Fastaff à l’Opéra de Monte-Carlo : au royaume de la Basse-Cour

5 février 2019

Fastaff à l’Opéra de Monte-Carlo

Fastaff, dernière représentation à l’Opéra de Monte-Carlo ce 31 janvier dernier . De quoi clôturer ce premier mois de l’année sous la bonne humeur, le rire. Et que ça fait du bien !
Un livret partagé entre Boïto et Shakespeare, on s’attend à découvrir du mélo-dramatique au gré des couleurs musicales connues de Verdi.
Et quelle surprise lorsqu’au premier lever de rideau, ce gros personnage à plume prend toute sa splendeur sur la scène de l’Opéra.
Un coq, nommé Falstaff, de son plus beau plumage, phénix des hôtes du royaume de Windsor sous le règne d’Henri IV, nous transporte dans un univers entre le Chantecler d’Edmond Rostand et la dramaturgie sombre des librettistes .

En neuf ans la mise en scène signée Jean-Louis Grinda ne perd pas une ride, ni bien évidemment une plume . Saluée par la presse internationale en Mars 2010 dans la même salle de 517 places, ce qui dégage une proximité et intimité entre la scène et le public, Falstaff revient en 2019, avec tout autant de succès. Voilà de quoi célébrer dignement les 100 ans de la toute première à l’Opéra de Monte-Carlo.

Fastaff à l’Opéra de Monte-Carlo : une distribution éblouissante

Sous les lumières de Laurent Castaing, les costumes des gallinacés, imaginés par Jorge Jara, revêtent de leur plus grande brillance . Dans un décor où les livres prennent toute leur place, signé Rudy Sabounghi, l’histoire peut commencer …

Sir John Falstaff, bouffon gentilhomme doté d’un insatiable appétit pour les femmes, la nourriture et la boisson, est plus préoccupé par son propre estomac et sa propre bourse que de s’intéresser au monde extérieur. Véritable coq dans toute sa splendeur, au personnage que l’on pourrait croire de détestable, le baryton Nicola Alaimo le rend tout à fait attendrissant, à la fois par son talent vocal que sa prestance scénique, ce qui ouvre notre esprit à un sentiment de bienveillance à son égard .
Le chevalier ventripotent se laisse emporter à travers ses mésaventures, dans sa seule perspective de courtiser les jolies “poules” de Windsor, Alice Ford et Meg Page. On le comprend aisément quand on voit les pétillantes Rachele Stanisci (soprano) et Annunziata Vestri (mezzo soprano). Aussi est-il logique qu’il tombe dans le piège que les gallinacées ont comploté .
Avec la complicité de Nannetta, fille d’Alice Ford, interprétée par la soprano Vannina Santoni qui apporte toute sa fraîcheur, et de Miss Quickly, (Anna Maria Chiuri au service d’une femme plein d’esprit avec finesse), la jolie basse – cour féminine joue de la naïveté du gros Falstaff.
Une distribution éblouissante complétée par les voix du baryton Jean-François Lapointe (Ford), des ténors Enea Scala (Fanton), Carl Ghazazossian ( Le Docteur Caius), Rodolphe Briand (Bardolfo), de la basse Patrick Bolleire (Pistolla) nous permettent de découvrir avec jovialité et splendeur la grande palette musicale des couleurs vocales.
Plus qu’un opéra, la mise en scène de Jean-Louis Grinda nous transporte dans un dessin animé lyrique. La musique de Verdi, interprétée avec brio par l’Orchestre philharmonique de l’Opéra de Monte Carlo, sous la fine direction musicale du maestro Maurizio Benini est un réel divertissement tout à fait accessible à public néophyte de l’art lyrique.

Alors non l’opéra, n’est pas destiné à un public que l’on pourrait classer d élitiste, ou d’un certain âge avancé. La preuve en est le constat agréable d’une salle comble ce soir là à l’Opéra Garnier, d’un public intergénérationnel, avec de jeunes spectateurs,  futurs mélomanes qui sait…

© Photo à la Une : Alain Hanel