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Juan Carmona guitariste flamenco, qui rassemble les peuples

Juan Carmona était l’invité soliste de l’Orchestre Régional Avignon Provence, ce vendredi 24 janvier .
Guitariste flamenco, ce quatrième concert symphonique sera autour de l’Espagne . Vivà Espana !

Nous l’avons rencontré quelque peu avant ses répétitions avec les musiciens.
Le programme était, comme vous l’avez compris, autour de la culture musicale espagnole, et bien évidemment le flamenco !
Il y interprétait, accompagné des musiciens de l’orchestre d’Avignon, une symphonie flamenca, composée par lui-même.

Histoire passionnante d’un autodidacte, tombé amoureux de la guitare dès son enfance, qui aujourd’hui, parcourt le monde entier et réunit les peuples.

Interview avec Juan Carmona, guitare à la main

Projecteur TV : Qu’est – ce qu’une sinfonia flamenca ?
Juan Carmona : Si on suit vraiment le sens de symphonie, on ne peut pas appeler ça une symphonie. Une symphonie a un ordre précis. C’est très codifié.
Ce serait presque plutôt une rhapsodie.
Le flamenco au départ est une tradition orale. J’ai appris la guitare, en tradition orale, c’est à dire en regardant les autres. Notamment la famille, un oncle qui jouait. J’avais sept ans.
Pendant les périodes de Noël, nous les gitans, on se réunit avec la guitare, le chant, et la danse. C’est à ce moment là que j’ai rencontré mon oncle. J’avais 7 ans  et j’ai vu cet instrument pour la première fois. Je suis complètement tombé amoureux, et j’ai dit à ma mère : je veux faire ça !

J’ai appris en regardant, en essayant de piquer des positions d’accords. Regarder comment il pose la main droite pour essayer de vite rentrer à la maison, et d’essayer de retrouver ça.

C’est ce que l’on appelle la tradition orale . Ce n’est pas écrit . Ce n’est pas un cursus par le conservatoire .

Tisser des liens entre les différents horizons musicaux et réunir les peuples, Juan Carmona en est le fil conducteur par le flamenco

Projecteur TV : Autodidacte ?
Juan Carmona : Autodidacte à fond. J’ai grandi comme ça. Je suis avant tout un guitariste flamenco, mais très tôt, j’ai été attiré par beaucoup de musique : la musique classique, la musique brésilienne, le jazz …
À l’âge de 17 ans, j’ai fait ma première rencontre avec le jazz, notamment avec Larry Corriel, Baden Powell en musique brésilienne, qui était un excellent guitariste. J’ai eu des expériences en dehors du flamenco.

Et puis, un beau jour, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a dit : « ta musique, elle sonne grand, elle sonne comme un orchestre. Pourquoi n’écris tu pas pour un orchestre ? »
Parce que pour jouer avec un orchestre, il faut leur donner des partitions, et moi je ne sais pas écrire. je ne connais pas le solfège.
Peu après, je suis parti au Maroc, parce que j’ai créé un projet avec les musiciens du désert, à Marrakech, et là, j’ai rencontré le chef de la garde royale du Maroc.
Il a complètement craquer sur ma musique, et s’est proposé d’écrire ma musique.
Entre temps, j’étais en Allemagne, où j’ai rencontré le directeur d’un orchestre, qui me dit : « Si un jour tu écris pour Orchestre, je mets mon orchestre à disposition. »
Je compose un premier mouvement, celui que je vais jouer ici, à Avignon.
On joue en Allemagne et cela a été un grand succès. Ce qui m’a motivé à composer un deuxième mouvement, un troisième mouvement, un quatrième puis un cinquième mouvement.
Je fais un enregistrement et le disque est nominé au Grammy Awards, meilleur album de l’année.
À partir de là, je joue la sinfonia dans les quatre coins du monde, avec les meilleurs orchestres. J’étais à l’Opéra de Sidney, il y a peu de temps, l’orchestre du Bolchoï, l’orchestre de Saint-Louis aux États-Unis …

Projecteur TV : Que de belles histoires … Comment le vivez-vous ?
JC : Quand on connait l’Histoire du Flamenco …
Le Flamenco vient de la fin du 18ème Siècle , début 19ème. Au départ, le flamenco, c’est les réunions familiales. Ensuite on pouvait l’écouter dans des petits cabarets. Cela s’est toujours passé dans des loges très petites entre 40 et 50 personnes maximum. Et aujourd’hui, je me retrouve à jouer dans les plus grandes scènes. Cette année, j’étais à Jazz à Vienne, partager la Scène avec Chick Coréa. Et c’est de suite, 4, 5, 6 000 personnes.

Projecteur TV : N’avez-vous pas l’impression d’être un ambassadeur, un créateur de lien avec votre guitare ?
Juan Carmona : J’ai toujours aimé cela . Je crois que cela s’explique par la pédagogie.

C’est aussi une façon pour moi, de m’informer d’apprendre

Projecteur TV : C’est la continuité de se rassembler en famille ?
Juan Carmona : Il y a ça, effectivement. Cela me permet de connaître les différentes cultures. Mais c’est aussi une façon pour moi, de m’informer d’apprendre.
C’est vrai que quelqu’un qui a un parcours de conservatoire, il peut suivre ce qu’il veut . Il peut lire du classique, du Piazzola…C’est un avantage. Il va s’informé.

C’est vraiment un  regret de ne pas savoir lire la musique. Ma seule façon d’apprendre des autres, c’est d’être en contact, et de jouer avec eux. Et grâce à cela, j’ai joué avec des musiciens différents provenant d’Inde, du Brésil, du Ouzbékistan… C’est comme cela que je vais m’informer de toute cette culture musicale.

Projecteur TV : Mais peut-être aussi que de ne pas savoir lire une partition, met tout en exergue votre sensibilité, votre seul langage ?
JC : Oui, mon seul langage, mon seul mécanisme. Mais je dois avouer que c’est aussi une difficulté. Par exemple, lorsque j’ai crée cette sinfonia flamenca, il ya quelques années… et nous les musiciens flamenco, nous sommes constamment entrain d’improviser. On ne peut pas faire deux fois le même concert.
Alors, que là, je suis obligé de jouer ce que j’ai écrit, il y a quelques années, même si il ya des plages d’improvisations. Et la difficulté, pour moi elle est là.
À chaque fois que je rejoue la Sinfonia, je reprends vite le disque , pour me remémorer et refaire les traits musicaux.

Projecteur TV : Comment vous situez vous par rapport au musiciens de l’Orchestre Régional Avignon Provence ?
Juan Carmona :
Je les ai déjà rencontré l’année dernière. Nous avions joué ensemble au Festival d’Aubagne, Les Nuits flamenca, dont je suis le directeur artistique. Je les avais invités pour jouer La Sinfonia. C’est toujours un plaisir.
Je crois qu’il y a de plus en plus de demandes de la part des musiciens classiques. Il peut y avoir des oeuvres écrites pour la guitare. Mais je crois que la barrière est surtout la culture musicale. Il n’ y a pas beaucoup d’oeuvre ou l’on peut mêler le classique avec une autre culture musicale : le jazz, le flamenco… Il y a eu quelques tentatives avec la musique brésilienne, le tango argentin, mais c’est rare. Et je crois que les musiciens classiques sont en demande de connaître d’autres codes de la culture musicale.
De la même façon que nous, nous avons besoin de cette structure, de cette façon dont fonctionne le classique.

Le flamenco, plainte du peuple andalou

Projecteur TV : Que raconte cette symphonie Flamenca ?
Juan Carmona :
Au départ, le flamenco, c’est ce que l’on appelle « la queja », la plainte du peuple andalou. Dans le flamenco, il peut y avoir de la joie, de la peine , différentes facettes d’émotions, de l’Histoire.
Il y a un mouvement , c’est « une allegrià », l’allégresse, la bonne humeur, la joie, (mariages, baptêmes, tout ce qui est lié à la fête).
Mais à un moment donné, il y a « la segrià », là c’est la mort…, le côté tragique.
Je crois que cette symphonie retrace un peu toutes ces émotions : la joie, la peine, la tristesse, la mélancolie.
Et comme dans ma musique, il y a toujours des influences jazzy ou d’autres cultures, on est transporté à un moment donné, dans un autre univers.

J’ai toujours fonctionné comme ça. Je me considère Flamenco avant tout, je suis viscéralement Flamenco, mais je ne peux pas m’empêcher d’aller voir ailleurs comment cela se passe .
En ce moment, je suis entrain d’enregistrer un disque avec des algériens et un orchestre à cordes turc. Et ça, pour moi, c’est génial, parce que je suis chez moi, je compose, et puis je pense à telle culture musicale, telle autre culture musicale. je sais ce que je vais pouvoir faire avec l’un, avec l’autre, et puis je les réunis…

Il y a beaucoup de doutes, d’angoisses. On part de la création totale, sans savoir où l’on va vraiment . Je dis toujours, tant que c’est dans la tête, oui, c’est une chose. Mais parfois la réalité montre autre chose. Mais cela reste toujours un plaisir énorme.

Projecteur TV : Et lorsque vous composez, vous vous inspirez de vos histoires personnelles ?
Juan Carmona :
Forcément … Je crois que la composition est liée fortement à la période à laquelle on vit . Si c’est une période joyeuse, triste, de doutes, etc … Et cela se reflète sur l’instrument après …

Projecteur TV : Vos projets Juan Carmona ?
JC : Je pars pour Paris, puis je vais enregistrer mon disque avec les algériens et l’orchestre turc. je pars aussi au Maroc et en Espagne. je suis très content de partir au Maroc parce que j’ai découvert des musiciens extraordinaires. Le Maroc et l’Andalousie étaient rattachées au 13 ème Siècle . J’ai voulu voir les similitudes. j’ai appelé cet album « Orrias » , qui signifie les deux rives . J’ai joué avec les musiciens du désert, et l’originalité, c’est qu’il a été enregistré avec l’orchestre symphonique du Maroc. Cet album a été primé aussi aux Grammy Awards, meilleur album.

Projecteur TV : Rassembler les cultures entre le Maroc, l’Algérie, la Turquie, l’Espagne, l’Allemagne, on devrait prendre quelque éducation sur votre manière de faire …
Juan Carmona :
C’est marrant, parce j’ai dit exactement cette phrase hier dans une interview…. Bien oui, nous on ne se pose pas toutes ces questions. Quand j’écoute les informations et que je vois ce qu’il se passe,….
Quand on est musicien, de culture différente et que l’on ne parle pas le même langage. Je vais partir à Istambul, je ne connais pas le turc, mais musicalement, nous allons nous comprendre. Et l’on va s’entendre, ça s’est clair… Et l’on va même s’apprécier, et ça c’est super !

Localisation : Avignon
Date : 25 janvier 2020

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