Les “Riches Heures” de Benjamin Levy – Cannes le 30 septembre 2018

22 octobre 2018

Une ouverture très symbolique pour la nouvelle saison orchestrale par Benjamin Levy au Palais Croisette de Cannes

Pour la première manifestation de la Saison 2018 2019 au Palais Croisette, l’Orchestre de Cannes Provence Alpes Côte d’Azur, sous la direction de Benjamin Levy, n’hésite pas a ouvrir le concert dans l’esprit du Patrimoine musical issus des “Riches heures” et des dorures de Versailles en proposant une musique d’un des plus talentueux compositeur de l’Académie Royale de Musique : Jean-Féry Rebel.
Préservant l’héritage de la musique baroque, Benjamin Levy nous propose une œuvre surprenante pour l’époque, “les éléments”, composée par Rebel. Comme le veut la tradition des XVIIème et XVIIIème siècle, il n’est pas pensable, en ce temps là, de jouer une musique instrumentale car elle n’a pas de raison d’être hors d’un contexte lyrique ou chorégraphique.

Les trois coups ouvrent le rideau du premier concert de l’orchestre de Cannes au Palais Croisette !

En 1721, Louis XV danse sur scène aux Tuileries un opéra-ballet, “Les Éléments”, des compositeurs Destouches et de Lalande ; Jean-Féry Rebel en assure la direction.
Rebel composera plus tardivement dans une toute autre “optique” sur le même thème ; il remet en question le monde de la musique car ses compositions ne reposent sur aucun argument littéraire, seulement sur les qualités musicales instrumentales, ce qui est une innovation de taille pour l’époque.
L’œuvre que nous a interprétée Benjamin Levy a été créée par Rebel en 1737 ; elle ne fait appel à aucun librettiste, ce n’est pas un opéra-ballet mais simplement une “symphonie de danse” avec quatre entrées qui font allusion au chaos et symbolisent les quatre éléments : l’Air, l’Eau, le Feu et la Terre. Ainsi, il donne aux spectateurs la possibilité d’imaginer dans l’écoute musicale cette évocation et non plus de vivre une œuvre chorégraphique par la lecture frontale d’une mise en scène dans des décors et des costumes somptueux.
Le succès des Eléments et du Chaos est, lors de la création, heureusement au rendez-vous, même si certaines oreilles ont dû être choquées, mais n’est ce pas là le désir de chaque création dite contemporaine à travers l’espace temps ?

Benjamin Levy, un remarquable présentateur et animateur des oeuvres musicales

En animateur passionné, Benjamin Levy introduit chaque composition musicale avec brio, les alimentant d’anecdotes sympathiques qui nous font découvrir et comprendre leur sens profond. Ainsi, après les “Eléments” de Rebel, il nous présente le concerto N°1 de Haydn avec le jeune violoncelliste Edgar Moreau. Ce concerto pour violoncelle a été composé vers 1762, puis la partition a été égarée et redécouverte en 1961 dans les archives du Musée National de Prague.
Puis il présente Edgar Moreau un jeune prodige français, né en 1994, qui commence le violoncelle à quatre ans puis fait ses études au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris dans la classe de violoncelle de Philippe Muller. A 15 ans, il remporte le Prix du jeune soliste au Concours Rostropovitch et à 17 ans le deuxième prix du Concours international Tchaïkovski. “Révélation soliste instrumental” de l’année aux Victoires de la musique classique en 2013, il est nommé “Soliste instrumental de l’année” lors de l’édition 2015.
Son interprétation du concerto de Haydn est toute en intériorité ; il exprime tout en émotion et virtuosité sa vision instrumentale de cette œuvre, ce qui n’a pu qu’enthousiasmer et captiver le public du Palais Croisette qui lui a réservé une véritable ovation.

Une symphonie de Mendelssohn sous le charme des vastes horizons Ecossais

Pour clore ce superbe concert, et je n’hésite pas a en assurer le sens, Benjamin Levy a interprété avec assurance et éclat la symphonie dite “Ecossaise” de Felix Mendelssohn-Bartholdy. Il a su transmettre toute la force de cette très belle partition aux musiciens de l’orchestre et aux spectateurs. Il est indéniable que l’orchestre de Cannes est aujourd’hui transfiguré et ce, grâce au travail remarquable accompli depuis la prise en fonction, voici un an à peine, de son chef titulaire.
Un orchestre qui gagne jour après jour ses lettres de noblesse, “Rebel” oblige dans le symbolisme des “quatre éléments” et l’alchimie des sens sous la baguette magique de Benjamin Levy en magicien “d’Oz” ; ne sommes nous pas dans la cité du 7ème Art ? Qui bien évidemment est le nombre d’or !