Nabucco à l’Opéra de Toulon : ou le triomphe de la Foi

15 juin 2018

Nabucco à l’Opéra de Toulon – Dernière production de la saison 2017-2018
Nabucco, Opéra mythique de Giuseppe Verdi
Mise en scène : Jean-Christophe Mast
Avec : Raffaella Angeletti : Abigaille – Julie Robard-Gendre : Fenena – Florina Ilie : Anna
Sergey Murzaev : Nabucco – Jesús León : Ismaele – Evgeny Stavinskiy : Zaccaria
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon et le Chœur de l’Opéra de Nice
Direction musicale : Jurjen Hempel

“Des voûtes harmoniques de la Jérusalem céleste au triomphe de la Foi”

Nabucco est une épopée religieuse et mystique inspirée du drame “Nabuchodonosor” d’Auguste Anicet-Bourgeois et Francis Cornu écrit en 1836. Il évoque la tragique déportation, à Babylone, des Hébreux au 6ème AVJC. La production que nous avons pu voir à l’Opéra de Toulon nous a séduits par sa qualité artistique et le symbolisme inspiré par sa mise en scène.

Des rives du Nil aux Jardins de Babylone, ou l’accomplissement de la foi en Dieu
Sur fond d’histoire Biblique et d’exil à Babylone, Le fil conducteur de l’opéra “Nabucco” est l’impossible passion amoureuse de deux sœurs, Fenena et Abigaille, toutes deux filles du roi Nabucco, éprises du juif Ismaël. C’est le récit épique d’un peuple qui luttera jusqu’au bout pour retrouver sa terre perdue et vivre pleinement la foi en son Dieu. Le point le plus fort de l’opéra est sans conteste le fameux “Va, Pensiero”, un sublime hymne à la liberté, plus connu sous le nom de “chœur des esclaves”. Guiseppe Verdi est sans aucun doute un musicien engagé, et lorsqu’il compose cet ouvrage, la population milanaise est sous domination autrichienne. Aussi ce chef d’œuvre lyrique sera transposé pour de nombreux italiens en symbole de leur volonté d’unification.

Une production lyrique époustouflante par ses symboles et son écriture théâtrale

Cette version de Nabucco est une co-production entre les Maisons d’Opéras de Saint-Etienne, Toulon et Nice.

La mise en scène est signée Jean-Christophe Mast. Ce dernier sait nous transmettre les évocations bibliques tout en nous faisant ressentir les passions les plus exacerbées d’une foi fanatique dans la folie des hommes et leur déraison. Derrière ce propos historico-politique de Nabucco, cette production offre aux spectateurs des personnages et des peuples dans leurs quêtes complexes d’identité où l’amour et la haine s’entrecroisent dans le choc violent et tumultueux de leurs passions.

La mise en scène de Jean-Christophe Mast, dans le contraste des origines de ces deux peules, nous représente avec intelligence le fossé entre l’Occident et l’Orient. Il joue avec ce drame de la fatalité et habille les personnages de leur linceul, comme autant de destins vécus ou rêvés par des personnages en quête de sublimation mystique.
Les Hébreux sont représentés dans des vêtements de lin blanc, tandis que les Babyloniens nous plongent aux racines plus lointaines de l’Orient, voir l’Extrême-Orient, avec leurs kimonos noirs à l’image des Samouraïs. L’étoffe et la foi contre la cuirasse et la violence sanguinaire, où les longues lances des guerriers évoluent dans une remarquable mise en espace lumineuse.

“Dieu de Juda, je reconstruirai ton autel et ton temple” ou la conversion de Nabucco !

Serguei Murzaev, dans le rôle-titre de Nabucco, nous propose un personnage à l’instabilité agressive et l’idolâtrie guerrière, le conduisant dans l’errance de la folie en se prenant pour Dieu. Suite à une punition divine, il retrouve son énergie au terme d’une conversion dans une foi nouvelle.
La soprano Raffaella Angeletti dans le rôle d’Abigaïlle est saisissante ; l’étendue de sa voix nous fait ressentir les profondeurs des passions les plus viles jusqu’aux émotions les plus sincères. La mezzo soprano Julie Robard-Gendre interprète avec talent Fenena, et son timbre de voix fusionne merveilleusement avec celui d’Ismaële.
Evgeny Stavinsky en Zaccaria et Jésus Léon en Ismaële ont su également nous convaincre dans la sensibilité dramatique de l’interprétation de leurs rôles.
L’Orchestre de l’Opéra de Toulon et la réunion des Chœurs de l’Opéra de Nice et de Toulon offrent, sous la direction musicale de Jurjen Hempel, la fluidité et l’unité orchestrale, en particulier avec les vents et le violoncelle qui donnent toute la profondeur à l’intensité de cet ouvrage lyrique, chef d’œuvre d’un jeune compositeur, Giuseppe Verdi.

Pour cette dernière de Nabucco à l’Opéra de Toulon, un partenariat artistique créé depuis 1986 entre l’Opéra de Toulon et la Banque Populaire Méditerranée

Une belle soirée partagée avec des artistes de talents et un public légitimement enthousiaste. Il est intéressant de signaler que ce spectacle était placé sous l’égide de la Banque Populaire Méditerranée, mécène depuis 1986 de l’Opéra de Toulon, une merveilleuse aventure qui met en valeur un partenariat intelligent entre une structure artistique et une banque dont l’ambition est de soutenir de jeunes artistes et des structures culturelles rendant ainsi l’art accessible à tous.

J’aimerais enfin laisser la parole au chef d’orchestre Ricardo Muti s’adressant au public à l’occasion du concert commémoratif du 150e anniversaire de l’Unité italienne au Teatro del Opera di Roma :
Moi, Ricardo Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant… donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison… et avec un chœur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, … j’aimerais vous proposer de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble “Va, Pensiero”, à nouveau. Ce n’est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le chœur qui chantait cet air extraordinaire, j’ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l’histoire de l’Italie est bâtie”.

© Photo à la Une : Fréderic Stephan