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Trois femmes pour sortir de l’ombre Misia Sert ! Hélène Couvert, Juliette Hurel et Julie Depardieu

Misia Sert, surnommée la Reine de Paris, est une pianiste, muse et mécène de nombreux peintres au début du XXe siècle. Parce que trop longtemps oubliée par l’Histoire, deux musiciennes classiques, Hélène Couvert (piano) et Juliette Hurel (flûte) ont convaincu la comédienne Julie Depardieu d’interpréter le texte biographique lié à ce spectacle musical. Il a été diffusé en direct sur le web mais devant une poignée de chanceux(ses) dont notre correspondant.

Spectacle Misia Sert-Helene Couvert -Juliette Hurel -Julie Depardieu ©Gaelle Vecchiarelli


Une nouvelle fois, le théâtre Anthéa d’Antibes a présenté un des spectacles de son programme devant quelques dizaines de privilégié(e)s mais en direct sur son site pour les abonné(e)s qui avaient déjà réservé : « Misia Sert, Reine de Paris », par Hélène Couvert, Juliette Hurel et Julie Depardieu.

Misia Sert, la reine de Paris de la Belle Époque & des Années Folles

Les lieux culturels sont encore laissés pour compte dans la vie sociétale alors qu’ils ont toujours respecté les précautions sanitaires quand ils ont pu rouvrir… Tout comme pour le mois dernier, Daniel Benoin et son équipe ont décidé de recommencer à diffuser en streaming pour garder le contact avec ce public qu’ils aiment tant et qui leur rend bien. Ne vous étonnez pas si Anthéa figure dans le top 3 des théâtres les plus fréquentés de France.

Pour débuter ce mois de février, le choix s’était porté sur ce spectacle – dénomination que je préfère à celle d’un concert classique qui est plutôt statique- musical, « Misia Sert, reine de Paris » uniquement interprété par des femmes pour remettre dans la lumière une autre femme, restée dans l’ombre de l’Histoire !

A son époque – elle a vécu entre la fin du XIXe et le début du XXe, elle était devenue tellement incontournable dans la culture et les salons parisiens qu’on l’appelait « La reine de Paris » . Pour rendre hommage à cette icône qu’est Misia Sert, la comédienne Julie Depardieu a accepté d’incarner celle qui fut la muse et mécène de la Belle Époque et des Années Folles afin de poser sa voix entre les différents morceaux joués par ses complices au piano et à la flûte.

Misia Sert - Julie Depardieu ©Gaelle Vecchiarelli

La comédienne Julie Depardieu interprète Misia Sert ©Gaelle Vecchiarelli

 

Mais au fait, connaissez-vous Misia Sert et son importance dans la vie culturelle ?

« Ma vie est un roman. Je suis née dans le chagrin et le tumulte » Misia Sert

Après une superbe introduction offerte par la flûte de Juliette Hurel et le piano d’Hélène Couvert qui nous a fait comprendre que l’on va nous raconter une histoire pour le moins romanesque, c’est la première phrase de la comédienne, Julie Depardieu.

Elle s’est mise dans la peau du personnage comme si c’était Misia qui revenait nous résumer sa vie pour le moins trépidante. Elle parle à sa place et on y croit .

Exercice très difficile que celui de résumer en une heure et trente minutes la vie aussi intense de cette femme si importante dans les sphères artistiques de la Belle Époque et des années Folles sans parler des conséquences de ses actions.

Sa naissance est déjà le fruit d’un drame… Sa mère Sophie Servais, fille d’un violoniste belge, apprend par une lettre anonyme en 1872 que son mari, Cyprien Godeski (1), sculpteur polonais, la trompe, qu’il vit maritalement à Saint-Petersbourg et qu’en plus cette jeune femme est une tante de son épouse. En un instant, bouleversée, sa mère qui était enceinte de huit mois décide de faire – seule- ce long voyage…

Dans la voie de Julie, on sent qu’un drame va se jouer…

« Elle s’approche d’une maison isolée, dans la neige et reconnaît la voix de l’homme, son mari. Trahie, désespérée, elle s’effondre et meurt le lendemain en me donnant la vie. C’est sans doute ce drame qui a marqué mon destin. Moi , Misia, celle que l’on a appelée – au début du XXe, la reine de Paris. Séductrice, envoûtante, élégante, indépendante . Mais ce sont eux qui m’ont faite Reine… Fauré, Bonnard, Vuillard, Picasso… Je devais être pianiste, je l’ai été mais les grands artistes me faisaient rêver. »

« J’ai réalisé leurs rêves et les miens. J’ai été leur muse et leur mécène, pour les peintres, les musiciens, les poètes et tant d’autres… » a-t-elle confié .

Et on enchaîne tout en douceur et légèreté avec Hélène et Juliette sur un nouveau morceau des compositeurs qui ont compté dans ou marqué la vie de Misia.

Si elle a commencé à jouer du piano sur les genoux de Franz Liszt dans son enfance chez ses grands parents en Belgique, c’est sous la férule affectueuse de Gabriel Fauré qu’elle se perfectionne et il devient son professeur… Après avoir répété les pièces de Mozart, Beethoven et Schubert, elle l’écoutait religieusement jouer les siennes.

« Il me fit un don précieux et durable, celui de l’amour et de la compréhension de la musique. Ah Fauré, il fut le seul point lumineux de mon adolescence ! »

Serge de Diaghilev fut son soleil fixe…

Au grand désespoir de Gabriel Fauré, elle abandonne les cours pour se marier (le 1er) avec Thadée Nathanson, le fondateur de la Revue Blanche, qui lui permet de rencontrer l’avant-garde artistique de la peinture, de l’écriture et du théâtre. Elle devient la muse ou l’égérie de la plupart des grands noms de l’époque, tous sont plus ou moins amoureux d’elle, elle est célébrée ou peinte par les plus grands, jusqu’à Toulouse-Lautrec qu’elle va admettre dans son cercle malgré sa méfiance vis à vis de l’artiste.

Avec la fortune de son second mari, le magnat de la presse et richissime homme d’affaires, Alfred Edwards, elle passera dans la catégorie des mécènes indispensables et qui compte… pour le Tout Paris.

Après avoir divorcé de ce nouveau mari volage, elle finira par se marier avec José-Maria Isert, un artiste-peintre décorateur espagnol, mondialement célèbre pour ses fresques monumentales et qui lui ouvrira les portes d’autres milieux artistiques.

Lors d’un dîner, elle fait connaissance de Serge de Diaghilev, pas encore très connu mais avec qui elle parle de son émotion après avoir vu l’opéra Boris Godounov. C’est ainsi qu’ils se découvrent un tas de points communs, à commencer par celui d’être orphelins de mère, nés en Russie le même mois de mars 1872, une passion pour la musique et tellement de connexions qu’elle se laisse à dire « nous nous reconnaissions comme les deux moitiés d’un même arbre »…

Incontestablement, elle aura eu une influence primordiale sur la carrière de Diaghilev et les Ballets Russes ! Très certainement son plus gros impact. Il fut son « soleil fixe » comme son jumeau dans une vie où elle a façonné tant de carrières.

N’oublions pas que Maurice Ravel lui a dédicacé « La valse », Marcel Proust s’en est inspiré pour créer le personnage de Madame Verdarin tout comme Jean Cocteau qui l’a représentée dans « Thomas l’imposteur ».

Misia_Sert_ tableau_Renoir 1906

Misia Sert peinte par Renoir en 1906

Une centaine de toiles ont été peintes sur elle par les grands pour ne citer que Auguste Renoir, Pierre Bonnard et Henri de Toulouse-Lautrec.

On pourra aussi noter qu’elle pesa sur Les Biches de Poulenc… Et le fameux et sulfureux ballet Parade de Serge de Diaghilev où Eric Satie lui avait demandé son avis sur la musique tandis que les textes sont de Jean Cocteau et les décors de Pablo Picasso !

C’est dans son salon, décoré par Édouard Vuillard, qu’elle agrandira son cercle en étant l’amie de Colette et où elle propulsera Gabrielle Chanel dans le grand monde.

Elle est même à l’origine de la création du plus célèbre parfum, l’Eau de Chanel, transformation phénoménale de la recette d’un élixir qui lui avait été présenté comme une recette venant du temps des Médicis… Une très forte amitié réunira Misia et Coco Chanel, à tel point que c’est cette dernière qui habillera son amie lors de ses obsèques et qu’un parfum « Misia de Chanel » fait partie de la gamme actuelle.

Encore une histoire de rencontres pour ce spectacle musical, « Misia Sert, Reine de Paris »

Cette vie trépidante a été magnifiquement résumée dans ce spectacle musical où les trois complices ne nous ont pas laissé de temps mort. Le texte écrit par Baptiste Rossi et vécu par Julie Depardieu dans la peau de Misia se mélangeait parfaitement avec les morceaux que les musiciennes Hélène Couvert et Juliette Hurel nous ont proposé pour l’illustrer. Ce fut tout le contraire d’une lecture ennuyeuse et monotone, le public privilégié que nous étions (moins de 30 dans une salle pouvant en contenir 1200 !) est tombé sous le charme du trio tout en étant fortement troublé par ce personnage de Misia Sert et son parcours.

Une rencontre des artistes avec les internautes

Le bonheur s’est quelque peu prolongé avec cette autre initiative d’Anthéa Théâtre, celle de dialoguer avec les internautes par écran interposé. Une rencontre qui se présente parfois à la fin de certains spectacles en « temps normal » mais qui ne concerne qu’un tout petit groupe. Ce soir là, nous étions ce petit groupe mais sans commune mesure avec le monde devant son écran pour suivre le spectacle et qui allait poser ses questions. C’est Daniel Benoin, directeur du théâtre d’Antibes, qui- naturellement – allait jouer le rôle du médiateur.

Julie Depardieu, Juliette Hurrel, Hélène Couvert et Daniel Benoin anthea antibes

Question-réponses avec les internautes à Anthéa avec Julie Depardieu, Hélène Couvert, Juliette Hurrel et Daniel Benoin

Je ne sais pas si c’était le cas pour beaucoup mais cela me semblait pour le moins fantastique de retrouver Julie Depardieu à quelques mètres de moi, sur scène après l’avoir suivie pendant quelques semaines sur France 3 dans… une série policière « Alexandra Ehle ». Elle y incarnait un médecin légiste fantasque, un peu « cash », très souvent « borderline » dans son activité , même parfois dans l’illégalité. Son objectif, rendre aux morts leur intégrité physique mais aussi « humaine » en rétablissant la justice. Quel rapport avec ce spectacle, pourriez-vous dire ? Il va venir dans une des réponses aux questions qui commencent par demander la genèse du spectacle. Encore une histoire de rencontres…

C’est Juliette Hurel qui nous livre un premier indice.

« J’ai été charmée par la façon dont Julie Depardieu parlait de la musique classique à la radio, avec un tel amour pour une non musicienne, c’est incroyable et très inspirant » Juliette Hurel

Si vous ne le saviez pas, Julie tient une rubrique le mercredi sur France Musique depuis la fin août 2017.

« On ne se connaissait pas. Un jour on se retrouve à la radio, elle était interviewée pour je ne sais pas quoi, moi je venais de finir ma chronique et je sortais des toilettes. » Julie Depardieu

Très surprise, Juliette a juste le temps de lui dire « Julie, Julie je vous adore. Merci pour les chroniques, elles me procurent un grand bonheur » et elle s’en va. « Je ne voulais rien lui demander mais je me suis dit que ce serait super de faire un concert avec elle. Je me débrouille pour trouver ses coordonnées mais surtout une idée. »

Elle va venir d’un livre (2) que sa complice, Hélène la pianiste lui a prêté: « Grâce à un ami chanteur qui me l’avait offert, je l’ai passé à Juliette en lui disant, tu vas voir c’est formidable. Énormément de compositeurs l’ont côtoyée et surtout beaucoup pour flûte et piano »

Restait à poser un texte qui aille avec les morceaux choisis. Logiquement, ce fut Julie qui s’y attela. Elle fit tout pour se procurer un autre exemplaire du livre qui s’avéra introuvable. C’est son ami Yann Moix qui lui indiqua une personne qui le possédait. Elle alla l’emprunter pour le photocopier avant de le rendre à son propriétaire. Devant la foule d’informations qu’elle avait pour bien cerner le personnage et ne pas manquer quelque chose d’important, la plus grosse difficulté était de les résumer pour que cela rentre dans le spectacle. C’est encore son ami qui va la sortir de cette inquiétude en lui conseillant de faire appel à un jeune auteur Baptiste Rossi qui a mis en formes les infos pour en faire un texte fluide et bien amené que nous a offert la superbe interprétation de Julie.

A la question « Combien de temps pour monter ce spectacle ? », Hélène répond « Une gestation », tandis que Juliette précise qu’en fait il s’est écoulé un an (Juillet 2018 – Juillet 2019) entre le moment où elles en ont parlé, se sont décidé et la première représentation.

Sur la relation de Misia Sert et de Coco Chanel

Julie Depardieu : « C’est Chanel qui l’a habillée le jour de son enterrement. Elles étaient très copines, mais très dures entre elles, Elle se « griffaient » pas mal. »

Tout comme les internautes de la soirée, on se demande pourquoi Misia Sert est restée dans l’ombre de l’Histoire ?

Julie Depardieu : « Encore une femme que l’on a bien mise de côté. C’est vrai qu’elle est restée dans l’ombre et c’est pour cela que l’on trouvait important – toutes les trois – de mêler Misia à la musique des gens qui se trouvaient dans son salon. On a bien vu qu’elle était à l’origine de beaucoup de choses, c’était important de dire qu’elle était là ! A son époque, elle n’était pas du tout dans l’ombre, elle était hyper connue, on l’appelait la reine de Paris. C’était une référence absolue.

C’est dans cette volonté exprimée par la comédienne et ses deux copines de redonner une « existence » à une femme importante mais oubliée que l’on retrouve la philosophie du personnage que Julie incarnait dans cette série « Alexandra Ehle ».

Pour évoquer Misia Sert qui fut une pianiste de talent, une égérie puis une mécène des plus influentes de son époque, il y a des livres, une exposition au Grand Palais en 2012, une soirée « cocktail couture » pendant la Fashion Week en septembre 2018 dans l’appartement qu’elle a occupé à Paris.

Maintenant vous avez un très beau spectacle musical avec celui présenté dans des conditions particulières au Théâtre Anthéa d’Antibes. Peut-être il y aura-t-il un film ? Comme interprète Julie Depardieu me semble toute désignée tellement elle était imprégnée par le personnage. Elle était totalement Misia Sert, la reine de Paris.

(1) Misia est née le 30 mars 1872 à Saint Pétersbourg sous le nom de Marie-Sophie Olga Zénaîde Godebska. Elle ne portait pas le nom de son père Godebski car les jeunes filles sont obligées de porter un nom finissant par « a »tant qu’elles ne sont pas mariées.

(2) Il s’agit du livre «La vie de Misia Sert » par Arthur Gold & Robert Fizdale (Gallimard Folio)

Photo à la Une : Hélène Couvert – Julie Depardieu – Juliette Hurel ©Gaelle Vecchiarelli

Localisation : Antibes
Date : 19 février 2021

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