Vaison Danses : IT Dansa, les étoiles de demain

22 juillet 2019

Vaison Danses IT Dansa - Whim, d’Alexander Ekman ¢AA

Festival Vaison-Danses, édition 2019.
IT Dansa, sous le signe de la jeunesse, du talent et de l’énergie

Festival de Danse – Vaison la Romaine – 20 juillet 2019 – Théâtre Antique

Quatre pièces de quatre grands chorégraphes, par les étoiles de demain

Au festival « Vaison-Danses », le troisième spectacle des cinq programmés au théâtre antique de la ville était placé sous le signe de la jeunesse, du talent et de l’énergie. Tous âgés de 18 à 23 ans, les seize artistes de la Compagnie IT Dansa ont interprété à la suite quatre œuvres contemporaines de grands chorégraphes dans des styles extrêmement différents : ceux de Lorena Nogal, d’Akram Khan, de Sidi Larbi Cherkaoui et d’Alexander Ekman.

IT Dansa, une compagnie liée à l’université

L’Institut del Teatre (IT) de Barcelone à laquelle appartient la compagnie propose deux années d’étude post universitaires. Durant ce séjour, les seize étudiants danseurs, recrutés sur audition, bénéficient d’une bourse et doivent perfectionner leur technique dans une démarche professionnalisante avant de trouver une compagnie ou un ballet. Ils sont amenés à travailler avec les plus grands chorégraphes et se produisent dans divers théâtres et festivals. Ce qui explique que Catherine Allard, la directrice d’IT Dansa veuille travailler avec eux toutes les formes possibles de danse.

« The Prom » de Lorena Nogal

Sous la nuit étoilée, le spectacle débute par « The Prom » de Lorena Nogal. Sur cette scène de quatorze mètres de large surmontée d’une boule miroir, on devine une salle de bal, encombrée de timbales en carton jetées à terre, qu’un agent de propreté est en train de ramasser. Dans ce court ballet, Lorena Nogal, ancienne élève de IT Dansa, dit raconter sa détestation pour les fêtes. « Je n’aime pas les fêtes. Je n’aime pas interagir avec des personnes que je ne connais pas. Habituellement, je n’y vais pas. Je sens tous les regards qui se portent sur moi et il arrive toujours des choses qui me dérangent. » Sur un montage de musiques des années 80, c’est ce thème des situations inconfortables qu’elle explore pendant une vingtaine de minutes.

“Kaash”, d’Akram Khan

Après une courte pause, on change d’univers. Celui d’Akram Khan propose, sur une musique percutante et lancinante du compositeur londonien d’origine indienne Nitin Sawhney, une évocation de l’origine du monde. Sur un décor minimaliste d’Anish Kapoor, on assiste à une sorte de danse rituelle, sacrificielle, où l’on se trouve tour à tour dans un calme immobile et dans une exaltation proche de la transe. « Magnifique », « prenant », « hypnotisant », « d’une esthétique à couper le souffle », c’étaient les mots qui venaient à la bouche de ceux qui sortaient du théâtre. Il faut dire que cette pièce, qui date de 2002, a été pour beaucoup dans la reconnaissance internationale du chorégraphe, qui dans sa création a associé ici l’esthétique de la danse contemporaine et des danses traditionnelles l’Inde du Nord.

“In memoriam”, de Sidi Larbi Cherkaoui

La gestuelle puissante est esthétique, à la fois brutale et harmonieuse que l’on trouve dans « Kaash », on la retrouve dans le ballet de 10 minutes conçu par Sidi Larbi Cherkaoui en 2004 pour les Ballets de Monte Carlo, sous forme de deux fantastiques « pas de deux ». Sur une polyphonie corse du groupe A Filetta, l’histoire à trois personnages commence par l’agression d’une femme par un homme ivre. Il est finalement terrassé par sa victime. Justice est faite et le public applaudit bruyamment cette vengeance méritée. Le ballet se poursuit avec un deuxième homme pour une scène d’harmonie et d’attirance magnétique avec cette femme qui, au final, le quittera. Ce deuxième homme, est-ce, comme le suggérait une spectatrice, un dragueur qui profite de la situation ou un véritable consolant qui rétablit l’accord entre deux êtres? Peu importe. A chacun son interprétation. Mais tout le monde a été d’accord pour applaudir la superbe interprétation de ces trois danseurs.

“Whim”, d’Alexander Ekman

Pour terminer la soirée, le dernier ballet fut celui du jeune danseur et chorégraphe suédois Alexander Ekman. « Cocasse », « étrange », « au bord de la folie ». Une gestuelle débridée, saccadée, des mimiques grimaçantes du visage qui font penser aux têtes expressives du sculpteur allemand Franz Xaver Messerschmidt, des accompagnements musicaux qui passent sans transition des Saisons de Vivaldi au Boléro de Ravel ! Vingt-cinq minutes pour voir « les humains d’une autre manière » et pas un instant de répit pour les spectateurs qui se demandent ce que la minute qui suit leur réserve comme surprise. Pour seul accessoire un monceau de chaises qui s’entassent, s’enjambent ou se déposent. « C’est amusant, mais ce n’est pas vraiment drôle. C’est triste, mais pas vraiment triste… C’est sympa, sans vraiment l’être. » Tel est le résumé que fait avec justesse Ekman de son ballet original et inventif.

« On n’a pas forcément besoin de tout comprendre »

Après les applaudissements enthousiastes des plus de 2 000 personnes installées sur les gradins de pierre, une rencontre de bord de scène était prévue par les organisateurs du festival avec Catherine Allard, et ses danseurs. Catherine a d’abord été danseuse en 1980 dans la compagnie Nederlands Dans Theater, basée à La Haye et considérée comme la figure de proue de la danse contemporaine. Cette opportunité lui a permis de côtoyer les plus grands chorégraphes. En 1996, elle prend la direction de l’Institut del Teatre à Barcelone dont l’action pédagogique se situe entre le conservatoire et la profession. Pour elle, « le grand chorégraphe est celui qui arrive à toucher chaque personne de l’assistance. Il doit être très près de la musique, et doit savoir faire très bien les transitions. Mais surtout il faut qu’il ait quelque chose à dire. Chacun a son histoire. Il n’est pas nécessaire qu’on comprenne tout, mais le plus important c’est de sentir ».

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Prochains rendez-vous du festival à découvrir sur le site de Vaison-Danses 
jusqu’au 27 juillet –