Avant-première du Festival off au Théâtre des Halles : « Cap au Pire » Tout le monde se lève pour Denis Lavant !

20 juin 2017

(c) iFou

Retour sur la représentation au Théâtre des Halles en Avignon – Avant-première du Festival Off, Cap au Pire – texte Samuel Beckett – Mise en scène Jacques Osinski – Scénographie Christophe Ouvrard, lumière Catherine Verheyde, costume Hélène Kritikos – avec Denis Lavant.

Plus dépouillé, plus minimaliste, tu meurs.

Et, de fait, sans être nommée, la mort n’est pas loin, juste au bout, dans l’antichambre, de l’autre côté d’un texte qui progresse à tâtons mais implacablement, minutieusement – « rater, rater encore, rater mieux » – vers ces confins de la langue où il n’y a presque plus rien : une mèche qui peu à peu s’éteint, des silhouettes incertaines, l’obscurité, le vide. Il n’y a plus rien, ni scène, ni jeu, ni décor, plus rien, ou presque, seulement l’essentiel. Un comédien, un texte.

 

Debout face au public, tout de noir vêtu devant le rideau noir, éclairé faiblement par un rectangle lumineux placé sous ses pieds et quelques subtils et discrets projecteurs, Denis Lavant est la voix de ce texte.

Durant près d’une heure et demie, de lui on ne voit que le visage dans la pénombre, les mains, immobiles, on devine les yeux qui s’entrouvrent, parfois se ferment, clignent, de lui on ne perçoit que la voix, quasiment monocorde et pourtant si finement modulée, toujours parfaitement placée, jamais « théâtrale », jamais dans l’emphase, toujours sur le juste fil d’un texte épuisant de simplicité, épuisant de répétitions, d’infimes variations, de frustrations réitérées – « rater, rater encore, rater mieux ».

Un comédien, un texte, et le public dans un fascinant et douloureux face à face, car rien n’est plus difficile que l’immobilité totale, que le silence total, que l’attention absolue auxquels nous contraint cet exceptionnel comédien. Et l’on se demande qui d’autre aurait pu relever ce défi, qui aurait pu donner corps à ce texte de Beckett, jusqu’à rendre palpable l’effort désespéré de l’écriture qui approche à pas comptés vers le pire. « De mon plein gré, je ne sais pas si je l’aurais lu, c’est un texte qu’il faut mériter » confiait Denis Lavant il y a quelques jours.

 

Assurément, il le mérite haut la main. Chapeau l’acteur !