21ème Festival de Danse, Cannes : la croisée des Cultures

5 janvier 2018

Durant dix jours intenses, le 21ème Festival de Danse de Cannes nous a immergés dans un monde dédié à la Danse avec plus de quinze évènements d’une grande diversité sur tous les plans : un colloque, des masters class et des rencontres avec les artistes à l’issue des spectacles. Brigitte Lefèvre, sa directrice artistique, aime à nous le faire remarquer : « J’ai souhaité que cette édition 2017 s’inscrive dans un croisement de culture et nous entraîne dans un voyage à travers le temps et l’espace, révélant la Danse dans sa diversité ».

Une nouvelle édition du Festival de Danse de Cannes placée sous le signe des traversées

Cette 21ème édition nous a ainsi permis de découvrir de jeunes compagnies, mais aussi de nous faire voyager de l’univers chorégraphique du plus parfait classicisme, avec un remarquable « Don Quichotte », à un surprenant partage où les danseurs deviennent spectateurs et les spectateurs acteurs à l’occasion d’un gigantesque bal participatif au rythme endiablé du Looping Pop.

Si la thématique de ce Festival était « Les traversées », notre port d’attache a été, bien évidemment, notre Région et en particulier Marseille, la Phocéenne, symbole des mythes antiques avec son foisonnement des Cultures. Notre odyssée nous a d’abord entraînés dans le sillage de Marius Petipa jusqu’aux fastes du Palais Impérial de Saint Petersbourg avec le Ballet Sodre d’Uruguay. Originaire de Marseille, Marius Petipa révolutionne le monde de la Danse durant toutes les années où il a dirigé le Ballet du Théâtre Mariinsky.

Pour la première fois le « Ballet Nacional Sodre » d’Uruguay en visite en France

Le « Don Quichotte » que nous a proposé Julio Bocca, le directeur artistique du Ballet Sodre, était d’une grande fraîcheur. La chorégraphie de Petipa revisitée par Sylvia Bazilis et Raoul Candal nous a permis de passer une excellente soirée et de découvrir de talentueux danseurs qui se sont produits pour la première fois en France.

Une soirée exceptionnelle en hommage à Roland Petit

Puis notre périple nous a conduit en Italie avec le Ballet de l’Opéra de Rome dirigé par Eleonora Abbagnato. Un hommage spécial a été rendu à Roland Petit qui a fondé en 1972 le Ballet National de Marseille et en a assuré durant 26 ans la direction artistique. Eleonora Abbagnato nous a conquis avec son interprétation de « La rose malade » sur une musique romantique de Gustav Mahler. Une soirée emplie de nostalgie avec deux autres  œuvres cultes de Roland Petit, « L’Arlésienne » et « Carmen ».

 « Carmina Burana » une représentation unique au charme ensorcelant

La prestation artistique phare du Festival a certainement été « Carmina Burana » de Carl Orff dans une chorégraphie de Claude Brumachon. Un spectacle unique réunissant les forces vives de Cannes avec un plateau de 250 artistes sous la direction de Benjamin Levy à la tête de l’Orchestre de Cannes, du Chœur Philharmonique de Nice, de l’Ensemble Vocal Syrinx et du Chœur d’enfants du Conservatoire de Cannes. Touchant une dimension sacrée, Claude Brumachon nous entraîne avec les danseurs du Grand Ballet de Genève dans une trame dramatique où la magie opère et que seule la Danse peut nous faire partager. Œuvre noire et solaire, « Carmina Burana » est mythique et touche au plus profondes racines qui commandent l’existence même de l’homme. Un remarquable spectacle avec une certitude, la qualité et le dynamisme des institutions cannoises.

Un programme ambitieux qui permet d’apprécier les jeunes talents en formation dans la Région PACA

Le BNMNEXT (Ballet junior du Ballet National de Marseille) et le Cannes Jeune Ballet Rosella Hightower dirigé par Paola Cantalupo nous ont permis de découvrir des artistes pleins de promesses du Pôle National Supérieur Cannes Mougins Marseille. Centre de formation professionnel dédié à la Danse, c’est une structure novatrice qui permet entre autre à des jeunes d’entrer en apprentissage dans des compagnies comme le Ballet National de Marseille ou le Ballet d’Angelin Preljocaj .

En rendant un hommage à Maurice Béjart, ces danseurs au talent prometteur nous ont entraînés avec fougue et passion dans un monde lumineux transfiguré par la musique de Jean Sébastien Bach avec « Cantate 51 ». A la fin de la représentation, ils nous ont proposé « Altro Canto » de Jean Christophe Maillot, une chorégraphie qui exalte les corps en mouvement sur les accents dramatiques du Magnificat de Monteverdi.

Quand le spectateur devient acteur ! Tous en scène pour le Looping Pop !

Pour clore ce Festival, Brigitte Lefèvre nous a agréablement étonnés avec une invitation à la danse d’Anne Nguyen et la Compagnie « Par Terre », mêlant les interprètes et le public dans un grand bal populaire. Une trouvaille savoureuse pour terminer en beauté le Festival avec un Looping Pop endiablé, une danse robotique hyper articulée qui crépite comme du pop corn au gré de la sensibilité et de l’imaginaire de ses participants sous la somptueuse voute étoilée de la terrasse des ambassadeurs.

 

Une belle réussite pour Cannes qui confirme, avec plus de 10 000 spectateurs et une augmentation de 25 % de visiteurs par rapport à sa dernière édition de 2015, sa place majeure dans le panorama culturel français.

Rendez-vous est à nouveau pris pour la 22ème édition avec Brigitte Lefèvre ; mais avant de nous quitter pour mieux nous retrouver en 2019, je laisse volontiers la parole à l’auteur du « Prophète », Khalil Gibran : « L’Âme du poète vole dans son cœur, l’Âme du chanteur vibre dans sa gorge, mais l’Âme de la danseuse vit dans son corps tout entier ».

© Photos  : Nathalie Sternalski