Dernière des Noces de Figaro – Opéra de Marseille

6 avril 2019

FIGARO Opéra de marseille photo Christian DRESSE JPG

Le Nozze de Figaro – Opéra de Marseille – Dernière du 3 avril 2019.

Le Nozze de Figaro : revenons sur son Histoire

Œuvre aussi riche que virtuose, à l’allégresse aussi contagieuse que porteuse d’une dimension politique subversive pour l’époque, Le Nozze di Figaro (Les noces de Figaro) est un opéra buffa en 4 actes dont le livret, tiré de la pièce “La folle journée ou le mariage de Figaro” de Beaumarchais, est le fruit de la première collaboration entre Mozart et Lorenzo Da Ponte. La pièce de Beaumarchais, achevée en 1778, est interdite en France pendant plusieurs années, pour son caractère révolutionnaire, par Louis XVI (qui revint sur sa décision par la suite).

Le Nozze di Figaro, écrit pour l’essentiel en moins de deux mois (1785), sera créé à Vienne en 1786 et connaîtra un succès mitigé. C’est lors des représentations à Prague que viendra la reconnaissance et sa conséquence : la commande de Don Giovanni. Mozart est séduit par l’intrigue qui se rattache à l’univers de la « Commedia dell’arte » où abondent rebondissements, jeux de scène et déguisements pour atteindre la plus grande efficacité scénique. Les personnages illustrent différentes conditions sociales dont la confrontation captive un large public.

Le Nozze de Figaro – Opéra de Marseille : une mise en scène hardie

Enfin, le moteur principal de l’intrigue est l’amour dans la déclinaison complète de ces multiples manifestations à travers les différents âges de la vie.
C’est peut-être également de cet univers de la commedia dell’arte dont se sont inspirés, avec une absolue connivence, Vincent Broussard pour la mise en scène et les costumes et Vincent Lemaire pour les décors : on navigue entre le Ruzzante, Feydeau et Fellini avec un clin d’œil à la géométrie, à l’astronomie et à Léonard de Vinci : personnages, situations burlesques, pitreries, masques. C’est le regard –ici appliqué littéralement- d’une société bien-pensante représenté de manière baroque par des femmes en habit 18e se promenant sur la coursive ou l’intrusion, pendant le déroulement de l’action, de ces mêmes dames raffinées évoluant silencieusement et lentement pour bien marquer la coupure entre le réel de l’action et la finalité de la pièce, regard posé sur la nature humaine.
Avec sa représentation en 3D -trois pans coupés surmontés d’un couloir/promenade invisible- Vincent Lemaire imprime à l’œuvre une modernité absolue. Si la société est observée par le haut, les personnages continuent à exister après leur sortie de scène, la liaison avec le cinéma peut se faire. L’apport, à certains moments, d’un léger voile sur l’avant-scène et sur lequel sont projetés des images que l’on peut assimiler par moment à du Fragonard –j’ai pensé à ‘Les hasards heureux de l’escarpolette- amplifie cette impression de 3D tout en donnant une profondeur au champ et un mystère à l’ensemble. Compliment à la mise en lumières.

L’orchestre avec Marc Shanahan à la direction, très applaudi, est juste, sans emphase ni rythmes trop marqués et module la ferveur des musiciens en fonction de l’ardeur des chanteurs. C’est propre mais l’ensemble manque peut-être d’envergure – un peu trop en retrait- en regard du chef-d’œuvre de Mozart. Mention bien pour le chœur, presque essentiellement composé de voix féminines. La dispersion des chanteurs ne casse pas l’homogénéité de l’ensemble.

 

Le Nozze de Figaro – Opéra de Marseille : Un casting de rêve

Les Noces de Figaro offrent à tous les solistes des arias qui permettent aux chanteurs de démontrer l’étendue de leur talent. C’est un casting de rêve qui, à nouveau, délecte les très gourmands spectateurs/auditeurs de cette dernière, réjouissant yeux et oreilles. Qu’il s’agisse de Mirco Palazzi (Figaro) à la belle amplitude, d’Anne-Catherine Gillet qui excelle dans Suzanna, de Patrizia Ciofi dont les aigus souples, linéaires, extrêmement mélodieux, font de sa voix un enchantement, et des autres chanteurs, tous sont parfaits. Mention spéciale pour Christian Federici, magistral de bout en bout vocalement et à la prestance magnifique.

Succès mérité pour ces Nozze di Figaro que l’Opéra de Marseille a programmé avec bonheur. Divin Mozart !

Nouvelle production
Mise en scène et costumes Vincent Boussard Assistant à la mise en scène Léo Castaldi
Décors Vincent Lemaire lumières Bertrand Couderc
Direction musicale Mark Shanahan orchestre de l’opéra de Marseille
Chef de chœur Emmanuel Trenque Chœur de l’opéra de Marseille
Christian Federici : Conte Almaviva
Patrizia Ciofi : Contessa Almaviva
Mirco Palazzi : Figaro
Antoinette Dennefeld : Cherubino
Marie-Ange Todorovitch : Marcellina
Marc Barrard : Bartolo
Jennifer Courcier : Barbarina
Philippe Ermelier : Antonio
Anne-Catherine Gillet : Suzanna
Raphaël Brémard : Basilio
Carl Ghazarossian : Con Curzio