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Éric le Sage : « le romantisme, c’est mettre l’humain au centre de l’art »

Rencontre avec le pianiste Éric le Sage – Concert Symphonique de l’Orchestre Régional Avignon Provence autour de la musique romantique :
Enchantement britannique, Romantisme Nordique

Ce 15 novembre dernier, Éric le Sage interprétait le concerto pour piano et orchestre en la mineur op.16 de Edvard Grieg, l’un des plus beaux du romantisme.
Il est par ailleurs cofondateur et directeur artistique du Festival international de musique de chambre à Salon de Provence

Éric le Sage, une sensibilité autour de la musique du chambre et de la musique romantique …

Vous avez une particulière sensibilité autour de la musique du chambre et de la musique romantique …
C’est une musique que j’aime beaucoup. Je joue beaucoup de Schumann, la musique du 19ème siècle. Je suis beaucoup attiré par cette musique là.
Edvard Grieg a composé ce concerto à la fin du Romantisme. C’est un concerto récapitulatif de toute la musique romantique. Il y a des grands thèmes très généreux, une orchestration très jubilatoire, beaucoup de virtuosité. C’est un petit peu l’un des concertos « Roi » de la musique romantique …
C’est un grand plaisir pour tout le monde : le pianiste, l’orchestre et le public. C’est un concerto qui a beaucoup d’ondes positives.

Parlez-nous de l’oeuvre que vous allez interprétée :
Le concerto pour piano et orchestre en la mineur op.16 de Edvard Grieg. C’est le concerto le plus joué du compositeur. C’est un compositeur qui est très aimé par le musiciens. Il a fait beaucoup de musiques de chambre qui plaît toujours au grand public.  C’est vrai que chez nous, on le joue un peu moins…Dans son pays, il est adulé. Dans chaque pays, nous avons nos compositeurs un peu vedette…

Quand on parle de musique romantique, on pense tout de suite à Schumann ou à Brahms. Est-ce une opportunité de faire partager ce moment ?
Oui, bien sûr… Ce concerto est le dernier de Edvard Grieg, à la fin du romantisme. Il est très influencé par Schumann. Il a la même notoriété que le concerto de Schumann qui est le plus beau concerto de musique romantique. Il a repris un peu la même construction en prenant trois mouvements : un premier mouvement assez large, le deuxième mouvement beaucoup plus court, et un troisième, dansant, rondo. Il s’est vraiment inspiré du concerto de Schumann, mais il a fait un « truc » très personnel, avec des thèmes Norvégiens. C’est vraiment un concerto qui fait voyager loin. Il est très généreux. Les thèmes sont très longs. Ce n’est pas un concerto très démonstratif. On regarde ça comme un grand paysage, ou un film avec des grands espaces.

« On joue un petit peu comme l’on est … »

Vous parlez de générosité, et de sensibilité pour la musique de chambre…Cette générosité, c’est quelque chose qui vous reflète ?
On joue un petit peu comme l’on est … J’imagine. Comme l’on est, comme l’on écrit. J’aime cette musique là. Jaime aussi la musique moderne. J’adore le jazz. J’aime jouer Schumann, car je me sens un peu comme à la maison. C’est une musique qui me parle. Il y a d’autres musiques, en tant que musiciens, où l’on est obligé de travailler plus, réfléchir. Mais en même temps, cela fait partie du plaisir. C’est comme un acteur. Parfois, il a des rôles pour lesquels il est fait, parfois, il a des rôles de compositions. C’est intéressant aussi de se plonger dans des musiques qui vous posent des problèmes ou qui vous fait travailler des choses où l’on n’est pas chez soi. C’est être ça, musicien ou artiste… C’est découvrir un petit peu une part de soi-même dans plein de domaines différents. Pour un musicien, cela peut-être plein de compositeurs, ou plein de musiques différentes, dans un concerto, ou un récital. On peut faire de la musique de chambre, comme l’on fait pour le festival de Salon.

Vous êtes né à Aix en Provence… Donc, Avignon est un lieu que vous connaissez bien ?
Oui. J’ai grandit à côté. d »ailleurs, j’y reviens depuis 30 ans pour le festival de Salon de Provence que j’organise, avec des amis musiciens. C’est ce genre de choses auxquelles je suis très attaché. Et l’Orchestre d’Avignon en particulier, parce que j’y ai joué mon premier ou deuxième concert avec orchestre, lorsque j’avais 16 ou 17 ans. Il y a très, très longtemps !

Quelle est votre appréhension lorsque vous découvrez un orchestre ?
J’en ai pas… je les connais musicalement, je les entends souvent… En général, je n’ai pas d’appréhension avec un orchestre particulier. C’est comme avec la musique de chambre, on s’entend plus ou moins bien. Cela dépend de l’acoustique. Mais ici l’acoustique est plutôt sympathique. Je connais le chef qui est très bien. Je n’ai pas de peur particulière.

Et l’acoustique de l’Opéra Confluence ?
C’est un espace où l’on se sent bien. Je ne connaissais pas du tout. On m’en avait parlé et dit que cette salle était bien. Et puis le fait qu’il pleuve, ce sont les répétitions, pas le concert, donc ça va. Mais ça donne aussi une atmosphère … On fait avec.
Il y a des acoustiques très désagréables, très sèches, où l’on n’entend rien, surtout pour les concerts d’été, en plein air. Mais parfois il ya de très belles surprises. On n’est pas obligé de jouer dans une salle de concert. Ce qui compte, c’est une bonne acoustique et une bonne atmosphère. Il faut choisir aussi la musique que l’on fait dans chaque endroit. Il faut que ce soit une musique adaptée.

Comment êtes vous venu à la musique ?
Il y avait un piano à la maison. Il paraît que j’y ai tapoté dessus assez tôt. Ma mère qui aimait bien ça, m’a fait prendre des cours, car personne ne jouait de la musique à la maison. J’ai commencé à aimer ça. Je suis entré au Conservatoire d’Aix en Provence, puis je suis allée à Paris. J’ai suivi un parcours classique. On commence un peu tout seul. J’ai eu la chance qu’il y avait un piano à la maison. J’avais des parents qui aimaient bien la musique, sans la connaître vraiment. Ils m’ont encouragé à en faire. J’ai eu de la chance d’être doué pour ça. J’ai des grandes mains ! Ça aide à jouer du piano !

« Cela peut arriver que ce soit du mauvais trac, mais il faut essayer de le transformer en émulation, pour essayer de faire de son mieux, faire de la bonne musique »

Votre première Scène ?
Je me souviens de ma première scène au Conservatoire d’Aix en Provence, puis les premiers concerts, quand j’avais 15 – 16 ans. Il y avait des bons et des moins bons moments. On apprend à gérer son trac, à gérer des longs concerts, à gérer le par coeur…

Avez vous encore le trac ?
Oui un peu. On le cache . Ce n’est pas un acte naturel de monter sur Scène et de jouer. Il faut prendre un peu sur soi. Je travaille et j’aime la musique. On n’évacue pas le trac. On s’en sert pour essayer de jouer mieux. Il faut que ce soit une émulation. Il ne faut pas que cela vous paralyse. C’est la différence entre le bon trac, et le mauvais trac. Parfois, cela peut arriver que ce soit du mauvais trac, mais il faut essayer de le transformer en émulation, pour essayer de faire de son mieux, faire de la bonne musique.

Un enregistrement sur les Nocturnes de Fauré

Votre dernier enregistrement ?
Les Nocturnes de Fauré, sur 50 ans de composition. C’est un peu comme un journal intime. Les premières Nocturnes sont très romantiques, un peu sur la mode de Fauré. Puis il évolue avec son temps, parce que les dernières pièces datent de 1925. Il était âgé, choqué par la guerre de 14-18. La musique a pris une densité. C’est vraiment une magnifique musique, très riche, très pure que j’ai beaucoup de plaisir à écouter. C’est un enchainement de cycles, 13 nocturnes. C’est vraiment un voyage intérieur dans la musique de Fauré. C’est vraiment de la musique qui se mérite . Elle est un peu secrète.

Êtes vous un « Romantique » ?
La musique romantique, ce n’est pas être romantique ! L’époque de la littérature romantique, c’était avant la musique romantique. Le romantisme, c’est mettre l’humain au centre de l’art, contrairement à la musique baroque ou classique, où c’est plutôt le lieu, le cosmos, qui est au centre de la musique. L’une des caractéristiques de la musique romantique, c’est plutôt le « Moi » qui parle. C’est pour cela qu’elle touche peut-être les gens plus facilement que d’autres musiques, parce que c’est une musique très humaine, qui a beaucoup de rapport avec l’humain.

Le piano comme un ami …

Quel rapport avez-vous avec le piano ?
Je dis souvent à mes élèves qu’il faut prendre le piano comme un ami.  Quand vous êtes sur scène, c’est presque votre seul ami. Il faut apprendre à l’aimer. Il ne faut pas se battre avec l’instrument. Même quand les choses sont difficiles, il faut arriver toujours à en faire un ami. Le piano, c’est un bon médium pour faire de la musique, parce que l’on peut jouer beaucoup de répertoires dans beaucoup de formations différentes. On peut faire de la musique tout seul ou avec les autres. C’est un instrument très complet. je l’aime bien pour ça. J’aime aussi le son du violon, c’est très émouvant. J’aime bien les instruments à vent. Mais le piano, j’aime bien, parce que c’est mon instrument et je l’assume. Et pour faire de la musique, c’est très pratique ! Pour transporter, un peu moins, mais au contraire, c’est bien, on a moins de valises !

Éric le Sage, directeur artistique du Festival international de musique de chambre à Salon de Provence

Pour les gens qui sont dans la Région, je leurs conseille de venir au Festival de Salon, qui a lieu autour de la semaine du mois d’août. Il y a 20 concerts en une dizaine de jours. C’est vraiment un beau rendez-vous de musique de chambre .

Localisation : Avignon
Date : 30 novembre 2019

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