Quand une Grande Nuit du Piano Symphonique enflamme le Théâtre Toursky

6 janvier 2018

Soirée d’enchantement en ce froid samedi 9 décembre 2017. La salle du Théâtre Toursky de Marseille accueillait des artistes exceptionnels pour un programme musical de haute tenue, la Grande Nuit du Piano Symphonique composée d’un ténor, un orchestre et des pianistes.

Jean-Philippe Dambreville et l’Orchestre Darius Milhaud

« Susciter la passion, raisonner la tempête »

Voici en quelques mots un raccourci de ce que la baguette et le talent de Jean-Philippe Dambreville répercutent dans son orchestre et bien sûr, dans la salle. L’orchestre du conservatoire Darius Milhaud d’Aix en Provence prend place sur la scène, dirigé par le sémillant Jean-Philippe Dambreville. Directeur du Conservatoire, d’Aix-en-Provence, trompettiste, premier prix des CNR en direction d’orchestre. Sous son impulsion, l’orchestre va transcender les spectateurs comme c’est le cas partout où il se produit, en France, en Europe et aux Etats Unis.

Exaltante et Emouvante Alexandra Lescure

Alexandra Lescure, charmante jeune femme, cheveux blonds sagement retenus sur une robe noire de gala, s’installe au piano. Lauréate, entre autre, du Concours International des Nuits Pianistiques, elle est passionnée d’improvisation et se produit régulièrement en récital et en soliste en France et à l’étranger. La belle et célèbre « Rhapsodie in Blue » de Gershwin qu’elle interprète ne déroge pas à sa « patte ». Œuvre pour piano et orchestre, combinant musique classique et jazz, la finesse, la maîtrise, la passion d’Alexandra vibrent sur les cordes de son instrument. Magnifiquement appuyée par l’orchestre dirigé par Jean-Philippe Dambreville, Alexandra exalte l’œuvre de Gershwin, jouant à l’américaine, très jazzée : exquis le trille du départ suivi du glissendo ; les solos sont intenses et rythmés, les mouvements orchestraux, lents, riches, amples. Alexandra Lescure apporte le dynamisme syncopé, le tempo, les notes « blues », faisant de ce moment pianistique, un délice.

Exceptionnel Michel Bourdoncle, pianiste pédagogue

On ne présente plus Michel Bourdoncle. Pianiste et pédagogue, il poursuit une carrière de concertiste internationale qui le conduit, du « Carnegie Hall » de New York au Grand Théâtre de Shangai, sur les plus grandes scènes mondiales. En 1993, à Aix-en-Provence, il crée le très suivi Festival international « Les Nuits Pianistiques », dont il est le directeur artistique. Au piano, Michel Bourdoncle possède une démesure qui lui permet d’incarner l’intensité dramatique et la dimension poétique du Concerto de Brahms op 15 en ré mineur, un concerto triste, véritable monument symphonique, qu’il interprète. Michel Bourdoncle apporte à l’œuvre une troublante originalité, avec des couleurs musicales magnifiques, des mélodies et des rythmes intenses, une sorte de brume où s’immiscent une lumière enivrante, une chaleur romantique, une flamme propre à l’œuvre de Brahms. Le pianiste mêle bonheur, détresse, volupté, force, par un jeu débordant de dextérité et de passion. L’orchestre donne au piano et à ce concerto son impétuosité et sa mesure, sa densité. Le final, haletant, puissamment romantique, soulève d’enthousiasme un public conquis.
Cédant à plusieurs rappels, Michel Bourdoncle exécute « Polichinelle » de Villa-Lobos : clarté et vivacité, toucher magique et performance rarement égalés, édifiant !

Luca Lombardo, ténor marseillais à la voix d’or

Luca Lombardo est né à Marseille. Lauréat de plusieurs concours internationaux –Caruso de Milan, Prix Georges Thill, Concours des Voix d’Or, Concours Vinas de Barcelone…- Sa carrière internationale le conduit sur les scènes les plus prestigieuses. Il excelle dans tous les rôles de Ténor lyrique italien et français. Entré sur scène sous un tonnerre d’applaudissements, sa voix au timbre chaud, patiné, nuancé, s’élève sur la chanson napolitaine de Rodolfo Falvo : « Dicitencello Vuje ». L’émotion est palpable, laissant place à un déchainement de ‘bravo’.
Le talent précède ce fils de la cité phocéenne, soufflé par le mistral jusqu’au théâtre. Le célébrissime « Nessun Dorma » (Turandot) de Puccini est interprété avec maestria, puissance et passion. Du grand Luca Lombardo. Pour conclure, le ténor à la voix de soleil entonne « O sole mio » d’Eduardo di Capua, reprise en chœur par le public. Et c’est une explosion de joie. Luca Lombardo quitte la scène sous les acclamations.

Luca Lombardo est admirablement servi au piano par Nicolas Bourdoncle, jeune et talentueux pianiste. L’accompagnement au piano est exercice difficile pour un jeune concertiste qui doit reconsidérer sa position personnelle et son rapport à la musique. Nicolas Bourdoncle possède les qualités indispensables pour mettre en valeur le chanteur : technique parfaite, concentration et régularité rythmique, tempo, nuances d’interprétation, témoignant d’un respect, d’une disponibilité, d’une écoute qui sont le cachet d’un parfait musicien.

 

Pour terminer avec éclat cette soirée de réjouissances, l’orchestre  entame avec brio « Danzon n° 2 » d’Arturo Marquez fusionnant ses accords à ceux particulièrement harmonieux de la pianiste Mélanie Bracale. Le Danzon est une danse et un genre musical d’origine cubaine. Avec Mélanie et Jean-Philippe  Dambreville, c’est le soleil, le Mexique et les rythmes latino, jusqu’aux boucles du chef, qui virevoltent.

Un bis est accordé par l’orchestre avec un « Mambo » de Léonard Bernstein, étourdissant, jubilatoire. Une soirée de soutien splendide dans une salle comble –et comblée- offerte par les artistes au théâtre Toursky et à ses spectateurs, dont la recette revient intégralement au théâtre.

Des artistes solidaires pour un théâtre d’exception, le théâtre Toursky

Car, en effet, explique Richard Martin en début de spectacle,  ” cela fait partie de ces soirées de résistance qui vont nous permettre de faire redémarrer l’espace Léo Ferré construit en 2013 qui est l’objet de nos préoccupations. Cela fait vingt ans que nous nous battons pour cet espace poétique qui a permis, qui permet et qui a même sauvé beaucoup de jeunes compagnies dans cette région, sa mission étant de permettre aux artistes émergeant et à  de jeunes compagnies qui existent depuis très longtemps, et ne sont soutenues que de cette façon-là, d’avoir un lieu où ils peuvent présenter leurs créations avec une série de représentations. “

Et pour la suite de la programmation :

Retrouvez Alexandra Lescure au piano accompagné du narrateur Etienne Kippelen dans « CHOPIN, une Vie en Musique » le 13 mars 2018 à 21h
Ainsi que Jean-Philippe Dambreville dans « L’Histoire du Soldat », lors du 23e festival russe, une des œuvres majeures d’Igor Stravinsky. Création avec Richard Martin, Marianne Sergent et les musiciens sous la Direction de J.P Dambreville. Mardi 20 mars à 20h 30.

Théâtre Toursky- 16, Passage Léo Ferré 13003 Marseille (parking à 3 mn à pied) Tel 04 91 02 58 35.
Programmation 2018 sur www.toursky.fr

Réalisation vidéo : Marie Céline Solérieu