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Rencontre avec Patrice Barsey, hauboïste : « les vibrations du hautbois sont juste de l’amour que l’on diffuse »

Première vraie rencontre humaine après confinement avec Patrice Barsey, musicien d’un instrument à vent, le hautbois. Grand passionné, l’artiste nous raconte l’histoire de cet instrument fédérateur entre les peuples, les répertoires, mais aussi dont les vibrations éveillent les consciences.

Patrice Barsey est hautboïste. Musicien atypique qui vit au coeur de la Provence, il interprète avec son instrument à vent, le hautbois, des musiques de tous répertoires, autant classiques que jazz, rock, ou chansons françaises. Au-delà des concerts de renoms auxquels il participe, son humanisme le porte à partager sa passion auprès des résidents des maisons de retraite, pour éveiller leur conscience par la musique.
Patrice Barsey aime la transmission de la connaissance de son instrument. Musicien en « freelance », il est par ailleurs professeur certifié au sein de l’École Nationale de Musique des Alpes de Haute Provence, où il apprend à ses élèves comment « l’instrument dont l’origine est issue de milliers d’années, peut adopter le musicien ».

Le musicien hautboïste a fait ses études au Conservatoire National de Région de Marseille. À la fin de son cursus, il reçoit la médaille d’or de hautbois.
Il est invité régulièrement à l’orchestre de l’Opéra de Marseille, l’orchestre de Montpellier, l’orchestre régional de Cannes, l’Orchestre de l’Opéra de Toulon, pour ne citer que les structures institutionnelles du Grand Sud. Il a également joué en solo au Festival des Chorégies d’Orange aux côtés de Roberto Alagna sous la direction de Georges Prêtre.

Patrice Barsey jouant du hautbois

Son parcours atypique l’emmène à la découverte d’un tout autre répertoire à la suite de ses rencontres. L’instrumentiste a accompagné Louis Chedid, Patrick Fiori, Laurent Voulzy, Alain Souchon et improvisé avec le guitariste Pat Metheny.

Petit cadeau à travers cette interview, Patrice Barsey nous offre en exclusivité, l’interprétation du générique d’antenne 2 composé par Michel Colombier il y a une trentaine d’année, illustré par Jean-Michel Folon de ses dessins des hommes volants : « Emmanuel » (13’10 de notre interview)
Autre bonus, à la minute 18’30, Patrice Barsey nous interprète le solo qui débute l’album de Patrick Fiori, auquel il a participé : Les Montagnes d’Arménie.

Rencontre à la maison de Patrice Barsey, hautboïste

L’histoire du hautbois

« Un instrument qui fédère »

Patrice Barsey hautboïste :
On pensait que le hautbois avait quelques milliers d’années. C’était à l’époque de la mythologie grecque. On voit de belles iconographies avec des ancêtres du hautbois. Il y a près de deux ou trois ans seulement en faisant des recherches en Allemagne, on a trouvé un os d’un espèce de vautour daté au carbone 14 de plus de 20 000 ans, avec des trous faits à la main. Ce qui signifie que l’ancêtre du hautbois est un instrument très ancien. Et pourquoi je parle de cet ancêtre, parce que ce qui me plaît le plus à travers cet instrument, c’est sa transmission.
La vibration du hautbois est une transmission qui vous prend au tripes complètement, qui vous traverse. Elle vous traverse depuis des milliers d’années.
C’est un instrument, qui au départ était joué pour les mariages, pour les fêtes, pour les rassemblements. Et ce qu’il me plaît dans cet instrument, c’est qu’il fédère. Quand on joue du hautbois, les gens en face ne sont pas insensibles. À force de recherches, on a compris pourquoi : c’est l’instrument qui libère le plus d’harmoniques. Quand on joue de cet instrument là à côté de vous, ces harmoniques vous pénètrent. L’instrument est juste Magique.

La rencontre entre le hautbois et l’instrumentiste

« C’est peut-être lui qui m’a rencontré »

Je l’ai rencontré, il y a 46 ans. Encore une fois, c’est peut-être lui qui m’a rencontré, par les hasards de la vie. Mes parents musiciens tous les deux, achètent une maison de campagne à Six Fours les Plages. Il n’avaient plus d’argent pour la meubler. Ils m’ont dit : tu nous attends, cet après midi, nous allons dans une brocante pour acheter un canapé, des chaises et une table, ils sont revenus avec un hautbois et des tableaux. C’est comme cela que j’ai commencé à jouer du hautbois par hasard. J’apprenais déjà le violon au conservatoire de Marseille. J’ai travaillé les deux instruments et j’ai fait mon choix 6 ans après pour le hautbois parce que j’ai compris qu’il m’attirait profondément. Il m’attire toujours profondément, et j’arrive à l’expliquer maintenant, même si j’y ai mis du temps !

Le hautbois, un instrument qui amène à d’autres niveaux de consciences

« J’ai réussi grâce à cet instrument, à vivre des choses complètement incroyables. »

Patrice Barsey hauboisteJe suis professeur de hautbois aussi. Je ne le dis pas tout de suite aux élèves mais ils le vivent. C’est un instrument qui vous amène à d’autres niveaux de conscience, et je pèse mes mots. J’ai réussi grâce à cet instrument, à vivre des choses complètement incroyables, totalement incroyables ! J’étais à ce moment là, qu’un tuyau par lequel ça passait. J’ai réveillé une personne qui avait les yeux fermés depuis 10 jours et qui s’est réveillée en écoutant le hautbois.

J’ai la chance d’être invité dans les orchestres de l’arc méditerranéen. C’est merveilleux de faire partie d’un orchestre, car la place du hautbois est incroyable. Vous avez beaucoup de soli à jouer et vous vous exprimez totalement. J’éprouve un vrai bonheur à jouer dans un orchestre, et à la fois, je ressens un grand stress. J’arrive deux heures avant un spectacle parce que je me prépare psychologiquement pour jouer, pour essayer de donner le meilleur de moi-même au public. Le partage qui se fait devant des personnes comme ça, sans connotations d’obligations de résultat, mais juste avec le coeur qui parle, c’est encore une autre dimension. Et la personne que j’ai réveillée, lors d’une animation dans une maison de retraite, cela a été pour moi une révélation. J’ai compris à ce moment là, la place de cet instrument, et les niveaux de conscience, dont je vous parlais, c’est ça. Cette vibration est vraiment profonde, c’est juste de l’amour que l’on diffuse, véritablement. Et les gens, on les sent différents après.
Quand je fais une animation, au bout d’une heure, j’ai tout donné, totalement lessivé, mais tellement heureux d’avoir apporter cette joie et en même temps, cette énergie, parce que c’est une énergie que l’on partage.
On dit que l’estomac est le deuxième cerveau. Ce que je voudrais vraiment dire, c’est que par l’essai que j’ai fait, j’ai compris que lorsque je jouais à 1 mètre 50 d’une personne, et que mon pavillon visait le ventre, la vibration devait faire quelque chose à ce moment là, et quand je regarde la personne dans les yeux, il y a un espèce de courant électrique, ou d’un autre ordre qui se crée. Cette expérience est assez puissante pour moi. C’est un courant qui se passe. Tout cela est de la sincérité. Je ne suis qu’un tuyau par lequel ça passe.

Ce que j’aime le plus, presque, je dirais, c’est le contact que l’on établi au fur et à mesure que l’on joue, et les gens se sentent véritablement bien, comme si ils étaient dans leur canapé, alors qu’ils sont dans une salle de concert. On échange le plus simplement possible, on passe un moment formidable, et c’est ce que j’aime par-dessus tout. Cet échange, ce partage. Le hautbois est un instrument de partage.

Patrice Barsey, hautboïste : un passeur entre les différents répertoires, du classique au moderne

J’ai joué dans tous les styles : classique, jazz, rock, chansons françaises. Ce que j’aime, c’est être reconnu comme musicien classique, lorsque les orchestres classiques, tels que celui de l’Opéra de Marseille, l’Orchestre National de Montpellier me demandent de jouer du hautbois en solo, ou second. Quand j’avais 8 ans, j’aimais autant Mozart que David Bowie. J’ai été baigné dans toutes ces musiques. Je joue du jazz avec le hautbois. J’ai eu une chance inouïe de rencontrer Pat Metheny, le plus grand guitariste de jazz américain. J’ai joué 9 minutes avec lui. Ce sont 9 minutes gravées.
J’allais assister à un concert de Pat Metheny au Théâtre de la Mer à Sète. Le concert a été annulé parce qu’il pleuvait. J’avais mon instrument et toutes les portes se sont ouvertes, véritablement. J’ai pu jouer avec Pat Metheny. C’était juste un merveilleux moment pour moi.

Patrice Barsey et Jane BirkinJ’aime toutes ces musiques. je les aie en moi. J’aime autant jouer en variétés. J’ai eu la chance d’accompagner Patrick Fiori, Louis Chedid, Laurent Voulzy, et récemment avec Jane Birkin et son merveilleux pianiste Nobuyuki Tsujii avec l‘orchestre national de Montpellier.
C’était encore un grand moment. J’aime tous ces styles différents et j’aime l’improvisation. Je fais parler mon hautbois, je peux le faire crier, pleurer, comme une personne, et j’improvise à l’image grâce à cela. Je me régale de faire de « l’impro » pour la télé.

Le hautbois, un instrument magique avec un grand M

La magie du hautbois, ce sont ces deux petites lamelles de roseau, un instrument de musique depuis des milliers d’année. La manière dont a va gratter ces deux lamelles, vont libérer ou non des harmoniques. Quand on voit qu’il n’y a qu’un millimètre carré pour laisser passer l’air, on comprend que c’est un instrument qui va rester avec vous pendant de nombreuses années, pour essayer de le comprendre, tellement il est difficile. C’est un instrument qui nécessite une pression extrême mais régulée. On doit envoyer peu d’air, mais avec une grande pression. La richesse du son et la beauté du son, viennent des harmoniques que l’on va pouvoir entendre, avec plus ou moins de pression.
C’est lui qui vous maîtrise. C’est un chemin sans fin. On a du plaisir dès le début. C’est ça qu’il faut peut-être dire. Même si c’est un peu « hardu », en tant que professeur, on est là pour dire aux élèves que c’est très bien, dès le début. J’essaie de transmettre la joie que procure cet instrument.

Patrice Barsey, un musicien en « freelance »

« Entre libertés et contraintes de vie »

Je suis un musicien indépendant et professeur de musique à l’École Nationale de Musique des Alpes de Haute Provence. J’ai un statut d’indépendant dans la mesure où je suis invité dans les orchestres depuis de nombreuses années. C’est un statut un petit peu atypique, mais souvent, tous les professeurs doivent jouer en dehors de l’école de musique. C’est cette richesse là qu’ils vont pouvoir, par la suite, transmettre à leurs élèves.
Ce statut d’indépendant m’a permis surtout d’être « crossover » et de rencontrer beaucoup de monde. J’ai par exemple ce lien avec Louis Chedid qui est une personne magnifique. J’ai participé à l’un de ses enregistrements il y a une vingtaine d’années, et depuis c’est devenu un ami. Je lui ai demandé de mettre en musique, les textes de sa maman, Andrée Patrice BarseyChedid, qu’il a accepté gentiment. J’ai demandé à un compositeur de musique contemporaine de composer sur les textes d’Andrée Chedid et avec mes amis de l’Ensemble Besozzi, nous avons créé un disque.
Ce sont des rencontres qui amènent à d’autres rencontres. Une autre belle rencontre, Patrick Fiori, avec qui j’ai joué ses musiques « Les Montagnes d’Arménie ». L’album commence sur un solo de hautbois. Un solo très prenant. Il raconte toute la souffrance du peuple arménien qui d’habitude est joué au doudouk. Chaque fois que je joue cette musique là, il faut demander presque la permission. Les niveaux de conscience dont je vous parlais, sont de cet ordre là. C’est à dire que là, je pense vraiment à la souffrance du peuple arménien. Je ne suis pas arménien mais mon ami d’enfance est arménien et depuis …
Cette musique me permet de fédérer aussi.

Être libre sur scène et pas du tout être attendu où l’on croit, avoir cette liberté d’artiste, c’est aussi, comme dirait Guy Bedos, une sorte de lutte contre la soumission. Je parle de Bedos parce que je suis triste aujourd’hui qu’il ne soit plus avec nous.

Ici dans le Sud, il y a beaucoup de personnes sui sont revenues d’Alger, et Bedos en était un.

Date : 6 juin 2020

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