il faut des affinités qui aillent au-delà même de la simple lecture de la partition, il faut que ce soit une rencontre humaine. »

Frédéric Rouillon un chef d’orchestre modeste, brillant et charismatique, qui rêverait de diriger l’Otello de Verdi, est ravi de cette première rencontre avec l’Orchestre d’Avignon. Il souhaiterait non seulement son retour auprès d’eux, mais le renouvellement de cette expérience. « Pour quelqu’un du Nord, ajoute-t-il, je me sens aussi très bien dans le Sud.. »

Magali Paliès, splendide Mezzo-Soprano

La voix est ourlée, le timbre chaud et clair. Magali Paliès EST la conscience. Un chant d’opéra en langue française, exercice difficile, qu’elle manie à la perfection et avec ardeur. Entendre reprendre des phrases du discours, modelés, façonnés, écouter ce ‘qu’eux’ ne veulent pas entendre, merveilleusement interprété par Magali, est un véritable enchantement. Son chant, qui répond ou souligne les discours de Victor Hugo, résonne comme un appel, une souffrance, une incantation, un cri d’espoir
Diplômée de la Maîtrise de Radio France (dir Denis Dupays) et du Conservatoire National de Région de Saint-Maur-des-Fossés (Premiers prix de chant, formation musicale et déchiffrage), Magali Paliès se forme auprès de Mady Mesplé, Yves Sotin, Erika Guiomar, Teresa Berganza, et se distingue dans plusieurs concours internationaux. Les opéras de Clermont-Ferrand, Massy, Limoges, Montpellier, et autres grandes scènes lyriques théâtrales l’accueillent.

Victor Hugo, le visionnaire … Fin du Spectacle

Un temps d’arrêt -celui où l’esprit doit se rappeler à la réalité-, puis crépitent les applaudissements d’un public littéralement sidéré et enfin, transporté. C’est, avec les bravos, un éclatement d’enthousiasme. Les mots prononcés, si forts, si intensément, si justement, ont secoué la salle. Et que dire des performances réalisées par les différents acteurs sur scène, en commençant par celui qui restitue avec une authenticité, une acuité, une précision remarquables les discours prononcés par Victor Hugo, Serge Barbuscia. Fantastiquement unis par une même pensée, un même idéal de paix, de fraternité et de culture, les différents acteurs –voix, récitation-musique- ont construit un spectacle d’une parfaite cohésion artistique. !
La conception, l’adaptation, la réalisation, ces hommes et femmes de l’Art, ont fait des propos du grand homme, un spectacle brûlant d’intensité. Un souffle de génie a soufflé sur la scène, éclaboussant au passage l’orchestre et son chef, la cantatrice, le tribun et le public. Ce soir, la puissance, la vigueur, l’excellence des participants, ont déjoué le sort. Ce soir, par la magie, la beauté, la profondeur et la portée du verbe, Hugo s’est dressé devant nous.

Ce spectacle « Victor Hugo, le Visionnaire », paru en livre, a été retenu par Amnesty International. Il est actuellement en projet pour être présenté à Saint-Pétersbourg, dans le fabuleux et célèbre théâtre Marinsky.

© Photos : Hervé Braneyre

Localisation : Avignon
Date : 11 décembre 2019
Centre Dramatique des Villages - Haut VaucluseSaison Culturelle Carpentras - Animart

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