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Christian Rizzo, chorégraphe. Une rencontre …

Christian Rizzo Chorégraphe

Christian Rizzo est un artiste au mille et un talents… danseur, chorégraphe, scénographe, designer, styliste… également directeur artistique d’ICI – le Centre Chorégraphique National de Montpellier depuis le 1er janvier 2015. Christian Rizzo est à l’affiche de la 42ème édition des Hivernales, le festival avignonnais de danse contemporaine qui égaye de ses pas dansés les frimas du mois de février.

Il y présente sa dernière création « une maison » (création 2019), une pièce pour 14 danseurs, à l’Opéra « Confluence » Grand Avignon.
Samedi 15 février à 20 h 30

Les premiers pas dansés de Christian Rizzo

Projecteur TV – Sophie Bauret : Vous venez des Arts Plastiques, qu’est qui vous a amené vers l’art de la Danse ?
Christian Rizzo :  Je ne dirais pas que je suis venu des Arts Plastiques à la Danse… J’ai eu comme un double mouvement. En fait je pense que j’ai toujours dansé, oui quand j’étais petit, je dansais. J’ai envie de dire que je suis passé de la Danse aux Arts Plastiques, puis des Arts Plastiques à la Danse. Je suis passé en quelque sorte du dessin, de la peinture à l’installation, puis au fait de m’installer dans cette installation… Puis je me suis mis en mouvement dans cette installation ! C’est comme si j’étais passé d’un cadre en 2 dimensions à un cadre en 3 D, un cadre dans lequel je me suis inscrit… en mouvement.

« De l’enfance, je garde le souvenir de Claude François »

Projecteur TV – SB : Quels sont vos souvenirs d’enfance de danse, vos images dansées, celles qui vous ont marqué ?
Christian Rizzo :  De l’enfance, je garde le souvenir de Claude François ! Ensuite j’ai des souvenirs d’images de danse sorties d’un gros livre qui appartenait à ma cousine. Nous nous amusions tous les deux, souvent l’après-midi, à singer des comédies musicales américaines. A l’adolescence, c’était plutôt le clubbing… mais j’ai toujours été en mouvement.

Projecteur TV – SB : Vous devenez très vite l’interprète de jeunes chorégraphes, voire même de chorégraphes confirmés…
CR : J’ai commencé dès l’année 1989 avec le chorégraphe William Petit pour le Concours de Bagnolet. C’était ma première expérience scénique en tant que danseur. Mais la scène je la pratiquais depuis longtemps, je fréquentais les fêtes de village, je traînais toujours auprès des musiciens… J’ai même eu un groupe de rock. Et s’il n’y avait pas de plateau, je m’en inventais un ! J’ai ensuite dansé avec Marc Tompkins, Véra Mantero quand je me suis installé au Portugal… Il y a eu aussi Rachid Ouramdane, Hervé Robbe, George Appaix, Catherine Contour, Mathilde Monnier, Emmanuelle Huynh… les chorégraphes de ma génération, les chorégraphes de mon époque.

Projecteur TV – SB : Qu’est-ce qui vous a réellement mis en mouvement, qui vous a fait naître à la chorégraphie ?
CR : C’est sans doute le fait d’avoir vu une exposition de Claude Lévêque au début des années 90 au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris. L’expo s’appelait « L’hiver de l’amour » et j’ai été subjugué, submergé. De là je me suis interrogé. Quel corps avait fait cela ? Quels avaient été ses gestes ? De là j’ai voulu faire des installations en direct, publiquement. Des installations en mouvement, dans des galeries, dans des chambres d’hôtel… J’ai commencé à reproduire ces choses-là, à partir de l’espace, à partir du temps, le corps a commencé à s’inscrire… inscrire un corps, mon corps dansant !

« Un chemin à emprunter… »

Projecteur TV – SB : Vous venez vous inscrire dans la 42ème édition des Hivernales avec votre dernière création : « une maison ». On souligne tout de suite le titre, un titre de pièce qui ne comporte pas de capitale, est-ce un effet de style ?
CR  :  Je me suis permis cette coquetterie ! Il n’y a jamais de capitale chez moi ! Je n’aime pas du tout les majuscules. Je n’aime pas que graphiquement la première lettre soit érigée. Pourquoi, comment, de quel droit ? Dans une phrase, quelle qu’elle soit, je ne comprends pas cette majuscule qui entame le propos. Je préfère que graphiquement tout soit au même niveau. Oui, c’est déjà visuellement musical. Je n’aime pas les majuscules. C’est comme dans mes spectacles, je n’aime pas commencer par quelque chose de fort. Un mot, une phrase, un spectacle, c’est comme un chemin à emprunter, à découvrir…

Projecteur TV – SB : Comment est né ce projet ? Quel est la genèse de ce spectacle ? « une maison », telle une invitation toute simple, familière, qui interroge et rassure à la fois…
CR  : J’ai tout simplement décidé que je voulais faire une pièce qui s’appellerait « une maison » ! J’ai parfois des titres qui arrivent de nulle part. Je prononce un mot, une phrase, je dis quelque chose que je ne connais pas et tout le processus s’énonce de lui-même. C’est comme si en le disant à voix haute je me faisais une promesse à moi-même ! Parfois c’est un mot, parfois c’est une phrase qui vient taper à un moment donné de ma vie. « une maison » c’est… ce n’est pas la mienne, elle est indéfinie… C’est une chose mise à distance, une chose objectivée, une chose sans relation directe avec une histoire qui me serait propre. »

Projecteur TV – SB :
« une maison », c’est aussi une pièce que vous avez dessinée avec 14 danseurs. Peut-on dire que c’est le début d’un grand ensemble ?

CR  : Oui, après avoir souvent travaillé avec 7 danseurs, j’avais le désir d’avoir au plateau beaucoup de monde, beaucoup d’interprètes. Et de là je me suis posé de nombreuses questions. Par exemple, quel est l’espace pour accueillir ces 14 danseurs ? J’avais envie que les corps soient pris entre un espace organique et un espace technologique. D’où la présence physique de la terre, en tant que matière, et de ce ciel fait de Leds contrôlables.

« Il m’a fallu envisager la chorégraphie lumineuse de l’objet »

Projecteur TV – SB : Parlez-nous de ce ciel, de cet objet lumineux que vous avez souhaité, puisque vous êtes chorégraphe mais aussi scénographe et designer…
CR  : Un objet très long à construire ! Il m’a fallu envisager la chorégraphie lumineuse de l’objet en tout premier lieu, pour pouvoir ensuite commencer à travailler. Cet objet, c’est comme un fragment qui renseigne le tout. Je reviens peu à peu à mes premières amours, à l’histoire de l’art, quand on vous apprend qu’un détail renseigne la totalité d’un tableau et vice et versa.

Projecteur TV – SB :  Comment travaillez-vous ? Comment s’est révélé votre geste sur cette pièce ?
CR  : Je voulais un lieu à la fois peuplé et dépeuplé. Je voulais parler de temporalité, ce qu’est une seule et même temporalité dans un seul espace avec trois regards obliques… Ainsi la question de l’intime peut arriver. C’est un lieu où l’on rassemble sa mémoire pour imaginer le futur. Je ne travaille pas de façon conceptuelle, je pose des pistes. Je viens accueillir, j’observe le rapport à la matière, à la musicalité… J’ai envie, j’ai besoin de partager. C’est un travail d’atelier, un travail de laboratoire. On fait des hypothèses, elles s’inscrivent, se confirment ou pas, et petit à petit la pièce apparait, se révèle à moi… Et après je fignole pour pouvoir inscrire cette pièce, pour qu’elle soit définitivement hors de moi.

« Je travaille beaucoup sur la question de la contreforme »

Projecteur TV – SB : Un, deux, sept, quatorze interprètes sur le plateau, qu’est-ce que cela change à votre mouvement, à votre rapport à l’espace sur un plateau ?
CR  : Cela change tout, absolument tout. Déjà il faut que j’observe 14 corps, l’espace dans lequel ces quatorze corps se meuvent. Je travaille beaucoup sur la question de la contreforme. Je regarde la contreforme, le passage de l’espace environnant. Je suis toujours en train d’observer quelle forme on donne au vide, un vide qui est sculpté par les corps. Comment aussi ce regard se transforme en pensée, en désir. Il est plus simple de travailler sur un duo, car entre deux points, nous l’avons tous appris en géométrie, il n’y a qu’une ligne !

« La chorégraphie ne s’arrête pas à la danse. »

Projecteur TV – SB :  Si l’on résume, vous signez la chorégraphie, la scénographie, les objets lumineux… mais aussi les costumes ! Sans doute a-t-on oublié que vous étiez styliste dans une autre vie !
CR  : Si je travaille beaucoup le mouvement, je ne peux pas laisser quelqu’un d’autre que moi le couvrir d’un costume, mon mouvement doit se voir au travers du costume. En fait quand je crée, je pense à tout en même temps, tout doit s’inscrire dans le même temps. La chorégraphie ne s’arrête pas à la danse. Faire de la danse pour de la danse ne m’intéresse pas. La danse est une des matières chorégraphiques. Je suis comme un compositeur, quand il compose, il le fait pour plusieurs instruments. Au début d’une création je vois quelque chose, j’entends quelque chose, même si c’est flou… tout est déjà dedans. J’essaie de tout commencer en même temps, la danse, la scénographie, la lumière… le mouvement ne peut pas se référer qu’à un ou des corps, c’est la relation entre voir, entendre, sentir… si je n’observe que le corps, alors ce n’est que de la danse, or la danse est un moyen parmi d’autres dans l’état créatif, dans le processus chorégraphique.

« J’ai inscrit la création au centre de mon projet pour le CCN de Montpellier »

Projecteur TV – SB : Vous êtes chorégraphe mais aussi le Directeur artistique d’ICI – le Centre Chorégraphique National de Montpellier, comment envisagez-vous cette « double casquette », est-ce que le volet administratif n’est pas trop pesant ?
CR  : J’ai inscrit la création au centre de mon projet pour le CCN de Montpellier. Les Centres Chorégraphiques Nationaux, même si l’on a tendance à l’oublier, sont des lieux dont la mission première est la création. J’ai construit mon projet à partir de moi en tant qu’artiste en création. Cela me permet d’être dans cette posture quelles que soient les missions afférentes au centre chorégraphique, que ce soit la médiation, la production, l’accueil du public, l’accueil des artistes, la programmation…
En fait ce sont deux métiers en un. Etre un artiste, produire des formes, les mettre en partage, concevoir une saison, faire une programmation, manager une équipe… J’ai la chance d’avoir une bonne équipe qui me permet d’inscrire ce lieu au présent, tout en me servant de son histoire pour en faire une projection vers l’avenir. Ce qui me demande le plus d’énergie c’est sans doute de défendre constamment, au travers d’une institution, la danse auprès des politiques. Croyez-moi ce n’est pas une mince affaire ! Ce que j’aime le plus c’est de pouvoir comprendre ce que je fais grâce à l’invitation faite à d’autres gens. C’est pour cela que j’aime l’enjeu du centre chorégraphique.
On invite des artistes, on invite du public, et le tout participe à la compréhension de la question que j’essaie de me poser en tant qu’artiste.

« Je n’aime pas l’idée d’être figé dans une forme »

Projecteur TV – SB :  Vous venez sur Avignon, dans le cadre du Festival des Hivernales. Dans quelle humeur êtes-vous, qu’est-ce que cela représente pour vous ?
CR  : Cela m’excite énormément ! Je suis très heureux parce j’adore cette pièce ! C’est une pièce qui me touche beaucoup, on l’a jouée une bonne trentaine de fois. En fait ce n’est plus moi qui regarde la pièce, c’est elle qui me regarde, c’est elle qui me demande des comptes ! C’est dans l’abstraction que je cherche, c’est ce rapport entre l’abstraction et le glissement potentiel, dramaturgiquement parlant 14 danseurs c’est une véritable aventure !

Bon, je vous dis ça et ma prochaine pièce est un solo ! (rires) Je crois que je n’aime pas l’idée d’être figé dans une forme, ni dans un nombre. J’aime être mobile dans la pensée, dans les formes. J’essaie d’être en accord avec mon acte de création, je n’ai pas envie de faire une nouvelle pièce pour faire une nouvelle pièce. J’ai envie de créer une nouvelle forme que j’ai envie de partager, si c’est un moment pour une grande forme, alors je fais une grande forme, si c’est le moment pour une forme plus intimiste, alors…

Pour revenir à votre question, j’aime Avignon l’hiver, car on pense toujours qu’il n’y a qu’un été, qu’un Festival ! C’est une chance inouïe pour nous d’être là, aux Hivernales, de partager un moment exclusivement consacré à la danse, à l’enjeu chorégraphique.

Projecteur TV – SB : Peut-on dévoiler un peu de votre projet « solo » ?
CR  :  Oui, c’est un solo pour le danseur Nicolas Fayol. Je vais partir pendant un mois dans la nature avec ce danseur. Observer la naissance du mouvement dans un milieu naturel et pas dans un studio de danse. J’ai fait des translations de chorégraphies du plateau au paysage. J’adore la boîte noire, j’adore le théâtre, mais je voulais me confronter aux éléments, je voulais ne plus avoir mon outil principal. Nous allons en région Occitanie.

Je pars sur trois points de vue, un horizon droit au bord de la mer, un horizon découpé à la montagne et enfin la forêt pour ne plus avoir d’horizon. Ce sont trois possibilités d’observer un corps improvisant dans la nature, sous plusieurs horizons, avec des sols différents. Comment le corps va-t-il devoir négocier ? C’est un laboratoire, une fois de plus !

Projecteur TV – Sophie Bauret: Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter d’avoir le même succès qu’avec « d’après une histoire vraie », une pièce que nous avions découverte lors du Festival d’Avignon en 2013…
Christian Rizzo : Nous l’avons jouée pratiquement 200 fois, en France, en Europe, en Amérique du Sud, aux USA, au Canada, en Asie, en Afrique… à part la Russie et l’Inde, je crois que l’on a fait tous les continents… C’est une histoire incroyable, un souvenir qui m’a demandé de faire un voyage immobile…
Avec « ma maison » c’est une équipe de 20 personnes qui se déplace. On a déjà une bonne soixantaine de dates, mais je suis atterré de voir qu’une pièce de théâtre peut jouer 14 fois dans un même théâtre et moi quand je fais 60 dates, je fais 60 villes ! Je suis toujours étonné quand on dit de la danse qu’elle ne remplit pas les salles…

Infos Pratiques :
Les Hivernales se déroulent jusqu’au 22 février 2020 – « une maison » de Christian Rizzo – coréalisation Opéra Théâtre Confluence Avignon (face à la gare Avignon TGV) – Samedi 15 février à 20 h 30 – Location au 04 90 14 26 40.

Auteur : Sophie Bauret
Date : 13 février 2020

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