« Le Dernier Jour d’un condamné » création des frères Alagna-Opéra de Marseille

1 octobre 2017

Le dernier jour d’un condamné, le « Savoir Frères Alagna » – Opéra de Marseille – dernière mercredi 4 octobre 20h30.

Créé en 2007 au Théâtre des Champs Elysées, puis création opératique en 2009 en Hongrie, récompensée trois fois pour la mise en scène, puis présentée à l’Opéra Grand Avignon en 2014, avec en bagage le grand prix de la meilleure production et mise en scène au Festival Opera Competition with Mezzo Television, Le dernier jour d’un condamné ouvre la saison 2017-2018 de l‘Opéra de Marseille sous le signe de la résistance et de la liberté.

Roman à la fois historique et social, roman engagé pour l’abolition de la peine de mort ; Victor Hugo s’insurge et se lance en 1829 dans ce drame au lendemain où, traversant la place de l’Hôtel de Ville, il voit un bourreau graisser la guillotine en prévision d’une exécution.

Le dernier jour d’un condamné version opéra, est une oeuvre forte, mise en musique par David Alagna, dans une mise en scène de Nadine Duffaut. Cette production s’accorde merveilleusement bien à l’adaptation des frères Alagna : Roberto, Frédérico et David. Ils rassemblent leurs talents pour mettre et donner vie à cette oeuvre si peu connue de Victor Hugo. La version lyrique apporte une dimension toute symbolique avec en particulier dans le rôle du condamné à la peine capitale Roberto Alagna.

Une production familiale entre Roberto, David et Frédérico,

“Si Victor Hugo, le plus admirable de nos poètes, l’a écrit avec son cœur, c’est en l’interprétant de façon déchirante que notre grand Alagna y apporte son âme ”

Décors sombres, musique qui éveille les émotions. l’atmosphère nous plonge dans cette effroyable époque où la peine capitale est encore l’ange de la mort.
Deux tableaux, deux périodes, deux condamnés, un homme blanc, une femme noire, histoire de soulever plus intensément la douleur et nous ramener à une période plus contemporaine.

Nous sommes en France en 1829, Victor Hugo se veut le témoin de son temps. Il crie sa douleur, l’injustice de la condamnation de ce condamné. Nadine Duffaut avec intelligence adapte ce drame humain dans un contexte contemporain peut-être dans les années 2007, sans doutes aux Etats Unis, dans l’état de Californie, du Nebraska ou de l’Oklahoma, états où la peine de mort est toujours en vigueur.
C’est une émotion forte et poignante quand la condamnée, une femme de couleur apparaît au coeur de cette trame inéluctable et clame sa désespérance et son innocence. Adina Aron, soprano afro-américaine, interprète avec un immense talent cette condamnée à la peine suprême.

Une semaine se passe et tout bascule. L’huissier interprété par Jean-Marie Delpas, prévient le condamné du jour fatidique. Le directeur de prison (Yann Toussaint) prévient la condamnée. C’est le moment des confessions et un flash back visualisé par une projection vidéo qui retrace la vie de chacun d’eux .

nos archives – filmé à l’Opéra d’Avignon en 2014

 

Partitions des plus harmonieuses, paroxysme des deux condamnés, le dernier jour est arrivé, la seule issue est l’exécution, mais surprise, les rôles s’inversent. Les condamnés sont transportés l’un et l’autre dans l’univers qui les oppose.

Prélude aux destins tragiques, voici la lente épopée tragique de ses interprètes qui vous plonge instantanément dans un drame des plus poignant :

« Voilà cinq semaines que j’habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids ! »

Tout au long de l’oeuvre, le public est plongé dans ces deux époques qui sont portées avec beaucoup de passion par l‘Orchestre de l’Opéra de Marseille, dirigé par Jean- Yves Ossonce. Une musique, intrigante amplificatrice d’émotions. Une seule réalité, une seule échéance tragique : quand arrivera le dernier jour ?

Sans nul doute la mise en scène de Nadine Duffaut renforce la douleur exprimée par l’auteur dans son livret. Elle nous laisse avec un devoir de morale et une réflexion toute personnelle sur le sujet de la peine de mort ; un sujet encore douloureux, malheureusement tellement d’actualité.

N’oublions pas que l’exécution capitale est encore en vigueur en 2017 dans de nombreux pays avec une seule réflexion : où sont les limites de la morale et de l’humain ?

Alors rappellons nous de ce cri de désespoir de Victor Hugo, humaniste et homme de lettres :

« Résistez ! / Résistez quelque soit le nom dont il se nomme… à quiconque vous donne un conseil contre l’homme ».

Drame en 2 actes et 1 intermezzo
Livret de Roberto, David et Frederico ALAGNA d’après le roman éponyme de Victor HUGO

Création à Paris, Théâtre des Champs-Élysées, le 8 juillet 2007, en version concertante
Création en Hongrie, Opéra de Debrecen, en 2009, en version scénique
Première représentation à l’Opéra de Marseille

PRODUCTION Opéra Grand Avignon
Ce spectacle a obtenu le Grand Prix de la meilleure production et mise en scène dans le cadre du Festival Opera Competition with Mezzo Television (Szeged).

Direction musicale Jean-Yves OSSONCE
Mise en scène Nadine DUFFAUT
Décors Emmanuelle FAVRE
Costumes Katia DUFLOT
Lumières Philippe GROSPERRIN

La condamnée à mort Adina AARON
Le condamné à mort Roberto ALAGNA

Le bourreau Luc BERTIN–HUGAULT
L’huissier Jean-Marie DELPAS
Le geôlier Philippe ERMELIER
Le prêtre Francis DUDZIAK
Le guichetier de garde Carl GHAZAROSSIAN
Le friauche Cyril ROVERY
Le directeur Yann TOUSSAINT
L’aumônier Éric MARTIN-BONNET
Le Procureur Yves COUDRAY​
Récitante Catherine ALCOVER
Violon Alexandra JOUANNIE

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

Renseignements et réservation : opera.marseille.fr

© Photo Christian Dresse