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Marcello Mastroianni, un acteur, un homme, une icône

Marcello Mastroianni, acteur italien incontournable, a commencé sa carrière en 1948 en jouant dans « Les Misérables » de Riccardo Freda, liant alors à tout jamais l’artiste à la France. Star incontestée, protagoniste de la véritable dolce vita italienne, ami de Luchino Visconti et de Federico Fellini, partenaire au cinéma de Sophia Loren, l’acteur a interprété mille existences dans plus de 140 films. Retour sur la carrière d’une légende de cinéma.

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Quand Anita Ekberg invite Marcello Mastroianni à la rejoindre dans l’eau de la fontaine de Trevi, à Rome, scène culte du film « La Dolce Vita », chef d’œuvre de Federico Fellini, un frisson étreint le spectateur. Un prénom, un seul et désormais, la terre aura a pour lui les yeux d’Anita.

Véritable légende du cinéma, Marcello Mastroianni ne peut mourir

Il est « Marcello » à tout jamais. Mais saviez-vous que sa carrière cinématographique a débuté avec « Les Misérables » ou « L’évadé du bagne » (I Miserabili), un film italien sorti en 1948 et réalisé par Riccardo Freda ? Via Victor Hugo, le destin, déjà, liait Marcello Mastroianni à la France.

« J’existe seulement quand je tourne un film » Marcello Mastroianni

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I miserabili, Riccardo Freda (1948)

Disait Marcello Mastroianni qui a dédié sa vie au cinéma. Star incontesté, nostalgique et sensible, protagoniste de la véritable Dolce Vita italienne, ami de Luchino Visconti et Federico Fellini, partenaire au cinéma de Sophia Loren, l’acteur a interprété mille existences dans ses nombreux films, vivant, aussi bien sur le set qu’en amour, les vies de mari, de père et d’amant.

L’Amour comme protagoniste

Une bonne dose de confidentialité ou une timidité innée ont toujours gardé Marcello Mastroianni à l’écart de tous les stéréotypes, mais ils ne l’ont pas empêché de vivre une relation vivante et turbulente avec l’autre sexe, avec l’amour comme protagoniste de toute sa vie, celui officiel qui l’a lié jusqu’au bout à sa femme Flora Carabella – dont il n’a jamais voulu divorcer – le jeune amour avec sa future collègue Silvana Mangano, née dans les années du Centre de théâtre universitaire, ou les amours passionnés nés sur le plateau avec la belle Faye Dunaway et Catherine Deneuve, l’amour platonique et presque fraternel avec Sophia Loren, partenaire de 12 films, et enfin l’amour de la maturité avec sa partenaire Anna Maria Tatò, qui était à ses côtés dans sa maladie et au moment des adieux, le 19 décembre 1996.

« Je ne suis pas un latin-lover » Marcello Mastroianni

Après tout, comme il l’a lui-même admis, l’amour des femmes a toujours été une constante dans sa vie, depuis l’enfance : « Je suis tombée amoureux pour la première fois à l’âge de 12 ans, elle s’appelait Silvana. Je l’ai rencontrée dans les jardins, je l’ai accompagnée chez elle et à la porte de la maison il y avait le rite du baiser. Depuis, chez mes femmes, j’ai toujours recherché « cette » Silvana et l’acte sexuel pour moi a toujours été le prolongement de ce baiser. Mais je ne suis pas un latin-lover. »

Marcello Mastroianni, c’est plus de 140 films

Marcello Vincenzo Domenico Mastroianni est né à Fontana Liri dans la province de Frosinone le 27 septembre 1924. Peu de temps après sa naissance, ses parents (un menuisier et une femme au foyer) déménagent à Turin puis à Rome, le père n’obtenant pas de travail à cause de son engagement antifasciste. Marcello trouve un travail en qualité de comptable, s’inscrit à la faculté d’Économie et de Commerce, avec l’espoir de devenir architecte. Pour accéder à son rêve, il change de métier et devient dessinateur tout en s’approchant du théâtre et en fréquentant le Centre théâtral universitaire. Il y rencontre Giulietta Masina qu’il présentera plus tard à Federico Fellini avec lequel il forme un partenariat artistique et humain extraordinaire.

Il débute au théâtre avec la compagnie théâtrale Besozzi-Pola-Scandurra-Cei, qu’il quitte par la suite pour entrer dans celle de Luchino Visconti. En 1948, il est en scène avec « Un tramway nommé Désir » et s’affirme en peu de temps comme l’un des acteurs les plus doués de sa génération. Il débute réellement sur le grand écran avec « I Miserabili » de Riccardo Freda. Il interprète plus de 140 films dans sa carrière, se révélant un interprète sublime dans les registres les plus divers : de la comédie sentimentale au drame, de la satire au film historique jusqu’au grotesque et au surréel. En 1962, il est défini par le Time comme « la star étrangère la plus connue aux États-Unis ». Il est indéniablement l’un des acteurs les plus connus au monde.

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Une journée particulière, Ettore Scola (1977)

La rencontre de Catherine Deneuve et Marcello Mastroianni

En 1971, Marcello Mastroianni rencontre l’actrice française Catherine Deneuve à Paris. Ils vivent ensemble jusqu’en 1974 et de leur union nait une fille, Chiara Mastroianni. La metteuse en scène italienne Anna Maria Tatò est sa dernière longue relation. Malgré l’énorme succès cinématographique, Marcello n’abandonne pas complètement le théâtre. Il y retourne pour une comédie musicale « Ciao Rudy » en 1966. En 1985, il est dirigé par Peter Brook à Paris et dix ans plus tard, part en tournée à travers l’Italie dans plusieurs théâtres avec « Le ultime lune » (Les dernières lunes) une comédie de Furio Bordon sur la vieillesse, avec laquelle il recueille ses derniers succès avant de mourir. L’acteur a reçu de nombreux prix en Italie et à l’étranger, de nombreuses nominations aux Oscars et aux Golden Globes et un Lion d’Or à la carrière en 1990. Marcello Mastroianni s’éteint le 19 décembre 1996, dans sa maison de Paris, victime d’une tumeur au pancréas. Sa dépouille repose dans « sa » Rome, au cimetière du Verano.

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Une journée particulière, Ettore Scola (1977)

« Une journée particulière »: Sophia Loren Marcello Mastroianni

Un chef d’œuvre d’Ettore Scola

« On finit toujours par s’adapter à la mentalité des autres, même quand elle est fausse ».

Une séquence d’images d’archives en noir et blanc de l’arrivée d’Hitler à Rome le 6 mai 1938. Nous sommes au milieu de la période fasciste. Puis, l’image claire d’un drapeau noir avec une croix gammée géante nous jette dans un autre monde visuel, un monde fermé et privé, dont le symbole fasciste est doublé métaphoriquement par la cour intérieure entourée de grands immeubles populaires pris de bas en haut, transmettant un sentiment d’étouffement, de fermeture et de soumission, métaphore du climat obscurantiste de l’époque.

Il est presque 6 heures du matin, la caméra entre dans l’appartement d’Antonietta (Sophia Loren) qui se prépare à allumer les lumières et à réveiller son mari et ses enfants qui devront se préparer à la parade fasciste. La journée a commencé. La photographie de Pasqualino De Santis, aux couleurs ternes, presque sépia, rend l’humeur d’Antonietta, la monotonie de sa vie d’épouse et mère de six enfants, le fade de son quotidien, mais aussi et surtout les couleurs sombres d’une époque, d’une période de l’histoire de l’Italie.

Le perroquet d’Antonietta s’échappe de la cage et vole près de l’appartement d’un homme solitaire, Gabriele (Marcello Mastroianni). De cette façon, les deux apprennent à se connaître. Deux personnages, deux modes de vie, deux modes de pensée complètement opposés. Une femme dévouée au parti, mais « ignorante et obtuse », comme la définit Gabriele, et un animateur radio licencié qui paie la taxe de célibataire, avec sa propre pensée individuelle et qui à un moment dit avec amertume « on finit toujours par s’adapter à la mentalité des autres, même quand elle est fausse ».

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Une journée particulière, Ettore Scola (1977)

Un microcosme intime et caché

Ce que l’on nous montre pendant presque toute la durée du film est un microcosme claustrophobe, caractérisé par le silence des intérieurs des appartements des deux protagonistes, constamment interrompu par le bourdonnement de fond des orateurs de la manifestation fasciste qui ponctue le film dans la bande-son nous rappelant son omniprésence, même si on ne la voit jamais. Un film fait d’opposés : un homme et une femme, deux appartements se faisant face, des idées et des sentiments divergents, mais unis par une vie insatisfaite et subordonnée. Ce microcosme intime et caché, fait de regards, de gestes, de dialogues, de vies différentes mais pas si lointaines, caractérise le cœur du film, alors que tous les autres personnages sont éclipsés, tout en restant présents du point de vue sonore, créant à leur tour une série de dualités esthétiques-idéologiques : foule-individus, peuple-marginalisé, manifestant-caché, bruit-silence, son-visuel…

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Ettore Scola (1983) © Rob Bogaerts / Anefo

La famille est rentrée à la maison, la caméra entre de nouveau dans l’appartement d’Antonietta, mais maintenant c’est la nuit, le jour est arrivé à sa fin, son jour particulier, qui l’a rendue plus consciente. Et elle revient aux gestes quotidiens habituels, éteint toutes les lumières et se couche. L’obscurité totale tombe et le générique de clôture apparaît en noir.

Ettore Scola, un géant du cinéma

Décédé le 19 janvier à l’âge de 84 ans, Ettore Scola était l’un des plus grands maîtres de l’histoire du cinéma italien et une figure importante de la scène cinématographique internationale. Parmi les films qu’il a écrits et réalisés, on se souvient de : « Nous nous sommes tant aimés » (1974), « Une journée particulière » (1977), « La terrasse » (1980), « La famille » (1987). Son dernier film, « Quel étrange nom Federico », hommage à Federico Fellini, a été présenté au Festival du film de Venise 2013.

Son cinéma a représenté la grande histoire de l’Italie à travers les petits événements et les aventures de ses protagonistes, interprétés par d’immenses acteurs : Marcello Mastroianni, Vittorio Gassman, Nino Manfredi, Sophia Loren , Massimo Troisi, Ugo Tognazzi, Stefania Sandrelli.

Marcello Mastroianni et Federico Fellini, collaborateurs, amis, alter-égos

« Je suis vraiment heureux d’être devenu son ami, j’ai un nouvel ami. Et je me reconnais si profondément en lui, dans ce genre d’opération magique, que parfois, en me regardant dans le miroir, j’ai la sensation de voir son visage. » Federico Fellini

La relation et la forte amitié entre Marcello Mastroianni et Federico Fellini n’a pas seulement eu une influence positive sur leur carrière mais également dans leurs films. Leur première rencontre se fait avec « La dolce vita ». Mastroianni ne connaissait pas directement Fellini et il est convoqué à la villa de Fregene pour parler du film. Poliment, l’acteur demande s’il est possible de lire le scénario, ne serait-ce qu’une page. En réponse, le scénariste Ennio Flaiano, lui remet une feuille : c’est un dessin. Il existe plusieurs descriptions du dessin, certains disent qu’il s’agissait d’une caricature de l’acteur, nu, immergé dans l’eau de mer jusqu’à sa poitrine, avec un membre périscope qui s’élevait au-dessus de la surface, scrutant l’horizon. D’autres sources, cependant, affirment que le dessin montrait un homme, qui nageait paresseusement parmi les sirènes et les créatures marines. Marcello rit aux éclats : il a appris sa première importante leçon sur la collaboration avec le réalisateur : il ne faut jamais rien demander.

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Marcello Mastroianni et Federico Fellini.

Et c’est exactement ainsi qu’il a abordé le tournage de ce film qui est entré dans l’histoire et qui a contribué à inventer l’adjectif fellinien. L’acteur lui-même a raconté dans une interview le sentiment avec lequel il a vécu la réalisation :

« Mais, je l’ai vécue « la dolce vita », je l’ai vécue pendant la réalisation du film, oui, parce que je ne pensais pas que j’allais travailler, j’ai en fait vécu environ six mois d’abandon total, de bonheur total. (…) La dolce vita était pleine de choses, je m’y vautrais comme si j’étais vraiment un de ces héros imaginés par Fellini ou observés par Fellini puis ramenés à l’écran. » Marcello Mastroianni

Si Federico Fellini et Marcello Mastroianni se sont connus avec « La Dolce Vita » et s’ils ont découverts qu’ils étaient des âmes sœurs, parfaites pour travailler ensemble, leurs rapports ont atteint par la suite un autre niveau. De simple ami, Mastroianni devient l’alter-ego de Fellini et imite à la perfection les humeurs et les manières du réalisateur. L’acteur lui-même a déclaré dans une interview que les longs trajets en voiture ont contribué à ce que son interprétation soit aussi vraie que possible. Federico Fellini lui-même l’a commenté de cette façon : « Je suis vraiment heureux d’être devenu son ami, j’ai un nouvel ami. Et je me reconnais si profondément en lui, dans ce genre d’opération magique, que parfois, en me regardant dans le miroir, j’ai la sensation de voir son visage. »

Date : 14 mars 2021

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