Brillantissime final de la saison de l’Opéra de Marseille : Rigoletto

11 juin 2019

Opéra de Marseille : Rigoletto © Christian DRESSE 2019

Jeudi 6 juin 2019. L’opéra de Marseille en entier est en effervescence. Rigoletto clôt une très belle saison avec de grands noms de la scène mondiale et de magnifiques surprises vocales. Le public ne s’y trompe pas qui ovationne les interprètes, le chœur de l’Opéra de Marseille –toujours aussi juste et excellent-, le chef d’orchestre et l’ensemble des personnes qui ont œuvré à cet opéra.

Jessica Nuccio, Nicola Alaimo, Enea Scala et Annunziata Vestri au sommet de leur art

Opéra mythique de Verdi, Rigoletto raconte la descente aux enfers d’un père, bouffon de cour, victime des courtisans du Duc de Mantoue. Sa fille Gilda tombe amoureuse de ce Duc, insoutenable séducteur. Dans cette partition Verdi développe la caractérisation de ses personnages, fait du Chœur un protagoniste à part entière et n’abandonne jamais l’évolution dramatique au profit d’une simple démonstration vocale. C’est ainsi que Verdi permet à l’opéra italien du milieu du XIXème siècle de trouver une nouvelle envergure : plus dramatique et constamment théâtrale.

Prise de rôle lumineuse pour Enea Scala

Il revient sur la scène de l’Opéra de Marseille dans l’œuvre de Verdi. Devenu à juste raison le chouchou du public marseillais, Enea Scala explose dans sa prise de rôle, à rendre sympathique le cynique Duc de Mantoue et à faire oublier –voix et interprétation éclatantes- que le mythique ‘la donna è mobile’ est un soufflet à la libération de la femme. Dans ce Rigoletto à la distribution exceptionnelle, le beau ténor italien endosse un rôle sur mesure et campe le personnage avec fougue et passion.

Fabuleuse Jessica Nuccio

Autre surprise, et non des moindres, Jessica Nuccio campe une merveilleuse Gilda tout en délicatesse. Les aigües –sublimes- sont rendus avec une apparente et désarçonnante facilité. Finesse, limpidité, clarté pour sa voix projetée avec maestria. Elle rend sa Gilda fragile et touchante, signe d’un immense talent et d’une belle assurance dans cette prise de rôle réussie.

Phénoménal Nicola Alaimo

Il possède la voix, la carrure, la prestance du rôle. Nicola Alaimo ajoute puissance et interprétation de génie. Le terme n’est absolument pas usurpé pour ce magnifique baryton à la carrière internationale. Si l’émotion est de mise au moment de la découverte du corps de la jeune fille dans son linceul de tissu, avec Nicola Alaimo, ce sont des larmes qui montent aux yeux. La voix est chaude, robuste, un plaisir de bout en bout. Un grand, un immense succès pour ce baryton italien qui endosse le rôle du bouffon et du père avec un talent désarmant.

 

Espiègle et Polissonne Annunziata Vestri

Elle nous revient dans un rôle qui lui va comme un gant. En maitresse vamp libertine, Annunziata Vestri campe une formidable Maddalena avec une merveilleuse voix de mezzo-soprano ourlée, sensuelle. A l’égal d’une Anna Magnani ou d’une Sophia Loren au cinéma dans leurs plus beaux rôles, l’interprétation d’Annunziata Vestri est admirable doublée d’une chanteuse racée, rayonnante, à l’élégance naturelle et au timbre fascinant.

La basse russe Alexey Tikhomirov est un vaillant Sparafucile et le reste de la distribution – Cécile Galois, Laurence Janot, Caroline Gea, Julien Véronèse, Anas Séguin, Christophe Berry, Jean-Marie Delpas et Arnaud Delmotte- est à la hauteur des ambitions et du succès de ce Rigoletto.

Charles Roubaud signe la mise en scène et Emmanuelle Favre les décors. , On peut regretter que la scène ait manqué d’espace par rapport à un décor qui, bien que somptueux, confinait quelque peu les chanteurs dans un espace plus restreint. Très judicieuse –et belle- l’idée du masque de bouffon que les vidéos de Virgile Koering transforment en forêt bruissante.
Les costumes de Katia Duflot, comme à l’accoutumée, sont divins, les chœurs de l’Opéra de Marseille, admirables vocalement et scéniquement, et la direction d’orchestre de Roberto Rizzi-Brignoli, magistrale.

C’est une sensationnelle ovation qui a accueilli le dernier accord de ce Rigoletto d’anthologie. Serait-ce le fait que les protagonistes de cet opéra ainsi que chef d’orchestre sont Italiens qui donne à ce Rigoletto une impression d’ensemble, de cohésion, de perfection ? Serait-ce Verdi qui rappelle au bouillonnant public marseillais que les Milanais écrivaient sur les murs VIVA VERDI pour s’émanciper du joug autrichien ? Ou serait-ce plutôt le choix fait par Maurice Xiberras d’attacher à notre opéra les qualificatifs de qualité et d’excellence ? La fréquentation, l’engouement du public le prouvent à chaque fois. Qu’il en soit donc ainsi pour la prochaine saison.