Rigoletto, chef d’oeuvre de Verdi à l’Opéra de Toulon

24 octobre 2018

Créé le 11 mars 1851 au théâtre de la Fenice à Venise, Rigoletto est un opéra du célèbre compositeur italien Giuseppe Verdi. C’est son dix-septième opéra, il forme avec le Trouvère en 1853 et la Traviata en 1853, ce que l’on appelle communément la “trilogie populaire” de Verdi. Cette œuvre a eu beaucoup de difficulté lors de sa création, pour cause la censure, car elle s’inspire de la pièce de Victor Hugo “Le roi s’amuse”, elle même décriée à l’époque.

Rigoletto, une concentration de couleurs sombres et de finesses instrumentales

“Rigoletto” est une œuvre novatrice du point de vue musical, Verdi lui-même considère son opéra comme révolutionnaire. Lors de la composition, il commence à se défaire de la structure traditionnelle lyrique, il centre la trame de son opéra sur des personnages dramatiques comme Rigoletto, bouffon de cour ou sa fille adoptive Gilda.
Drame de passion, de trahison, d’amour filial et de vengeance, le sujet offre non seulement une parfaite combinaison mélodique, mais met en évidence les tensions sociales et la condition féminine, avec dés le début de l’ouvrage un thème conducteur : la malédiction qui aboutira à la mort de Gilda dans l’absurde des passions.

Une oeuvre prisée des metteurs en scène par l’aspect métaphorique du mélodrame qui offre un vaste champ d’interprétation

Pour ouvrir sa nouvelle saison, l’Opéra de Toulon nous propose une œuvre majeure, tant pour la beauté de la partition que par son côté théâtral. Elena Barbalich qui signe la mise en scène avec un décor sobre et froid, nous entraine dans la noirceur des personnages. Symbole d’un temple des plaisirs, la cour du Duc de Mantoue est sans nul doute l’exemple même de la luxure et de toutes les trahisons.
Le metteur en scène​ et les interprètes nous offrent une lecture subtile de ce chef d’œuvre par des qualités musicales et un pouvoir émotionnel emprunt de réalisme.
Qui n’est pas ému par Rigoletto, bouffon du Prince et des puissants qui ne peut qu’attirer la vengeance. Au cœur du drame, un personnage secret appelé à perdre Gilda sa fille adoptive bien aimée, malgré tous ses efforts pour la préserver d’une société cruelle et sans morale.

Une production, qui ne peut laisser indifférent les spectateurs de par sa qualité artistique.

Dans cet univers sordide, à la frontière entre rêve et cauchemar, les interprètes savent nous entrainer dans la profondeur de leur personnage en particulier Marco Ciaponi, qui endosse le rôle ingrat du Duc de Mantoue et Mihaela Marcu qui interprète avec beaucoup de sensibilité Gilda, en nous offrant de magnifiques solo et duo. Une mention particulière pour le célèbre aria “La donna è mobile” du Duc de Mantoue. C’est n’en doutons pas l’un des airs les plus populaires du répertoire lyrique en raison de sa facilité de mémorisation et de son accompagnement dansant. Pour la petite histoire Verdi en interdit la diffusion jusqu’à la première au théâtre de La Fenice de Venise, pour en préserver l’effet de surprise.
En ce qui concerne la direction musicale, le chef d’orchestre espagnol Daniel Montané soutient avec attention les interprètes et le chœur en se montrant à l’aise dans ce répertoire. Il est à remarquer qu’il obtient une belle sonorité avec les musiciens de l’orchestre de Toulon (cuivres, hautbois, violoncelle solo et cordes), un orchestre qui mérite assurément des éloges.
Les chœurs nous offrent une belle distribution, avec une bonne tenue vocale et scénique et adhérent pleinement à l’ouvrage en chantant avec fluidité et naturel.

Le public, ne s’y est d’ailleurs pas trompé avec des applaudissements particulièrement généreux dés la fin de ce spectacle. Ils laissent jaillir l’émotion et soulignent la force et l’intemporalité de ce chef d’œuvre de Guiseppe Verdi, un chef d’oeuvre qui n’est pas sans nous rappeler la pathétique gravure de Georges Rouault “Qui ne se grime pas”

Lorsque Verdi arrête finalement son choix sur la pièce de Victor Hugo “Le roi s’amuse”, en transposant la cour de François 1er à la cour de Mantoue, il écrit à Piave :
“Essayons ! Le sujet est noble, immense, et comporte un personnage qui est l’une des plus magnifiques créations dont le théâtre de tous les temps et de tous les pays puisse s’enorgueillir.”

© Photo à la Une : Frédéric Stéphan – Opéra de Toulon