Opéra de Monte Carlo - Lucia di Lammermoor - 1905x350px - du 28 octobre au 24 novembre 2019
 Localisation : Marseille  Auteur : Danielle Dufour-Verna

Une Flûte enchanteresse à l’Opéra de Marseille

4 octobre 2019

La Flûte Enchantée - Opéra de Marseille

La Flûte Enchantée – Opéra de Marseille – du 24 septembre au 6 octobre 2019

Pour débuter la saison, Maurice Xiberras, Directeur de l’Opéra de Marseille a misé sur l’enchantement de la partition mozartienne, et loué soit-il.
Dirigée de main de maître par Lawrence Foster, cette ‘Flûte enchantée’ a eu l’heur de plaire au public de Marseille et d’ailleurs.
La génialité seule de la musique du grand Mozart aurait suffi à déclencher la salve d’applaudissements répétés à la fin de la représentation. Mais il y a eu plus.

Il y a eu Lawrence Foster, chef américain au large sourire, très à l’aise au pupitre, les yeux pétillants d’amusement à chaque parution costumée des enfants de la maîtrise des Bouches du Rhône, guidant à grands renforts de gestes un orchestre soigné.
Il y a eu les chanteurs. Et cette langue allemande aux accents gutturaux devient tout à coup délicate, harmonieuse. Honneur aux dames : Avec une bonne présence vocale, la délicieuse Anne-Catherine Gillet apporte douceur, volupté et féminité à sa Pamina.
Serenad Uyar, plébiscitée par le public, est une reine de la nuit triomphante. Accord parfait, synthèse absolue des voix pour les trois dames, Anaïs Constans, Madjouline Zerari et Lucie Roche, qui emportent l’approbation de la salle.
Caroline Meng est Papagena, mezzo-soprano impeccable au timbre fluide et épanoui dans un exercice vocal périlleux.

Pour les hommes, le ténor Cyrille Dubois est un Tamino parfait. Tout en finesse, son charme naturel et son aisance se marient à un timbre clair, chaud, qu’il module magnifiquement, sans effets superflus. Le baryton Philippe Estèphe campe un Papageno pétillant au jeu éblouissant.
Superbe Sarastro, Wenwei Zhang remporte la palme à l’applaudimètre. Puissant scéniquement et vocalement, il impressionne par l’ampleur de sa tessiture.
En Monostatos, Loïc Felix sert admirablement le rôle du Maure et Mozart. Concis, affirmé, Frédéric Caton, l’Orateur, sort brillamment son épingle du jeu.
Jeune talent à suivre, Guilhem Worms et le beau ténor Christophe Berry sont au diapason de cette belle distribution. Mention spéciale aux enfants de la Maîtrise des Bouches du Rhône aux voix angéliques et assurées pour leur excellente prestation. Félicitations à Samuel Coquard, Directeur de la Maîtrise et à Marc Henri, Assistant Chef de Chœur. Accord impeccable pour les chœurs de l’Opéra, conduits par Emmanuel Trenque, toujours à la hauteur de leur réputation.

Puis, il y a eu la mise-en-scène, les costumes, et le décor judicieusement servi par les lumières de Philippe Mombellet ! Quand Tamino ourle Pamina de sa flûte magique, féérie des gestes et de la lumière qui les nimbe tous deux –épreuves du feu et de l’eau- la mise en scène de Numa Sadoul est poésie pure. Le temps et la salle sont suspendus aux souffles de la musique et de la magie. Faut-il regretter, comme l’ont dit certains, la fantaisie des décors et costumes voulus par Pascal Lecocq et la mise en scène de Numa Sadoul ? Il est évident que la passion de ce dernier pour la bande dessinée se manifeste ici dans toute sa splendeur (costumes des enfants). Mais pourquoi pas après tout ? Mozart lui-même n’aurait pas renié ces clins d’œil plus subversifs –vanité des apparences – qu’innocents. Quant aux costumes du chœur et des chanteurs, le blanc et le bleu nuit s’imposait –nuit/jour mal/bien-, de même que les symboles forts du croissant de lune, des étoiles, des tabliers maçonniques et des gants. Pour rappeler l’Orient, les futurs ‘initiés’, le Prince Tamino et Pamina, revêtent des habits soyeux, d’or, contrastant avec les deux entités, celle de la reine de la nuit et celle de Sarastro. Initiés et accueillis dans le domaine solaire de Sarastro, ils apparaissent avec les mêmes uniformes que les prêtres, échangeant leurs vestes, marque absolue de l’égalité homme-femme, dans une harmonie retrouvée, annonciatrice d’une humanité plus belle et plus éclairée. Le décor joue également avec cette dualité jour/nuit. Cette opposition se trouve définie par les décors de l’acte 1 (extérieur – nuits aux rochers à la Böcklin) et de l’acte 2 (intérieur-jour, aux constructions à la Piranèse), magnifiquement suggérés et reconstitués.

Wolfgang Amadeus Mozart compose fébrilement cette dernière œuvre quelques semaines avant sa mort. L’histoire raconte comment le prince Tamino, aidé par son fidèle Papageno, combat les forces du mal et libère Pamina, son aimée. Mélange de genres (Singspiel – forme qui alterne chant et récitation), lumineuse, fascinante, chef-d’œuvre de portée universelle et symbolique à la richesse musicale absolue, La Flûte Enchantée est l’œuvre lyrique la plus populaire, sans-doute parce qu’elle peut toucher tous les publics. Mozart y fait un travail d’orfèvre, sublimant le message. Après les représentations caricaturales de la femme de salon du 18e siècle, l’heure de l’égalité entre les sexes est proche. L’accès de la connaissance est universel et concerne les deux sexes. Mozart, qui appartenait à la franc-maçonnerie (la loge s’appuyait sur l’enseignement humaniste des philosophes des ‘Lumières’), réhabilite la femme par l’initiation maçonnique du couple. Mozart ne mettra que quelques mois, entre mai et septembre 1791 pour la composition de l’œuvre et l’achèvera deux mois avant sa mort, à l’âge de 35 ans, le 5 décembre 1791.

A la fin du spectacle, on ressort exalté, un peu abasourdi, désorienté, mais la pluie automnale vient rappeler aux manants que nous sommes, que l’égalité homme-femme est plus que jamais d’actualité.

et dans le public, Théo, 7 ans
Au 4e rang de l’orchestre, un bambin blond descend du fauteuil surélevé et prend le chemin de la sortie avec sa maman. Je l’interpelle. Il vient tout juste de fêter son anniversaire. Il répond à mes questions avec un sérieux déroutant. Les yeux du petit garçon pétillent d’intelligence. « -Est-ce que tu as aimé, quoi en particulier, ce n’était pas trop long pour toi, connais-tu le nom du compositeur ? » 
Oui, il a adoré. Tout ! Les costumes, les décors, les chanteurs, la musique. Non pas long du tout car il voyait tout très bien. Il nomme Mozart qu’il a déjà écouté et me dit qu’ils ont un piano à la maison.

J’ai le cœur plus léger, l’Opéra de Marseille a encore de beaux jours devant lui !

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