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La Fontaine encore plus d’actualité pour les 400 ans de sa naissance !

La compagnie StART 361° propose un étonnant spectacle musical intitulé « Jean de La Fontaine », autour d’un épisode méconnu de la vie du célèbre poète : sa confession forcée devant l’Église et ses pairs de l’Académie française, qui lui valu la destruction du manuscrit de son unique pièce de théâtre, perdu à jamais. Une pièce de théâtre mise en scène par Gaële Boghossian et Clément Althaus, et présenté en avant-première au théâtre Anthéa d’Antibes.

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Nous connaissons au moins une des célèbres fables de La Fontaine mais que savons-nous de la vie du poète, dont 2021 devrait célébrer les 400 ans de sa naissance à Château-Thierry ?

Pour y répondre, la compagnie azuréenne StART 361° propose un étonnant spectacle musical « Jean de La Fontaine ». Un projet labellisé présenté en avant-première encore plus privée dans la salle Pierre Vaneck du théâtre Anthéa à Antibes. Aucune diffusion en streaming pour cette fois mais notre média Projecteur TV y était.

La confession publique méconnue de Jean de La Fontaine, scénario original de la pièce

Avec la vague impressionnante de « cancel culture » qui déferle sur notre société, Jean de La Fontaine sera-t-il épargné et continuera-t-il a être enseigné et analysé à travers les différentes classes du CM aux terminales ? Osons le croire en cette année qui va célébrer les 400 ans de la naissance de l’un des plus grands poètes et fabulistes plus que jamais d’actualité !

Pour sa part, Daniel Benoin et le théâtre Anthéa ont d’abord choisi d’aller dans quelques classes de lycées à Nice pour présenter un spectacle pédagogique de 45 minutes, « En scène Monsieur La Fontaine », un petit format avec une logistique très légère qui lui permet d’être itinérant. Celui que nous avons vu, comme une Générale et en privé, a été inspiré par cette première bouture. Il est devenu simplement « Jean de La Fontaine », dure près d’1h30 et a reçu la mention « projet labellisé ». Il devrait être présenté au public au début du mois de mai…

Jean de la Fontaine au coeur d’un spectacle musical entre « comédie musicale et cabaret »

Le poète aussi sera surpris car il ne s’agit ni d’un biopic ni d’un résumé de sa vie ponctué de quelques citations sorties de ses fables. Parlons plutôt d’un spectacle musical avec une filiation revendiquée dans la comédie musicale et le cabaret : une magnifique découverte.

Rien ne laisse présager des multiples rebondissements du spectacle lorsqu’il commence par un extrait du Dies Irae, magnifiquement chanté et interprété à la harpe électrique par Aliénor de Georges qui incarne une religieuse, Sœur Pouget venue au chevet de Jean de La Fontaine, très malade (joué par Clément Althaus), qui peut compter sur l’aide de sa fidèle et dévouée servante Hortense sous les traits de Claudia Musso. Seulement trois artistes sur scène, pourriez-vous penser, mais quels talents ! Il et elles sont pluridisciplinaires, remarquables dans chacun des secteurs que ce soit pour chanter, jouer d’un instrument (sauf Claudia qui passe sans sourcilier du violon au piano), en jouant en même temps…

Mais que vient faire cette traduction versifiée de cette séquence médiévale chantée appelée « prose des morts » et intégrée dans la Messe du Requiem ? A priori, on voit mal le rapport entre ce qui est considéré comme l’un des poèmes les plus connus de la littérature latine médiévale et Jean de La Fontaine. Pourtant le créateur du livret et des compositions – qui n’est autre que le comédien qui joue Jean de La Fontaine – a tenu à ce qu’il soit présent dans le spectacle. De fait, ce sera le « fil rouge » car cette transcription a été écrite en 1693, deux ans avant la mort du poète (1695) et qu’elle a fait partie des nouveaux écrits imposés par le clergé lors d’une confession publique pour qu’il puisse rejoindre le Paradis à sa mort.

L’originalité de ce spectacle, c’est l’angle choisi de s’appuyer sur cet examen de conscience, que lui impose la religieuse avant que l’Église ne lui accorde l’absolution de ses pêchés, comme point de départ de cet hommage. Un épisode de sa vie qui n’est pas vraiment connu, notamment de toutes les personnes que l’on a obligées à apprendre quelques unes de ses fameuses fables, qui a dû être terrible à vivre pour Jean de La Fontaine et que l’on ressent nettement dans ce créneau d’1h30, alors que dans la vraie vie il a duré plus de quinze jours ! Cet exorcisme, devant ses pairs, est d’une telle importance dans sa vie qu’il ne pouvait être que le point de départ et non la fin du spectacle comme on aurait pu s’y attendre.

Une confession qui se déroula en public et devant ses pairs Immortels, eh oui Jean de La Fontaine fut admis à l’Académie française en 1684. (1)

Étrangement, le très petit comité, masqué et distancé, que nous étions à Antibes, s’est senti dans la peau des spectateurs de cette fameuse séance.

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Jean de La Fontaine obligé par l’Église de détruire le manuscrit unique d’une pièce de théâtre…

Ce serait trop facile d’écrire que la vie de Jean de La Fontaine est une fable d’autant que je parlerai plutôt d’un roman. A travers son bestiaire, il incarne chaque animal, le fait parler , ce qui lui permet de dénoncer les travers de ses semblables. Derrière les animaux se cachent très souvent des traits de caractère de personnages réels, voire des plus puissants comme Louis XIV, décrit sous les traits du Lion.

La principale difficulté pour le fabuliste fut de rendre hommage au Roi Soleil sans lui faire de l’ombre, lui qui s’est toujours montré rebelle à la discipline que le souverain entendait imposer à la littérature que ce soit à la Cour ou dans le royaume. Son indéfectible soutien à Fouquet, banni par le Roi et la Cour, est naturellement évoqué pour monter sa grandeur d’âme mais elle lui a beaucoup coûté.

Il a toujours préféré sa liberté à un salon bien gras comme il le fait transparaître dans la fable La grenouille et le bœuf.

Les fables de la Fontaine, reflet des contradictions de notre société

Les animaux reflètent nos contradictions et certains ont même une double représentation, comme lui fait remarquer la religieuse lorsqu’il évoque le renard. Pour le clergé, cet animal respire le vice et il est jugé impie tout comme le loup pour qui il symbolise la cruauté.

Dans le spectacle, la religieuse va s’évertuer à démontrer que ce que Jean de La Fontaine considère comme une aimable plaisanterie, ses fables ou ses contes et les plaisirs de la vie, ses frasques conjugaux et fréquentations sont de véritables attaques à la vie chrétienne. Son but est de lui faire abjurer sa vie dissolue et ses écrits anti-cléricaux. Lui joue sur son côté rêveur, innocent, pour se dédouaner des attaques… Il tente de l’expliquer en choisissant certaines de ses fables mises en musique et interprétées en direct. On assiste alors à un ballet sonore et parfois physique très réussi avec les deux comédiennes – musiciennes. Mais la religieuse ne s’y laisse pas prendre… Et Hortense voit son maître s’étioler et devenir fou.

« Monsieur, j’ai bien peur que cet examen accélère votre mort, laissez moi-faire. On a souvent besoin d’un plus petit que soi, non ? »

Elle se tourne alors vers la religieuse. La dévouée servante de Jean de La Fontaine décide d’intervenir. La confrontation passe du jeu de la séduction : « Je voudrais vous témoigner de toute mon admiration pour votre travail… et plaider sa cause », à l’affrontement verbal direct et sans fioriture : « Je vois clair dans votre jeu, vous ne voulez sauver personne, vous ne pensez qu’à votre carrière et vous osez vous cacher derrière votre morale salutaire. Mais avant de donner des leçons vous devriez faire votre propre examen… »

Le ton monte et la religieuse change de registre : « J’aurais pu peut-être me contenter d’une confession, mais entre sa conduite, son œuvre et votre stratagème, l’Église a toléré des affronts qui auraient dû le conduire au bûché et vous avec ! Il ne s’agit plus de confession mais de conversion ! »

Qui va céder ? Trouvera-t-on un compromis qui permettrait au poète d’être absout de ses pêchés ? On sent que l’Église va se montrer inflexible devant les arguments de l’un ou de l’autre, d’autant qu’elle a deviné que Jean de La Fontaine tient à prendre le chemin du Paradis et non celui de l’Enfer.

Dos au mur, sentant sa fin venir, il est obligé de céder aux injonctions du clergé. Il accepte de se désavouer, en public et devant les Immortels, vis à vis de son recueil de fables, de ses contes avec la promesse de plus contribuer au livre, de consacrer sa fin de vie et son talent à écrire des ouvrages de piété. Quelle humiliation pour un auteur que de devoir renier publiquement tout son travail, sa démarche intellectuelle et même sa vie, mais il la supporte pour obtenir le salut de son âme ! Il doit subir un exorcisme public très violent !

Après avoir renoncé à une partie de son œuvre, dénigrer ses contes, il tente de minimiser ses fautes par son éternel fantaisie en s’appuyant sur un conte lié à l’Église avec un jeune homme qui se réfugie dans un couvent de nones. Une blague allusive qui déclenche nos rires mais qui provoque l’effet inverse chez la religieuse.

Pourtant, ce n’est pas le plus dur car on va lui demander encore plus… Sœur Pauget exige qu’il lui livre son œuvre la plus précieuse. Jean de La Fontaine confesse qu’il s’agit du manuscrit de sa seule pièce de théâtre dont il n’existe aucune copie. « Est-ce une œuvre de piété ? » « Oui… Non ! » Détruisez-là ou c’est vous qui brûlerez en Enfer et vous vous amenderez devant tous vos amis de l’Académie française afin de les prendre à témoin de vos engagements devant Dieu ! Il tente tout pour éviter ce drame mais il sait aussi qu’il ne peut plus l’éviter. Ce jusqu’au boutisme religieux va faire disparaître à tout jamais une œuvre inestimable pour la culture comme l’avaient qualifié Racine et Maucroix, ses contemporains. On ne connaîtra jamais le sujet ni ce que contenait cette pièce.

Il sera difficile d’établir une liste exhaustive de tous les événements qui ont été ou seront présentés pour célébrer les 400 ans de la naissance de Jean de La Fontaine au cours de cette année 2021. Nul doute que cette approche proposée par la compagnie StART 361° devrait retenir l’attention à la fois du public, du monde culturel et des médias régionaux.

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En savoir plus avec les artistes :

Comme la très grande majorité des spectacles proposés en comité très restreint et masqué par Daniel Benoin et son équipe du théâtre Anthéa d’Antibes, il y avait une séance de questions avec les artistes mais cette fois en direct avec le public. La présentation se déroulait dans la salle Pierre Vaneck, plus petite et n’était pas diffusée. Elle a été filmée au cas où elle ne pourrait pas être montrée au public en mai.

Ce n’est pas un hasard si la musique est toujours présente dans la dramaturgie des créations de cette compagnie StART 361°, créée en 2012 par Clément Althaus, et qu’il dirige depuis.

Les faits évoqués dans le spectacle sont-ils avérés ?

Clément Althaus : Tous les faits sont vrais, j’ai beaucoup étudié les textes avant de rédiger le livret.Ce qui change, c’est que – pour les besoins du spectacle et compte tenu du casting, c’est Sœur Pouget qui représente l’Église et non un abbé et que le spectacle dure 1h30 au lieu des 15 jours de la confession imposée par le clergé.

Comment est venue l’idée du spectacle ?

Elle est venue après la version courte que nous avons proposée dans les écoles et notre résidence à l’Entre-Pont à Nice. Mais le rendez-vous avec l’écriture ne fut pas aisé, l’idée ne m’est pas venue tout de suite même après consultation et analyse des textes écrits sur lui et ses œuvres. C’est en découvrant cette épisode de la confession et sa violence, intervenue deux ans avant sa mort alors qu’il était très malade que j’ai trouvé l’angle de la pièce. Ce serait le point de départ.

Comment ont été choisies les fables ?

Ce fut un choix difficile car elles sont 243 fables dans la réalité. Nous voulions donner à entendre certaines fables très connues mais également en faire découvrir. Il fallait qu’elles se complètent facilement, qu’elles servent le propos du reste de la pièce tout en répondant à des situations précises. Enchaîner deux fables qui concernent le même animal mais avec un éclairage différent permet de compléter intelligemment le grand puzzle des fables. Prenons l’exemple du loup : dans « Le loup et le chien » il incarne la liberté alors que dans « Le loup et l’agneau » c’est la cruauté et l’abus de pouvoir. Ceci n’est pas contradictoire mais complémentaire.

Les Contes étaient plus difficiles à intégrer de par leur format mais il en reste certaines références dans le texte. Le personnage de Sœur Pouget – qui historiquement est un abbé – est assez inspiré de ce versant de son œuvre.

Avons-nous des informations sur cette fameuse pièce de théâtre de La Fontaine détruite et qui est évoquée ?

Nous savons qu’elle a bien existé et qu’elle était de la qualité de ses autres écrits. Racine et Maucroix lui avaient confirmé qu’il avait enfin réussi à fournir une véritable pièce de théâtre. Mais nous n’en savons pas plus car il n’existait aucune copie de ce manuscrit qui a été détruit sur ordre de l’Église et devant témoins.

Quelques informations sur l’équipe artistique :

Clément Althaus (La Fontaine et librettiste)

Il est quasi le seul homme dans tout le collectif.
C’est « l’homme-orchestre » dans tous les sens du terme. Auteur, compositeur, musicien (il joue seulement du piano ici alors qu’il est multi-instrumentiste) et interprète. C’est lui a écrit le livret de la pièce, composé la musique et les accompagnements et participé à la mise en scène. Artiste pluridisciplinaire formé au Conservatoire de Nice.

Gaële Boghossian (metteur en scène)

Nous avions beaucoup apprécié sa mise en scène audacieuse en 2017 avec sa compagnie « Collectif 8 » de la pièce « L’île des esclaves » vue à l’Anthéa ainsi que la scénographie très originale. Elle signe la mise en scène de cette pièce après en avoir été « une spectatrice attentive et suggéré certaines modifications à l’équipe » comme elle le confesse modestement. Beaucoup d’échanges avec Clément et les comédiennes-artistes ou artistes-comédiennes, on ne sait plus tellement c’est lié.

Aliénor de Georges (Sœur Pouget)

Elle est d’abord musicienne avec des études au Conservatoire d’Antibes pour la harpe (électrique et acoustique) après une maîtrise de philosophie ! Elle chante et compose tout ayant poursuivi des études d’art dramatique au Conservatoire de Nice. Enseignante artistique, elle est également professeure de prise de parole en public pour la faculté de Droit et Science politique de Nice.

Claudia Musso (Hortense)

Chanteuse et instrumentiste italienne qui a d’abord commencé par le violon, le rock et le blues, elle a étudié le chant lyrique, fait un peu comédie musicale avant de rejoindre l’ensemble vocal polyphonique « Le Corou de Berra ». Elle s’est formée également à la musique électroacoustique et au jazz. Dans cette pièce, elle n’a pas hésité à jouer d’un instrument (principalement le violon mais aussi le piano) tout en faisant la comédienne.

Samuelle Dumas (créatrice lumière)

Pendant quatre ans, elle a créé la lumière pour les spectacles du Collectif 8 dont le déjà cité « L’île des esclaves ». Avec « Jean de La Fontaine », elle signe magistralement sa troisième collaboration avec le compagnie StART 361°.

Production : StART 361°
Coproduction : Anthéa d’Antibes et l’Entre-Pont à Nice
Avec le soutien de la Diacosmie et de l’Opéra de Nice

1) L’entrée à l’Académie française de Jean de La Fontaine ne fit pas l’unanimité contrairement à celle de Boileau. Le plus cocasse c’est qu’il fut élu à la place de Colbert, l’ex-ministre des Finances, celui qui est soupçonné d’avoir orchestré le complot pour faire chuter le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, l’ami et premier soutien de La Fontaine. Se souvenir de la réception donnée par Fouquet le 17 août 1661 dans son château de Vaux le Vicomte en l’honneur de Louis XIV et qui eu l’effet inverse de celui recherché, le Roi n’ayant pas du tout apprécié cette démonstration de richesse !

Localisation : Antibes
Date : 1 avril 2021

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