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Projection sur grand écran : The Father de Florian Zeller

The Father, réalisé par Florian Zeller en 2020 à partir de sa propre pièce de théâtre, met en scène un Anthony Hopkins remarquable. L’acteur nous émeut et nous trouble par son jeu qui nous interpelle, nous interroge, sur le sens de la vie, de la vieillesse et de la mort. C’est une œuvre qui prend pour point de départ la mémoire et la descente inéluctable d’un homme face à la maladie, pour mieux se retourner vers un passé heureux et la beauté de la vie.

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The Father, adapté par Florian Zeller de sa propre pièce de théâtre en 2020 « Le Père », a valu l’Oscar du meilleur acteur à Anthony Hopkins.

The Father, ou voyage au bout de la folie ?

Brillantissime Hopkins, qui nous émeut et nous trouble dans ce film, The Father, qui est tiré d’une pièce de théâtre de Florian Zeller. Ce film nous interpelle et nous interroge sur le sens de la vie, de la vieillesse et de la mort. C’est un film aussi sur la mémoire et la descente inéluctable d’un homme face à la maladie.

Lentement, la décrépitude fait son travail, et Anthony (son prénom dans le film) nous entraîne dans son monde, ou ses lambeaux de mémoire nous font apparaître des situations, des images et des personnages, ou bien ne serait-ce que des fantômes.

Anthony nous trouble car il est notre miroir, il est notre reflet face au chemin de notre vie.

the father florian zeller affiche film theatre anthony hopkins oscar meilleur acteurLa mise en scène sobre est bercée par la douce musique d’airs d’opéra dont se délecte Anthony.

Quand on le voit à l’image, il semble apaisé dans ces moments là, mais le film est monté de telle sorte que rapidement on s’interroge sur ce que vit vraiment Anthony… Il est constamment rattrapé par le temps, on refait sa vie, notre vie…?

Ce temps qui nous échappe et qui est symbolisé par la perte de la montre d’Anthony, constamment à sa recherche (un peu comme dans Kennedy et moi, et la fameuse montre…).

On s’interroge sur ce que l’on voit et les scènes sont revues sous différents angles. Le doute s’immisce, et comme Anthony, on retrace son chemin et l’on rassemble nos pensées.

Du moins ce qu’il en reste, et notre mémoire nous joue des tours comme l’on dit. Que reste t’il de nos souvenirs… Anthony insiste et redit les mêmes choses… Ce qui au début peut nous agacer, mais qui très vite, nous fait rentrer en compassion.

Anthony est à la recherche de son passé, il se demande sans cesse pourquoi il n’a pas de nouvelles de sa fille Lucie, et surtout il pense qu’il n’a besoin de personne. Son seul monde, c’est son appartement, où il vit avec Anne l’une de ses deux filles, et il ne veut pas le quitter. C’est son refuge, là où il se sent en sécurité.

Mais doucement nous avançons avec Anthony vers le crépuscule de sa vie, les images s’entremêlent, s’entrechoquent dans sa tête, un peu comme dans le film où parfois nous aussi nous perdons le fil, ce fil tenu entre la réalité et le rêve.

The Father, l’histoire du film

« Quand allez-vous finir de nous emmerder… »

Cette histoire de cet homme qui perd un peu, beaucoup la tête… Semble relatif en fait, et le réalisateur nous laissera décider. Sombre-t-il dans la folie, nous manipule-t-il, ou comme dit l’un des personnages « quand allez-vous finir de nous emmerder… » La réponse viendra en son temps.

Ce temps qui est compte pour Anthony, car il semble parfois réaliser ce qu’il se passe dans son esprit. Il a des sautes de raisonnement ou de lucidité, et quand il parle, quand il le vit, on est à la frontière, ou au bord du gouffre.

Ce temps qui le marque et qu’il veut rattraper sans cesse en retrouvant sa montre. Mais en fait est ce si important de savoir quelle est l’heure, lorsque votre esprit s’enfuit…

Nous aussi spectateurs, on est trouble, nous aussi on se perd parfois avec lui, à la recherche de Lucie, d’un tableau ou de sa montre. On se perd dans les dédales de sa mémoire et peu à peu on s’interroge dans ce que l’on voit, sur ce que l’on entend, sur ce que l’on perçoit. Il semblerait que l’on revienne constamment en arrière en revivant ces bribes de vie. C’est volontaire, le metteur en scène veut nous perdre, nous égarer, comme l’esprit d’Anthony se perd au fil du film.

Alors sans cesse, il recule dans les moments de ses journées, il se rejoue les passages que sa mémoire retranscris à sa manière, il recrée son histoire.

Une manière différente à chaque fois. Une fois, c’est l’une, une fois c’est une autre. Les prénoms se mélangent, les visages changent, et Anthony comme nous, sommes perdus… Seul le poulet est toujours le même et cuisiné !

Cet éternel retour, c’est le manège de sa vie constamment reconstruit comme un puzzle indéfini.

Gestes ou situations du quotidien sans cesse répétés, rejoués, et qui nous entraînent dans sa douce folie… Danseur de claquettes, ou travaillant dans un cirque, c’est le monde Anthony.

Un monde où il voit cet enfant joue avec un sac en plastique, qu’il mettra à un moment du film dans sa poche. Ou quand il rêve que sa fille Anne lui caresse le visage, et essaie de l’étrangler… Troublante scène onirique qui nous laisse interrogateur.

Fracassé comme cette statue figée

Mais il n’y a peu d’espoir, quand on voit cette statue immense d’un visage fracassé sur le parvis de la Maison médicale ou désormais Anthony vit, on comprend que son raisonnement et sa mémoire ne reviendront jamais… Fracassé comme cette statue figée.

Et à ce moment de The Father, on perçoit qu’il ne reviendra pas. Troublantes similitudes entre le couloir de la Maison médicale tapissés de cadres et le couloir de sa mémoire de l’appartement, elle aussi parsemés de tableaux… Ou quand il ouvre les portes du placard, et ou il se retrouve à l’aune de sa vie…

Moment émouvant d’Anthony qui parle de sa fille, de sa maman, et qui se rend compte de l’état fragile et de la dégénérescence de sa mémoire, s’effondrant en larmes devant son infirmière…

Nous sommes arrivés avec lui au bout de son voyage… Les arbres perdent leurs feuilles chaque hiver, mais refleurissent chaque saison, comme le renouveau de la vie.

Anthony, lui aussi est comme un arbre qui perd ses feuilles, mais elles ne reviendront jamais, comme les lambeaux de ses souvenirs fracassés… Qui le hanteront à jamais.

Auteur : Joseph Lustro
Date : 8 juin 2021

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