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Projection sur Grand Écran : F… comme Fairbanks

Miou-Miou et Patrick Dewaere se retrouvent, juste après leur séparation, le temps d’un film qui va asseoir l’énorme talent de l’acteur. Film poétique de Maurice Dugowson, F… comme Fairbanks dépeint une jeunesse qui sans arrêt se cogne à la réalité de la crise économique qui s’aggrave depuis 1975. Ce sera le moment pour Patrick Dewaere de montrer l’amplitude de sa capacité de jeu.

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Le film F… comme Fairbanks du réalisateur Maurice Dugowson met en scène un Patrick Dewaere formidablement vulnérable, porte-voix d’une génération touchée par le chômage et la crise économique, qui n’a plus d’espoir devant elle.

F… comme Fairbanks, les années 80

Nous remontons un peu le temps… Nous sommes dans les années 1980, où règnent sur le cinéma français deux jeunes acteurs, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere, qui vont se partager les meilleurs rôles de cette époque.

f comme fairbanks film 1976Nous sortions des décennies précédentes, où la Nouvelle Vague avait envahi nos écrans avec les films de Jean-Luc Godard, François Truffaut, Claude Chabrol et autres … Un cinéma rebelle, indépendant et novateur. Patrick Dewaere et Gérard Depardieu en sont les enfants. Maurice Dugowson signe là son deuxième film après « Lily aime-moi », déjà avec Patrick Dewaere.

Le visuel de l’affiche plante tout de suite l’ambiance et le ton du film, de longues tours d’immeuble, représentant la physionomie des quartiers de l’époque, où plane l’ombre chapeauté de Patrick Dewaere, affublé de son chapeau, et inspiré par l’intrépide acteur américain des années 30, Douglas Fairbanks Sr. Le créateur de cette affiche, Jean Michel Folon, mélange une certaine poésie à une inquiétude latente…

F…comme Fairbanks date de 1976 mais c’est un film intemporel, où l’on parle d’amour, de désillusions et de rêves. Ce film aurait pu se dérouler de nos jours, tant la crise sociale et économique est présente encore de nos jours, et Patrick Dewaere incarne à la perfection cette jeunesse rebelle, indépendante et imprévisible. Le mythe est en marche…

Synopsis de F… comme Fairbanks

André, joué par Patrick Dewaere, surnommé « Fairbanks » par son père qui est projectionniste, est un ingénieur chimiste, sans emploi, seul et paumé. Il rencontre Marie, une comédienne débutante, dont il tombe amoureux. André rêve déjà de l’emporter par delà les mers, sur un tapis volant, tel Douglas Fairbanks enlevant Mary Pickford. Il rencontre Étienne Lambert, l’excellent Michel Piccoli, une connaissance qui va essayer de l’aider… Mais André se retrouve au chômage et, nourri de rêves et d’idéaux, il perd les pédales peu à peu au contact de la réalité. Pourtant ils s’aiment avec Marie, mais plus le temps passe, plus le moral d’André baisse et il s’enferme dans sa douce folie…

Maurice Dugowson et Patrick Dewaere

Maurice Dugowson (à gauche) et Patrick Dewaere (à droite).

Un rôle à la mesure du talent naissant de Patrick Dewaere

Ce film est le prélude de ce que sera la carrière de Patrick Dewaere, déjà inoubliable dans « Les valseuses », mais là ou il partageait l’affiche avec Depardieu, dans « F…comme Fairbanks », il est seul et éclabousse de son talent l’écran, il porte sur ses épaules toute la magie de ce « petit film », et les scènes ou il pète les plombs, comme on dit, en dit long sur l’acteur qu’il va devenir en quelques années, avant son suicide.
Il réussit à être Errol Flynn, James Cagney et Clark Gable tout en restant lui-même, c’est-à-dire un fabuleux acteur. Jean de Baroncelli du journal Le Monde le trouve « costaud et vulnérable, drôle et pathétique, Patrick Dewaere incarne avec une remarquable aisance Fairbanks-le-cascadeur et Fairbanks-le-paumé »

patick dewaereIl passe de la joie à la tristesse, de la fantaisie au chagrin, de la décontraction à l’angoisse avec un talent fou… D’autant plus que la réalité dépasse la fiction. Il vivait alors une passion amoureuse très forte avec Miou-Miou qui se sépare de lui juste avant le film. Une scène très forte du film résume à elle seule, ce qu’est Patrick Dewaere… Alors que Marie se trouve sur scène, André débarque en pleine pièce et tente d’emmener Marie de force avec lui, mais celle-ci parvient à se réfugier dans sa loge. Le jeune homme, en pleine crise, tente de pénétrer de force dans la loge en hurlant avant d’être maîtrisé, et se taper la tête au décor. Blessé, André est emmené en ambulance. Pour cette scène, il demande au réalisateur de ne faire qu’une seule prise, tant l’intensité qu’il va donner sera forte. En effet quand on la revoit, Patrick ne joue pas, il est cet homme éperdu d’amour pour Miou-Miou, il est comme dans la vie.

L’acteur déclare à Dugowson : « Je vais tout donner… Arrange-toi pour qu’il n’y ait personne sur mon passage ». Lors de la scène, il hurle et se précipite à plusieurs reprises, la tête en avant contre une cloison, sans qu’il soit possible d’être doublé par un cascadeur.

F… comme Fairbanks : hommage au cinéma américain

patric dewaere chapeauSuperbe hommage au cinéma, plus particulièrement à l’âge d’or du cinéma américain des années 30, et dire que même s’il s’en défend, disant de Fairbanks qu’il est un héros, alors que lui au fond est un petit acteur… Patrick Dewaere est Fairbanks, virevoltant, intrépide, et séducteur. Il dira un temps qu’il s’est fait pousser la moustache pour être plus viril, mais quand on le voit avec ce chapeau, il est irrésistible.

Maurice Dugowson essaie de capter la France des années 80, la crise guette et la précarité pointe son nez déjà. Le réalisateur pense tout d’abord à un film de cape et d’épée puis il travaille sur un autre scénario abordant les problèmes de vie quotidienne comme le chômage sur fond d’aventures, et pense à Patrick Dewaere… qui au départ hésite pour ce rôle qui trouve trop négatif. Dans son film pèse le désarroi et la désillusion face à ces fléaux, mais malgré le ton du film et de ses propos, cela reste un film gai, et souvent drôlatique… Scènes où Dewaere joue le pirate avec son turban bleu autour de la tête et qui se retrouve en slip devant les trois femmes mortes de rire, où la scène du cheval, et quand il chante à gorge déployée dans la décapotable. C’est tout simplement excellent.

Le tapis volant

La fin du film est poétique, onirique… Dans son délire les portes de l’ambulance s’ouvrent et André s’imagine avec Marie survoler Paris sur un tapis volant comme Douglas Fairbanks. Il y a beaucoup de poésie dans cette fin, André semble enfin heureux avec sa bien-aimée, cela donne une fin moins sombre au film, car l’amour nous sauve du pire de nous même, et je pense que Patrick Dewaere dans cette scène ultime, pensait vraiment se sauver avec son amour perdu…

tapis volant f comme fairbanksÀ sa sortie, « F… comme Fairbanks » connaît de bonnes critiques de la presse, qui salue notamment la prestation de Patrick Dewaere mais connaît un succès mitigé au box office. Pourtant ce film est un véritable chef d’œuvre sur un personnage en décalage avec son époque et un Patrick Dewaere gigantesque et d’une très grande fragilité.

A travers ce film, j’ai voulu rendre hommage à Patrick Dewaere, qui inspirera toute la nouvelle génération d’acteurs.

Une étoile a rejoint le ciel, et elle continue à briller longtemps dans nos mémoires cinéphiles… On aurait tant aimé le sauver notre Fairbanks…

Photo à la une : Patrick Dewaere et Miou-Miou.

Les tags

Cinéma
Auteur : Joseph Lustro
Date : 6 janvier 2021

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