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Opéra de Monte-Carlo : Jean-Louis Grinda met en scène « Lucia di Lammermoor »

Opéra de Monte-Carlo : Interview de Jean-Louis Grinda – Metteur en Scène de la production de Lucia de Lammermoor (Donizetti)
Du 17 au 22 novembre au Grimaldi Forum.

L’Opéra de Monte-Carlo, un ambassadeur culturel au-delà de la Principauté de Monaco.

Lucia di Lammermoor, une figure à la « George Sand »

Qu’évoque pour vous cet oeuvre qui parle peut-être un petit peu d’un mouvement féministe à travers l’époque du compositeur ?
C’est une jolie façon d’aborder le sujet, je trouve, parce que c’est un peu comme ça que je l’ai abordé d’ailleurs dans la mise en scène, plutôt dans le costume.
La première apparition de Lucia, dans la deuxième scène du premier acte, elle est habillée en George Sand, c’est à dire en homme. Pourquoi j’ai voulu qu’elle soit habillée en homme et que je l’ai suggéré au costumier, Jorge Jara, parce que je ne voulais pas voir une figure classique éthérée, de la jeune fille amoureuse, un peu vacillante, déjà un peu folle … Je ne voulais pas trop la fragilisée pour que la chute soit plus brutale, après. Ce parti pris a été motivé d’autant plus par le rapport qu’elle a avec son frère Enrico, le baryton, car je les imaginés comme des frères jumeaux. Quand ils discutent ensuite ensemble, ils discutent d’égal à égal. C’est à dire qu’elle lui tient tête. Ce qu’une femme, théoriquement, ne faisait pas à ce moment là . Elle lui tient d’autant mieux tête, qu’elle est habillée comme lui. C’est quelque chose de visuel, que l’on comprend ou que l’on ressent, mais elle n’a pas peur de lui. Vous savez, c’est un frère et une soeur, « tu n’as rien à m’ordonner ». C’est ce féminisme là qui est mis en avant effectivement. Et finalement, elle va céder pour l’honneur du nom et pour la vie de son frère. Elle ne cédera que lorsque son frère va lui dire : « si tu n’épouses pas celui que j’ai choisi et qui va renforcer notre famille, je suis mort ». Donc elle ne peut pas admettre de tuer par sa faute son frère.
C’est l’argument fatal . Et pour la faire céder, à sa grande honte personnelle, il va utiliser un faux argument, qui est une fausse lettre, que l’on aura rédigée pour lui, pour la convaincre de l’infidélité de l’amour de sa vie.

J’aime bien le rapport avec l’artiste et le personnage de Lucia. Lorsque j’avais créé cette production à Tokyo, c’était également Olga Peretyatko qui jouait Lucia. Elle inspire autre chose que la fragilité. Elle est forte. C’est une jeune femme belle, forte, à caractère confirmé, une prestance, une autorité et qui est peut-être capable de mille couleurs, bien évidemment. J’aimais bien avoir, au départ, une figure à la George Sand. C’est exactement ce que lui ai dit sans savoir qu’elle connaissait. Elle est russe, peut être qu’elle ne connaissait pas George Sand ! Et tout suite, cela lui a parlé. C’est une belle façon de rentrer dans l’histoire pour l’interprétation du rôle.

« Je ne supportais plus de voir ces chanteuses magnifiques qui jouaient déjà les folles dès la première scène »

Qu’est ce qui vous a amené à cela ? Quelle est votre sensibilité ?
J’ai vu beaucoup de fois Lucia. C’est l’un des opéras les plus populaires du répertoire. On le joue beaucoup en France, en Italie, dans le monde entier . Et à juste titre, c’est un chef d’oeuvre. C’est une oeuvre magnifique, du début à la fin. Mais, pour être très sincère, je ne supportais plus de voir ces chanteuses magnifiques qui jouaient déjà les folles dès la première scène, ou des jeunes filles éthérées, à qui il allait arriver quelque chose. J’avais l’impression que certaines chanteuses, pour prendre une formule empruntée au ballet, jouaient la folie de Gisèle du début à la fin. Il n’y avait pas de progression. Tout se jouait sur ce frémissement permanent, ce côté « border line », « je bascule dans la folie, est ce que je n’y suis pas déjà », etc… Ce n’est pas une interprétation qui me convient, et cela ne m’a jamais convaincu.

« Je pense que l’on ne fait jamais trop confiance aux femmes »

Et peut-être est-ce mettre la place des femmes différemment …
Oui, ça c’est ma porte naturelle presque politique, je dirais… C’est ce que je pense. Placer les femmes à légal de l’homme, ce n’est même pas une question qui doit se poser ! Je ne dis pas cela pour être politiquement correct. C’est un combat que je mène depuis des années. Dans une autre vie que je mène à l’opéra, mais dans une vie politique que j’ai en Principauté. Je suis entouré de personnes, d’hommes et de femmes entre lesquels je n’ai jamais fait la moindre différence, mais je pense que l’on ne fait jamais trop confiance aux femmes. Je pense d’ailleurs qu’elles sont bien meilleures que les hommes, mais ça, c’est très personnel !
Je ne veux exagérer dans Lucia. Je ne veux pas en faire un manifeste dans la féminité. C’est venu d’une exaspération de voir une représentation archétypale exagérée d’un rôle. je voulais en faire quelque chose un peu différent, et j’ai trouvé avec Olga Peretyatko, une interprète formidable pour ça.

J’ai remonté Lucia, avec des chanteuses tout à fait formidables, mais qui n’avaient pas cette espèce de force, de résistance à l’homme que Olga est capable de montrer, et qui rend d’autant plus sincère son amour pour cet homme, pour le ténor. Il n’y a pas d’ambiguïté. ce n’est pas une femme qui se prend pour un homme et qui aime les femmes. Non pas du tout !  On peut être fort et sensible. Beaucoup d’hommes le sont. Et en même temps, cela montre que c’étaient des gens qui étaient élevés à la campagne, en Écosse. Un pays battu par la mer, par le vent. Ce n’est pas un pays doux. C’est un pays dur, où le climat est rude. Donc quand on voit cette fille, elle a du courage. Je mettais ça en exergue. Peut-être que cela ne parlera pas au gens, mais quand même cela peut intéresser !

Le Belcanto … Du Beau Chant

Et il y a ce duo magnifique avec Ismael Jordi, où effectivement c’est à ce moment là que l’on voit cette extrême sensibilité …
Oui! La première image que l’on a d’elle, c’est de quelqu’un qui prend son destin en main, qui a le courage de quitter son château au petit matin, de retrouver son amoureux… Elle transgresse les règles en permanence. Et quand on l’obligera à ne pas faire ce qu’elle veut, elle deviendra folle. Elle basculera complètement. Et ce duo est magnifique, parce que Ismael Jordi, qui est un très beau ténor, un bel homme, a aussi cette fragilité, cette douceur dans la voix. Il n’est pas que dans l’héroïsme, il est vraiment dans le belcanto c’est à dire le beau chant. Le beau chant ce n’est pas le belcanto où on dit toujours, « ah j’aime le belcanto » sans savoir exactement ce que c’est . Le belcanto, ce n’est pas Verdi, par exemple, ni Andrea Chénier, ni Butterfly.

Le Belcanto, c’est un mouvement esthétique et extrêmement précis de l’histoire du chant du 18ème siècle jusqu’au début du 19ème. C’est le chant orné, hérité des castras, avec des pyrotechnies vocales, auxquelles il faut faire raconter quelque chose. Ce n’est pas de la pyrotechnie pour la pyrotechnie. Cela doit raconter quelques chose.
Et si vous regardez la partition de Donizetti, tout ce que l’on a fait de tradition entre guillemets, notamment dans l’air de la folie, la plupart ne sont pas écrits. Ce sont des libertés interprétatives comme un violoniste ou un pianiste ont pu avoir des libertés comme des cadences pour tel ou tel concertos.

« Quand je suis metteur en scène, j’essaie toujours de raconter une histoire, mais à ma façon »

Vous êtes metteur en scène, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo et des Chorégies d’Orange. Vous avez aussi une activité en politique. À travers toutes les mises en scènes que vous avez réalisées, comment trouvez-vous toujours cette nouvelle idée, quelque chose qui peut marquer , qui peut être différent de ce que l’on peut voir d’habitude ?
Je n’en sais rien . Je ne cherche pas à faire différemment . Le grand travail de ma vie a été de m’extraire de ce que je suis. Il ne faut pas oublier que je suis né dans un théâtre, dans une famille d’artistes. J’ai 59 ans, j’ai l’impression d’avoir 59 ans de métier. J’ai passé toute ma vie dans des théâtres et vu mes parents travailler dans le théâtre, sur scène. J’ai vu tout ce que l’on pouvait voir quand on était gamin, dans les années 60 : les opérettes, les ballets, les opéras…
Et donc, on pourrait être pris dans un espèce de traditionalisme de conformisme.
À l’époque, les spectacles se montaient assez rapidement. On venait avec la mise en scène de l’Opéra de Paris. Tout le monde se retrouvait dans le même endroit. Certains disent dans les bons numéros. On savait que dans le deuxième acte de Tosca, Scarpia doit être là, Tosca doit être là, quand Mario Carvaradossi rentre, il doit rentrer par là. On ne se posait pas de questions.

On changeait juste de lieu, finalement ?
Voilà … C’est ça. Des changements de costumes, mais même pas …C’était l’interprétation musicale qui changeait en fonction du chef et des interprètes. Aujourd’hui, on travaille différemment et c’est tant mieux. Et le travail que j’ai fait sur moi-même, c’est justement d’essayer de pas faire autre chose pour faire autre chose, mais de voir comment je pouvais avoir une légitimité à faire ce que je fais. Il y a beaucoup de metteurs en scène de grand talents, que j’invite d’ailleurs à l’Opéra de Monte-Carlo, ou aux Chorégies d’Orange ou ailleurs, qui ont des regards extrêmement différents du mien et c’est tant mieux.

Quand je suis metteur en scène, j’essaie toujours de raconter une histoire, mais à ma façon.
Je m’extrais assez peu souvent du texte, de l’histoire que l’on veut nous raconter, parce que je pense quand même que c’est fondamental, et j’essaie de montrer des facettes que je n’ai jamais vues. Je creuse un peu dans cette direction là. Il ya des ouvrages que j’ai mis en scène où par contre, je me suis complètement extrait du livret, en apportant une vision très spéciale, notamment celle de Mephistophele de Boïto, qui est une oeuvre qui appelle ça. C’était aussi le cas de Tannhaüser de Wagner, que j’ai fait ici en français, où j’ai fait une transposition, quelque chose qui ne ressemblait d’ailleurs à rien de ce que j’avais fait avant , et c’est tant mieux. Maintenant, j’essaie de faire des choses différemment de ce qui a été fait et de ce que j’ai fait moi. Il ne faut pas s’imiter.

Vous travaillez toujours avec la même équipe ?
Non pas tout le temps, bien que l’on ait des fidélités amicales avec qui je travaille en décorateur, éclairagiste, ou costumier, parce que l’on s’entend bien. Parce que l’on n’a pas besoin de trop s’expliquer les choses .
On sent … Et puis surtout, ce qui est formidable, c’est que l’on se fait confiance.
La confiance, c’est le maître mot.
Quelqu’un peut venir avec une très bonne idée, qui va déterminer tout le spectacle. Elle peut venir du décorateur, du costumier parfois, sur un dessin qui vous envoie dans une direction, ça peut venir de moi, par hasard ! C’est un travail très intéressant. Vraiment, c’est un travail passionnant, que je ne regrette pas d’avoir aborder dans la deuxième partie de ma vie professionnelle.

« Nous avons tous un devoir de mémoire »

Cette passion que vous avez et dont vous en parlez si bien, vous en faîtes en quelque sorte un ambassadeur de la Principauté de Monaco, notamment cette nouvelle volonté que vous avez mis en place, c’est-à-dire de filmer, de capter, d’enregistrer de manière audiovisuelle toutes vos productions,  et on l’a vu à travers la conférence de presse. Cette volonté de pouvoir exporter l’opéra au delà de ses frontières,  de manière virtuelle ?
Oui, il y a deux choses dans cette démarche, trois choses je dirais :
La première chose qui est le libre mot de ma vie, c’est la liberté .
C’est-à-dire ne pas compter sur les autres pour faire ce qu’on veut faire, et se donner les moyens de cette liberté. J’ai décidé de ne plus forcément attendre qu’une chaîne de télévision veuille bien s’intéresser à tel ou tel spectacle pour qu’il soit capté. La deuxième raison, c’est que je crois que nous avons tous un devoir de mémoire. Moi j’ai appris de mes parents, de mes grands-parents, de mes arrières grands-parents, des choses sur mon métier qui ont été dites oralement. J’ai lu également beaucoup. Mais il y a beaucoup d’éléments qui manquent. On voit des photos, mais on ne voit pas ce qu’était le mouvement, comment ça chantait.

Et donc je crois qu’un théâtre doit garder la mémoire de ce qu’il fait.  Une grande maison d’opéra de grandes traditions de création, comme l’Opéra de Monte-Carlo,  encore plus peut-être. Nous allons donc filmer systématiquement toutes nos nouvelles productions ou les reprises importantes : la première , c’était Falstaff, l’année dernière. Cette année, il y aura Lucia, il y aura un peu plus tard une production de La Bohème, un peu plus tard,  j’espère encore une autre. Et tout en ayant ce devoir de mémoire, pour la maison, pour la Principauté, de garder la trace de ce que l’on a fait, aujourd’hui on voit bien avec les moyens techniques qui sont les notre, on peut partager ça très facilement avec le plus grand nombre, par le biais de Facebook, par le biais d’une chaîne Youtube, par le biais d’un tas de choses. On n’est pas contraint de passer par une chaîne de télévision.

C’est ce qui me semble le plus important et qui donne également cette liberté parce qu’on a la liberté de choisir avec qui on travaille. On n’est pas prisonnier de tel ou tel esthétisme, ou telle ou telle volonté de montrer ceci ou pas cela. On peut montrer vraiment ce que le théâtre a envie qu’il soit vu du spectacle qu’il présente. C’est plus important qu’on peut le croire ça. On met ça sur pied. On le fait un peu tard à mon avis. J’aurais dû avoir ce courage là avant, et ces moyens là avant, mais bon c’est comme ça.

« Les arts vivants sont des vecteurs culturels très importants pour la Principauté de Monaco »

Et c’est vrai que ce que l’on fait là, est un investissement. Il faut trouver les moyens de le faire. Et alors, contrairement à une légende à laquelle je souhaiterai tordre  le cou…
On se voit ici dans cette jolie rotonde de la Salle Garnier, du Casino de Monte-Carlo, plus exactement… On se voit là donc dans des locaux privés qui appartiennent à la Société des Bains de Mer. Et bien on croit qu’ici à Monaco, on claque des doigts, et des millions d’euros tombent comme ça. Mais ce n’est absolument pas vrai ! Il y a un budget que l’on doit respecter, et que si l’on ne respecte pas, on a des problèmes !

C’est comme partout ailleurs ! On ne peut pas, parce que l’on est l’Opéra de Monte-Carlo, que tout d’un coup, on va vous dire « oui mais bien-sûr, amusez-vous, tenez, voilà un chèque en blanc ! Tenez, Faîtes comme vous voulez ! » Non pas du tout ! Les choses sont tenues avec beaucoup de rigueur par le Gouvernement, par le Conseiller Ministre qui est notre référent. Ça se passe de façon très rigoureuse.  Mais au sein de cette rigueur, il y a au – dessus, la volonté de la Principauté, de considérer que les arts, et notamment les arts vivants, (l’opéra, la musique, la danse)  sont des vecteurs culturels très importants pour la Principauté de Monaco. On est un petit pays. On ne va pas aller conquérir les territoires extérieurs avec notre armée, il n’y en a pas! Donc nous, c’est le Soft Power, c’est l’expression de l’état monégasque pour la défense de l’environnement, et c’est également la présence sur tous les continents de nos spectacles.

L’Opéra de Monte-Carlo, un ambassadeur de la Principauté de Monaco par la culture, sur un rayonnement international

Nous sommes des ambassadeurs. Les ballets le font depuis très longtemps, l’Opéra de Monte-Carlo, l’Orchestre, les Musiciens du Prince avec Cécilia Bartoli qui sont une émanation 100% Opéra de Monte-Carlo, et qui nous servent d’ambassadeurs dans le monde entier.
Si l’on devait chiffrer le nombre d’articles qu’il y a dans tous les journaux du monde entier, sur toutes les productions culturelles de la Principauté de Monaco. Vous pouvez additionner le budgets des quatre entités réunies, il faudrait multiplier encore par dix ! Pour avoir le même résultat en terme de notoriété et de connaissance du nom de la Principauté. C’est un calcul très intelligent que de miser sur l’art, la beauté, comme d’autres misent sur le sport. Tout cela appartient à une volonté générale de présence, j’espère, d’excellence.

Un trophée de rayonnement international de la Principauté de Monaco, remis par le « Monaco Économic Board »

Vous avez reçu le trophée de rayonnement international de la Principauté de Monaco, par le « Monaco Économic Board ». Une première, une innovation de ce Club d’Entreprises … Est-ce une reconnaissance ?
Je trouve formidable… J’y suis très sensible. C’est une belle reconnaissance pour l’Opéra de Monte-Carlo d’avoir eu ce prix.
Le « Monaco Économic Board » est une chose extrêmement sérieuse et ambitieuse, puisqu’elle fédère toutes les entreprises de la Principauté, et les porte dans le monde entier pour trouver des nouveaux marchés, ou pour faire venir des investisseurs ici, qui ont des conditions pour s’installer, assez favorables. Ils ont choisi d’orienter maintenant, leur trophée annuel, comme cela se fait dans beaucoup d’endroits, en y intégrant le monde culturel, et en comprenant que la Culture, c’est de l’emploi, c’est du travail, et c’est utile. Parce que c’est vrai que lorsque l’Opéra de Monte-Carlo, les Ballets ou l’Orchestre, nous sommes présents à Santiago du Chili, à San Francisco, à Shanghaï, à Tokyo, à Séoul, en Espagne, en Angleterre, en Belgique ou en Autriche avec les Musiciens du Prince. On peut s’en servir comme un instrument pour inviter des gens, des ambassadeurs, des consuls, des hommes d’affaires, et faire une première approche de ce que pourrait être le travail ensemble.
Nous sommes pleinement dans notre rôle d’ambassadeur culturel, et en même temps, quelque part, un petit peu économique.

Je n’aurai jamais imaginé recevoir un prix comme celui que l’on m’a remis hier soir. C’était un peu improbable, et cela montre bien à quel point on a su prouver que nous étions utiles, non pas parce que nous faisions de l’art, mais que l’on pouvait être un vecteur de croissance et de notoriété. C’est très important.
C’est ce que l’on appelle le Soft Power, ce que les américains on fait depuis bien longtemps, (sans le dire trop fort!). Je trouve cela agréable et formidable. J’en suis très reconnaissant. Étant monégasque, cela me touche encore plus, parce que j’ai travaillé pour mon Pays.

Depuis janvier 2019, l’Opéra de Monte-Carlo, c’est 9 productions et 80 représentations

On n’a jamais fait dans l’Histoire de l’Opéra, de présence en extérieur, où moi-même, j’ai fait 9 productions entre janvier et fin novembre. (2 à Monaco et les 7 autres à l’extérieur). Ce sont des productions de l’Opéra de Monte-Carlo, des nouvelles productions, des co-productions, ce qui fait que les choses bougent.
Je dis toujours que l’Opéra de Monte-Carlo, c’est trois saisons :

  • Celle à l’Opéra de Monte-Carlo.
  • Les Musiciens du Prince et Cécilia Bartoli, qui sont en tournée pendant 5 mois de l’année et qui participent le 6ème mois au Festival de Salzbourg, qui est quand même le plus grand festival du Monde. Un orchestre aujourd’hui d’un niveau artistique exceptionnel.
  • Les productions de l’Opéra de Monte-Carlo, les décors, les costumes, ce que nous avons construit ici ou en co-production avec les théâtres, qui tournent dans le monde entier. Nous étions à San Francisco tout le mois d’août pour Roméo et Juliette, puis une nouvelle production de la Bohème à Oman fin septembre, puis Lucia, puis Guillaume Tell aux Chorégies d’Orange…

« Savoir jusqu’où il faut aller trop loin »

D’où vient cette énergie ?
Je suis porté par une vraie passion. La passion de mon métier, de créer, de faire, de ne pas me contenter de ce que j’ai.
J’ai toujours dit depuis très longtemps … j’avais fait mienne cette citation : « Mon métier, c’est de savoir jusqu’où il faut aller trop loin »

On n’est pas là pour rester dans nos limites. Il faut dépasser nos limites. Ce que je fais à l’Opéra de Monte-Carlo, je crois que c’est ce que j’ai fait dans les théâtres que j’ai dirigés auparavant, à la mesure des théâtres dans laquelle j’étais, bien évidemment . Mais lorsque j’étais directeur de l’Opéra Royal de Wallonie, qui est un grand théâtre, une grosse maison avec près de 300 personnes permanentes, avec un budget conséquent mais des difficultés très importantes comme tous les théâtres en général, et bien, nous n’avons pas joué moins, mais plus. Nous avons joué différemment : créés, co-produits énormément.

On ne fait pas cela tout seul. Il faut beaucoup de gens autour de vous. Moi tout seul, je ne sers à rien. Je suis l’impulsion, l’idée, et parfois les idées viennent des autres. Il faut savoir fédérer autour de soi une équipe qui a envie de partager ce genre d’aventure.

Il faut bien se dire une chose, c’est que l’on est là pour un moment donné. On doit donner le meilleur de soi-même pour un temps donné. Après, il faut passer le relais à quelqu’un d’autre. Je crois qu’il ne faut pas s’accrocher comme une arapède sur son rocher trop longtemps. Il faut savoir dire aussi : « Voilà, j’ai fait mon travail ». Il faudra que quelqu’un prenne le relais. Il ne faut pas avoir peur de ça.

Localisation : Monte Carlo
Date : 16 novembre 2019

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