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Emanuel Gat à Vaison Danses : le Sacre vaisonnais d’un chorégraphe israëlien

Vaison Danses Répétition d’Emanuel Gat- Works ©AA

Le sacre vaisonnais d’Emanuel Gat – Festival Vaison-Danses, édition 2019

Comme Jean-Claude Gallotta qui l’a précédé à ce 23e festival « Vaison-Danses », c’est la première fois que l’artiste israélien, installé avec sa compagnie depuis douze ans à la Maison Intercommunale de la Danse d’Istres, venait présenter ses productions dans la capitale voconce, à la demande de Pierre François Heuclin, directeur artistique du festival.

Le chorégraphe a choisi de programmer trois pièces de son répertoire et une création mondiale spécialement dédiée au festival Vaison-Danses.

Pendant un peu plus d’une heure, on a pu voir en première partie d’abord « Couz » (comme « cousine ») et « Comme on dit chez nous s’il pleut c’est qu’il va pleuvoir » qui sont deux chorégraphies tirées de la pièce « Works ». Entre les deux, « Karolina, Thomas et Michaël » une pièce que la compagnie dansait pour la première fois au théâtre antique et dont le titre correspond aux noms des trois danseurs qui l’interprètent.
Enfin, dans une deuxième partie, une reprise de « Sacre » créé en 2004 sur la musique du Sacre du Printemps de Stravinski.

« Works » : une recherche expérimentale en live

« Works », comme son nom l’indique, sont des travaux de danse, pas vraiment des esquisses, mais plutôt des expérimentations chorégraphiques qui se déroulent sur un fond de décor noir minimaliste. Un décor qui ne détourne pas le regard des mouvements des corps. « Couz » est l’exemple même de cette recherche qu’Emmanuel Gat veut collective et qui fait qu’à chaque représentation, c’est une pièce différente qui se joue. Sur le bord de la scène, face aux danseurs, est placée une horloge qui leur indique le temps restant. Dans les limites de ce temps contraint, chaque danseur à la liberté de donner un signal de ralentissement ou d’accélération du tempo. La pièce elle-même est constituée de modules prédéfinis et appris en tant que tels, mais chaque danseur a aussi la possibilité d’en déplacer l’ordre grâce à un signal compris de tous. C’est pourquoi le spectateur entend parfois un danseur dire à haute voix « one » ou « three », pour indiquer à ses partenaires qu’il faut exécuter le premier ou le troisième module. C’est une manière pour Emmanuel Gat de laisser dans la conception chorégraphique une très large part de créativité aux danseurs qui au préalable ont intégré tout le vocabulaire gestuel de leur chorégraphe. « Toute l’élaboration de la pièce, le montage, dit-il, se fait en temps réel. Je n’ai pas la main sur la façon dont la chorégraphie va se dérouler » 

Une musique qui peut dérouter

« Couz » est accompagné par Alain Billard, musicien qui joue d’une gigantesque clarinette contrebasse et en sort des bruits étranges qui tiennent parfois du cri animal le plus stridulant et des percussions caverneuses les plus inattendues. De quoi dérouter ce spectateur qui, usant de son droit de libre expression, interpelle le chorégraphe pendant le bord de scène organisé à la fin du spectacle pour lui dire qu’il a beaucoup souffert « de cette cacophonie totalement insupportable ».
Et Emanuel Gat de répondre : « c’est exactement ce qui a été dit de la partition du Sacre de Stravinski au début du 20e siècle ; et pourtant ça a duré ! »

« Sacre » : danser la salsa sur Stravinski, un scandale de plus ?

De fait, Le Sacre du Printemps a fait scandale en son temps avec la musique de Stravinski et la première chorégraphie du célèbre Nijinski en 1913. L’idée du Sacre est venue au compositeur russe en finissant à Saint-Pétersbourg les dernières pages de l’Oiseau de feu : » j’entrevis un jour […] dans mon imagination le spectacle d’un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle et observant la danse à la mort d’une jeune fille qu’ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps. « 

Le scandale de la première représentation au théâtre des Champs-Élysées est énorme. Le peintre Valentine Hugo raconte : “Tout ce qu’on a écrit sur la bataille du Sacre du Printemps reste inférieur à la réalité. Ce fut comme si la salle avait été secouée par un tremblement de terre. »
De son côté, Emanuel Gat, après Béjart et bien d’autres, reprend la musique de Stravinski qui n’a rien perdu de sa modernité sur une chorégraphie qui prend la gestuelle de la salsa cubaine comme matériel de base. « L’histoire est différente même si le contexte historique de cette pièce est parfois abordé de manière indirecte, comme lorsqu’à la fin la femme tombe à terre ».

emanuelgatdance.com

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Localisation : Vaison la Romaine
Auteur : Victor Ducrest
Date : 31 juillet 2019

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