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Christophe Malavoy : « Le but de nos spectacles, c’est d’envoyer aux gens de la tendresse, de l’amour »

Christophe Malavoy est à l’affiche de la 55ème édition du Festival des Nuits de l’Enclave, avec la Légende du Saint Buveur. Un spectacle tendre, sensible humain et rempli de grâce, interprété par un acteur à cette image. Nous l’avons rencontré.

Rencontre avec Christophe Malavoy pour la Légende du Saint Buveur dont il est comédien seul en scène et metteur en scène. Un spectacle de théâtre musical, adapté du texte de Joseph Roth, qui reflète tous les personnages de la Société. À voir absolument le 19 juillet à 21H30 – Valréas aux Nuits de l’Enclave.

La légende du Saint Buveur, résumé par Christophe Malavoy

« C’est un spectacle qui raconte quelque chose d’une grande actualité, et en même temps il y a quelque chose de chaplinesque dans le spectacle, d’un sans abri, d’un pauvre, comme Chaplin dans ses films. Ce sans abri va rencontrer un homme qui a de l’argent, qui a décidé de vivre parmi les plus pauvres, et qui va lui proposer une somme d’argent importante, donc il est un peu déstabilisé, parce qu’il a toujours vécu sans argent. Et en homme d’honneur, il promet de rembourser cette somme. C’est toute l’histoire de cet homme : est-ce qu’il va tenir cette promesse ? La vie va le balloter bien sûr, il va rencontrer des gens qui vont le détourner de cette promesse, il va dépenser, il va avoir l’occasion de se racheter et de gagner à nouveau de l’argent, et donc il n’a qu’une seule idée en tête, c’est celle de rembourser sa dette, d’être fidèle à sa parole. »

Christophe Malavoy, un artiste qui tient ses promesses

Christophe Malvoy La legende du Saint Buveur BubleChristophe Malavoy : Donc c’est l’histoire d’une promesse. C’est marrant parce que ça s’est un peu superposé à la promesse que j’avais faite à un musicien il y a très longtemps, un ami trompettiste de jazz, Patrick Artero, qui m’avait donné justement un de ses instruments qui était un peu en mauvais état, en me proposant de le restaurer si j’avais envie de me mettre à la trompette un jour. C’était un bugle, plus précisément. Je lui ai dit « c’est super, moi j’adore ce son, je te promet que je m’y mettrai ». Sauf que cet instrument est resté chez moi pendant des années, car cela fait quarante ans maintenant. A chaque fois que je posais les yeux sur ce bugle, cela me rappelait la promesse, et tout à coup il y a eu un déclic avec ce spectacle, je me suis dit que c’était l’occasion d’intégrer une partie musicale, et pourquoi pas de la faire moi-même. Et donc je me suis mis à la trompette.

Il y a trois ans ?

Christophe Malavoy : Il y a trois ans oui. Disons que j’ai des dispositions à la musique assez facilement, et donc je m’y suis mis avec beaucoup de cœur et d’enthousiasme, ce qui m’a fait progresser assez vite. Je ne suis pas non plus Ibrahim Maalouf, je ne suis pas un concertiste, mais j’ai un son maintenant, je pense que j’interprète quatre ou cinq morceaux dans le spectacle, qui font des pauses musicales, voilà. C’est une histoire très belle, j’ai été très touché par cette histoire.

Comment avez-vous rencontré ce texte ?

Christophe Malavoy : Un jour, on m’a demandé de faire une lecture d’un texte court, et puis je me suis souvenu de ce texte effectivement assez court de Joseph Roth que j’avais lu. Je me suis rendu compte de la beauté de cette histoire, et qu’il avait matière à l’adapter et à en faire quelque chose de théâtral. Ce que j’aime bien, aussi, c’est théâtraliser. C’est vrai que le spectacle est très sobre, il y a un décor et une scénographie qui est très évocatrice. Au théâtre, avec peu de choses, il faut faire rêver les gens, et c’est ça un peu le challenge. Il y a un peu de magie dans ce spectacle, je me transforme, il y a des choses qui apparaissent, disparaissent, c’est comme dans un conte. Il y a toute une réflexion sur l’argent, aussi, qu’est-ce que c’est que quelqu’un qui vit sans argent, et qui tout d’un coup va en avoir, mais qui était beaucoup plus heureux quand il n’en avait pas (rires) !

Est-ce que finalement ce n’est pas le reflet de la société ?

Christophe Malavoy : La société nous crée des désirs dont nous n’avons que faire parfois, où on désire que l’on ne veut même pas. On est dans une société de consommation qui nous éduque, qui nous pousse à consommer des choses qu’on ne désire même pas. Parce que finalement, on a besoin de très peu de choses, mais on nous crée des besoins. C’est très fort dans cette histoire là, car il se rend compte lui même que quand il n’avait pas d’argent, il était plus libre, beaucoup plus heureux, et que là il commence à se dire « il ne me reste plus que cinquante francs… »

Chose dont il n’avait pas la notion avant, et du coup…

Christophe Malavoy : Il n’avait pas la notion de l’argent, et tout d’un coup il la découvre, et c’est une forme de prison qui l’enferme petit à petit. La fin est très belle, je ne vous la raconte pas parce qu’il faut la découvrir. Je travaille avec de très bons artistes en lumière, en scénographie, le spectacle, visuellement, est très sensuel, très beau. Ça fait partie de la magie, de l’ombre, de l’obscurité, du clair obscur, de choses qui sont mises en lumière, et puis d’autres que l’on entend. Je me suis aussi octroyé le désir de chanter quelques airs magnifiques que tout le monde connait bien, « Le Temps des Cerises » par exemple.

Parce que ce texte est adapté sur quelle époque, finalement ?

Illustration la legende saint buveur Jose Corea Christophe MalavoyChristophe Malavoy : Je l’ai adapté dans une époque intemporelle. Joseph Roth dit que ça se passe dans les années 30. Moi, ça se passe sous les ponts de Paris, mais les clochards ne sont plus sous les ponts de Paris aujourd’hui, ils sont sur le périphérique, mais je trouvais que les ponts restaient évocateurs. Je l’ai situé volontairement dans une époque qui n’est pas définie, entre les années 40, 50. Il y a une ambiance de film des années 40 dans le spectacle, on retrouve un peu cette couleur, ou plutôt ce noir et blanc légèrement coloré. J’aime beaucoup tous ces grands acteurs américains, Buster Keaton, Charlie Chaplin, Harold Lloyd et tous ces gens là. Mais peu importe l’époque finalement, c’est une histoire universelle.

Et puis ça permet d’amener le spectateur dans un rêve …

Christophe Malavoy : Exactement, oui, c’est pour l’amener à prolonger la dimension onirique que je leur propose de s’immiscer dans le spectacle, pour le parfaire et le finir et quelque sorte. C’est comme si je n’avais pas fini ma phrase et qu’ils la finissaient eux-mêmes, donc il y a quelque chose d’une participation du spectateur. Je sollicite ses sensations, son œil et puis son écoute, mais il y a tous les sens qui s’expriment dans ce spectacle : il y a le texte, la musique, la chanson, la lumière, le clair et l’obscur. Et un très beau texte, qui touche, qui touche les gens.

Est-ce qu’il faut avoir une part de sensibilité intérieure importante pour appréhender le spectacle ?

Christophe Malavoy : Non pas forcément, car assez vite on plonge dans l’atmosphère, le spectacle commence par un air de bugle que je joue, et très vite la sonorité du bugle met les gens dans la sonorité du spectacle, dans cette mélancolie, mais il y a des moments de jaillissement de lumière, il y a des choses drôles. Il y a des effets, qui sont très simples, qui sont de l’ordre de la magie. Je fais des sons parfois sur le plateau que les gens ne voient pas, parce que j’en cache la source, donc il y a des choses qui apparaissent un peu comme un magicien qui vous fait apparaitre une colombe. J’ai eu des enfants qui sont venus voir le spectacle et qui ont adoré, qui ont beaucoup ri. Il y a quelque chose de très enfantin, et puis ce personnage il nous rappelle aussi notre fragilité, notre vulnérabilité, notre enfance, nos angoisses, nos peurs de ne pas y arriver. Il est très attachant, parce qu’il nous ressemble dans nos appréhensions qu’on a de l’avenir. On a besoin de se rassurer avec des personnages emplis d’humanité : dans un monde qui parfois déshumanise, on besoin de retrouver de l’humain et les questions qui nous taraudent sur notre devenir, surtout dans cet emballement de croissance, de consommation, dans une société qui ne nous proposent que d’acheter, alors qu’on peut trouver son équilibre, son bonheur, sans avoir de grosses fortunes.

Donc ça fait du bien, je pense, d’écouter ce texte de Joseph Roth. Alors je bois aussi un peu dans le spectacle, parce que je rappelle que Joseph Roth était, et il en est mort le pauvre, un amateur d’alcool. Au départ, cette somme d’argent, il va tout de suite la boire au bistrot. Mais c’est un homme d’honneur, et c’est cela aussi qui me touche. Il ne quitte pas ce cap, même si il en est parfois détourné, mais il fera tout pour rembourser sa dette. Est-ce qu’il y arrivera ? Je ne sais pas (rires) !

C’est une belle philosophie. Vous, à travers ces interprétations, car vous avez plusieurs interprétations, comment gérez-vous cela ?

Christophe Malavoy : Il y a plusieurs personnages. Il y a des personnages féminins, alors je prends des voix de femmes, je prends des voix d’hommes, il y a des voix différentes, mais c’est très musical, il y a des accents, pour distinguer chaque personnage, pour que les gens sachent bien à qui ils ont affaire. Et donc je les incarne. Et c’est drôle, je n’imite personne mais ce sont des voix, des timbres, des accents ou des façons de parler qui m’amusent, et qui font rire. Je change ma voix et mes intonations assez facilement, ce qui crée un certain relief, ce qui fait que ces personnages, tout d’un coup, deviennent visibles, ne sont plus moi. C’est une galerie de portraits, c’est aussi un plaisir en tant qu’acteur d’interpréter des personnages très différents.

Une galerie de portraits qui reflète la société ?

Christophe Malavoy : Oui, une galerie qui reflète un peu la société. Alors il n’y en a pas 200 ou 300, mais il y a suffisamment de portraits pour transformer ce seul en scène avec beaucoup de monde sur scène. En tout cas, le personnage rencontre pas mal de gens, et il a toujours de la chance aussi, c’est quelqu’un qui a une bonne étoile, c’est cela qui est formidable. Parce qu’à chaque fois qu’il perd quelque chose, on a l’impression que le pauvre, il est foutu, il n’y arrivera pas. Mais la providence fait que tout d’un coup il a la chance de rencontrer quelque chose qui va le sauver. Donc c’est un personnage très vulnérable, mais qui est poursuivi par la providence et par la chance. Alors c’est assez troublant, et lui même en est très troublé, mais malgré tout, au lieu d’aller tout de suite au but et d’accomplir la promesse à laquelle il s’était engagé, il va se laisser dérivé. C’est parfois la vie qui choisi, je ne pense pas qu’on choisisse. C’est la vie qui vous choisi, parfois. Elle vous entraine parfois dans des endroits qu’on n’aurait pas forcément soupçonné, pas forcément choisi.

Spectacle la légende du saint buveur - Christophe Malavoy

Est-ce que à travers votre carrière, toute cette diversité que vous avez fait, entre le cinéma, le théâtre, les mises en scène, est-ce que c’est ce type de théâtre qui vous passionne davantage ?

Oui, disons que là je me suis fait plaisir car j’ai choisi un texte dans lequel je me sens bien, je le trouve très beau, il a une dimension artistique et onirique, il y a une poésie. J’ai toujours associé le théâtre à la poétique : la poésie, c’est le langage universel, c’est comme cela que l’on rentre dans l’intimité des gens. On a tous cette matière en nous. Et tout d’un coup je réveille chez le spectateur cette part d’enfance qu’on trimballe tous, quelque part.
J’ai intégré la musique, qui fait aussi partie de ma vie. J’ai fait du piano et la musique a toujours accompagné ma vie, j’aurais pu peut être devenir musicien, j’avais des dispositions mais je ne l’ai pas fait. En l’occurrence, là, je deviens musicien, acteur, chanteur. J’ai toujours adoré chanter, et là je chante a cappella, un peu accompagné par un piano, pas longtemps, à la fin.

Et vous êtes metteur en scène aussi.

Il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va

Christophe Malavoy : Oui. En même temps j’avais une assistante pour avoir un regard extérieur, mais quand on sait où on va, le vent vous porte et c’est plus simple que de passer par un autre metteur en scène. C’est quelque chose de très personnel que j’ai fait. Je vais vers ce genre de choses, mais ça ne m’empêchera pas faire des choses très différentes par la suite, à répondre à la sollicitation d’un autre metteur en scène pour m’inscrire dans un spectacle. Là j’ai fait du sur mesure, tout en me mettant des challenges, parce que ce n’est pas évident de se mettre à un instrument tardivement – même si j’ai aussi fait du violoncelle dans ma vie – mais ce n’est pas facile de jouer de la trompette devant un public après seulement deux ans de pratique lors de ma première à Avignon l’année dernière.
Vous avez parler du vent qui vous porte, que parfois on n’a pas besoin de quelqu’un d’extérieur parce qu’on est porté. Vous parliez de la mise en scène, mais finalement c’est comme ça aussi dans la vie.
Je crois que c’est Socrate qui disait : « Il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va ». C’est un peu ça.

Donc cette pièce elle va tourner partout ?

Christophe Malavoy : Partout, hélas, non, la tournée a été bien endommagé par la pandémie. Le spectacle, déjà, a été endommagé car je me suis arrêté fin octobre au théâtre Montparnasse. Depuis, je n’ai pas joué, parce qu’une tournée été prévue en mars/avril mais elle a été annulée et reportée. Donc là on est dans les reports, mais d’autres dates ont été annulées. La pandémie a fait beaucoup de dégâts pour le théâtre et la culture quand même. Il va donc falloir repartir, mais il y a toujours une inertie au théâtre, entre le moment on l’on décide de faire quelque chose et le moment où cela se réalise. Maintenant, j’envisage l’exploitation du spectacle en 2022, car j’ai une petite tournée en septembre/octobre d’une dizaine de dates, à peine.

Donc j’aimerais bien reprendre le spectacle à Paris ou en tournée, parce que je crois que c’est un beau spectacle, j’en suis même sûr. Il s’adresse à tous les publics. C’est quelque chose dans lequel je me suis investi, je l’ai même produit, mis en scène, joué, adapté, donc c’est un peu dommage d’être interrompu en plein vol comme cela. On va le reprendre, mais la pandémie a bien sûr stoppé net, alors qu’on aurait pu très bien, avec des protocoles rigoureux, tenir au moins les musées, les théâtres pourquoi pas. Même si elle a été dédommagée financièrement, la culture n’a pas été considérée, alors que c’est elle qui fait tenir les gens debout.
Justement, qu’est ce qu’on peut faire pour les personnes qui ne sont pas sensibilisées par l’art ? Qu’est-ce que vous faites, vous ?
Finalement, le livre a bénéficié d’un engouement particulier. Je pense que les gens ont besoin de convivialité, d’échange, de partager des choses. Donc on peut les partager à une terrasse de café, c’est sûr, mais le théâtre est une manière de partager des émotions, c’est une nécessité pour l’être humain de ne pas se sentir seul. Le théâtre, la peinture, la sculpture, le cinéma, nous aide à affronter la réalité. Je pense que l’Homme n’est pas fait pour la réalité. On a besoin d’avancer avec la dimension artistique, qui nous aide à supporter la réalité, qui est un fardeau pour l’Homme. La réalité, il faut la transformer, et donc le théâtre il transpose, il transforme, et donc là on peut appréhender la réalité au théâtre. Car par la télévision, la radio…

Je n’ai pas la télévision (rires)

Bon, la réalité il faut aussi aller la chercher.

Il vaut mieux aller la chercher que de subir ce que nous impose les médias.

Christophe Malavoy : En effet, on peut aller dans les sentiers, découvrir la forêt, le désert, la mer, mais bon la réalité est aussi très abimée. Il faut regarder dans quel état est la mer, les fonds marins… Il y a heureusement des endroits magnifiques, mais il faut aller les voir, car l’Homme a besoin de végétal. C’est tout le problème des villes, où on supprime le végétal, dans les banlieues il n’y a plus rien, que du béton. Tous les dix ans, il y a l’équivalent d’un département français recouvert de macadam, en parkings, en grandes surfaces, en route etc. Donc on a besoin de voir pousser des arbres, de voir des poissons, et de voir aussi théâtre. Car le théâtre c’est ce qu’on appelle le spectacle vivant, c’est se sentir aussi exister avec les autres à côté de vous, qui vibrent. C’est une manière de s’approprier sa propre vie, de reprendre de l’élan, du courage, de l’enthousiasme, d’être aimés. Quand on est aimés, c’est une force. Le but de nos spectacles, c’est aussi d’envoyer aux gens de la tendresse, de l’amour. L’essentiel dans la vie, c’est la capacité à aimer et à être aimé, le reste, ce sont des anecdotes.

Je crois qu’on va terminer sur l’amour (rires) !

Date : 16 juillet 2021

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