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Saint-Saëns, en quelques notes : pianiste virtuose, maître organiste et compositeur infatigable

Charles Camille Saint-Saëns (1835-1921) est un pianiste, organiste et compositeur français de l’époque romantique. En quelques notes, parcours d’un génie à l’esprit libre, de l’artiste, de l’homme. dont on célèbre le centenaire de sa disparition. » Avec près de 600 œuvres à son catalogue dont 13 opéras, des centaines de concerts donnés à travers le monde, une forte présence au sein des institutions, Saint-Saëns devient, au fil de sa carrière, une personnalité incontournable de la vie musicale »

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Charles Camille Saint-Saëns, grand voyageur, était un créateur au caractère bien trempé. Cela ne l’empêcha pas de nouer des liens avec les plus grands compositeurs; Franz Liszt, Hector Berlioz, Georges Bizet, Gabriel Fauré, Charles Gounod ou encore Reynaldo Hahn saluaient tous son talent.

À la croisée du 19ème et du 20ème siècle

portrait dessin 1858 - Saint-Saens

Saint-Saëns, 1858

Comprendre un musicien par son histoire et sa sociologie a des limites. On peut se demander si savoir que Saint-Saëns était peut-être « un homosexuel latent » et qu’il avait un mauvais caractère a un quelconque intérêt pour goûter sa musique. Lire son ouvrage « Germanophilie » qui, pour cause de patriotisme, déboulonne Richard Wagner après l’avoir encensé, n’explique sûrement pas le plaisir qu’on prend à écouter le Carnaval des animaux ou la Danse macabre. Toutefois savoir que tel auteur est parisien, qu’il a vécu à cheval sur deux siècles et qu’il appartient ou non à un milieu cultivé, a quelque chose à voir avec sa musique parce que la musique, comme tous les arts qui s’adressent à un public, remplit à l’évidence des fonctions sociales autant qu’esthétiques.

Saint-Saëns, compositeur classique ou musicien passé de mode ?

Saint-Saëns est-il suranné ? C’est ce qu’on a souvent dit du musicien académicien. La réponse est peut-être chez Yves Gérard, professeur d’histoire de la musique au conservatoire de Paris, lorsqu’il écrit : « Saint-Saëns ? Il a été trente-cinq ans dans l’avant-garde et trente-cinq ans dans l’arrière-garde. » C’est ce qu’exprime d’une autre manière la musicologue Claire Delamarche : la longévité de Saint-Saëns force l’admiration tout en lui portant préjudice. « On a en effet conservé l’image du musicien vieillissant, composant jusqu’en 1920 une musique d’un autre temps tandis que Debussy, Schönberg ou Bartók menaient leur révolution. » De ce compositeur, pianiste et organiste, ce n’est pas le seul paradoxe décelable au cours de sa très longue carrière musicale.

« Saint-Saëns ? Il a été trente-cinq ans dans l’avant-garde et trente-cinq ans dans l’arrière-garde. » Yves Gérard

Une très longue vie dédiée à la musique

De santé fragile – il a malheureusement hérité de la tuberculose de son père -, il parcourt pourtant le monde en tout sens, crée pendant 70 ans d’activité une œuvre multiple et diverse faite d’une immense pile de près de 600 partitions, donne des concerts jusqu’à ses 86 ans. « Cette fois, je crois que c’est vraiment la fin », aurait-il dit le jour de sa mort à son hôtel de l’Oasis à Alger le 16 décembre 1921.

Il y a donc cent ans qu’il a quitté ce monde, chevauchant allègrement le 19e et le 20e siècle. Il est temps de revisiter cette existence musicale très française et en même temps très internationale, particulièrement riche en œuvres et en rencontres, après que le 20e siècle en France ait rangé au rayon des « has been » celui que Charles Gounod avait qualifié de « Beethoven français ».

Une généalogie provinciale

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Camille Saint-Saëns – Portrait dédicacé – 1912

Non, même si la famille paternelle de Charles Camille est originaire de la région de Dieppe, Camille Saint-Saëns n’est pas un descendant de saint Sidoine, ce moine du 7e siècle qui donna son nom – transformé en « Saint-Saëns » – à un petit bourg de Normandie d’un peu plus de 2 000 habitants, situé à 35 km du chef-lieu de la Seine-Maritime.

Son grand-père, Nicolas Saint-Saëns, était fermier au village de Rouxmesnil près de Dieppe et fonda une famille de huit enfants. Son oncle et son père ont abandonné la tradition terrienne. Le premier entra dans les ordres, le second, Victor, devint sous-chef de bureau au ministère de l’Intérieur. En 1834 Victor épousa Françoise Collin (1809-1888), originaire de Haute-Marne (Wassy) dont le père était menuisier, mais qui fut élevé par Monsieur et Madame Masson, ses oncle et tante, libraires à Paris.

Son père meurt de tuberculose deux mois après sa naissance, et son grand-oncle meurt suite à la faillite de sa librairie. Le petit Charles Camille, qui hérite de son père une santé fragile, est élevé et instruit par deux femmes: sa mère, aquarelliste de talent, et sa grand-tante qui lui donne des leçons de piano, de solfège, de français et qu’il appelle sa « deuxième mère ».

Une précocité confondante

À 2 ans et demi Camille Saint-Saëns se souvient d’un petit piano sur lequel sa grand-tante lui apprenait les noms des notes de musique. À 5 ans, il jouait des petites sonates, « mais, disait-il, je ne consentais à les jouer que devant les auditeurs capables de les apprécier. Je ne jouais pas pour les profanes ». C’est à ce moment qu’il commence à écrire de la musique : « des valses, des galops, dont le genre était à la mode ». À 7 ans il prend des leçons chez Camille Stamaty (1811-1870), pédagogue très réputé pour l’efficacité de sa méthode.

Quand il a 10 ans, son professeur l’estime suffisamment préparé pour donner un concert à la salle Pleyel où il joue un concerto de Beethoven et un concerto de Mozart, accompagné par l’orchestre des Italiens. Il continue par des cours de composition avec Pierre Maleden (1801-1871), théoricien de la musique auprès de qui il a beaucoup appris, puis des cours d’orgue avec l’organiste de l’église de Saint-Germain l’Auxerrois.

À 13 ans il entre au conservatoire de Paris dans la classe d’orgue et reçoit son premier prix à 16 ans, à l’âge où il fait exécuter sa première Symphonie en mi bémol par l’orchestre de la Société de Sainte-Cécile, une société de concerts créée par le chef d’orchestre François Seghers en 1848.

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Camille Saint-Saëns, orgue de l’Église de la Madeleine.

Camille Saint-Saëns, le plus grand organiste du monde ?

À 18 ans il est nommé organiste à l’église Saint-Merri où il restera quatre années, puis à 22 ans aux prestigieuses orgues Cavaillé-Coll de l’église de la Madeleine sur lesquelles il improvisera pendant vingt ans. C’est là que Franz Liszt l’entendit jouer et le déclara « le plus grand organiste du monde » !

« (…) L’improvisation, gloire de l’École française, a été dans ces derniers temps battue en brèche, de par l’influence de l’École allemande. Sous prétexte qu’une improvisation ne saurait valoir les chefs-d’œuvre des Sébastien Bach, des Mendelssohn, on en a détourné les jeunes organistes.

Cette manière de voir est funeste, parce qu’elle est fausse ; c’est tout simplement la négation de l’éloquence. Se figure-t-on ce que seraient la Tribune, la Chaire, le Barreau, si l’on n’y entendait que des discours appris par cœur ? Ne sait-on pas que tel orateur, tel avocat, éblouissant quand il prend la parole, perd son éclat dès qu’il met la plume à la main ? Le même phénomène se reproduit en musique. Aussi, pendant les quelques vingt ans que j’ai tenu l’orgue de la Madeleine, ai-je improvisé presque toujours, me laissant aller au hasard de ma fantaisie ; et ce fut une des joies de mon existence. » Saint-Saëns, École buissonnière, notes et souvenirs, 1913.

Un concertiste à la Thalberg et un faiseur de tubes

piano de la Colonial Piano Limited camille saint saens

Piano de la Colonial Piano Limited

Comme pianiste, sa carrière dura 75 ans. On le comparait aux plus grands virtuoses de son époque, à Sigismond Thalberg ou à ses amis Franz Liszt et Anton Rubinstein. On raconte qu’il se « toilettait les doigts » pendant deux heures tous les matins, c’est-à-dire montait ses gammes sur son piano, tout en lisant son journal posé sur son pupitre ! Avec son toucher net et sec, son style était loin des canons romantiques échevelés tels qu’on les imagine parfois. Pour l’anecdote, une manière de rendre hommage à ses qualités de virtuose a été pour une manufacture de piano québecoise des Laurentides, la « Colonial Piano Limited », de donner le nom de Saint-Saens à un modèle prestigieux de ses pianos !

Comme compositeur, La Danse macabre (1874), Le Carnaval des animaux (1886) et peut-être un air de Samson et Dalila (1867) sont les tubes qui nous restent aujourd’hui dans les oreilles. Mais c’est oublier que le listing de son œuvre se déploie sur dix-sept pages de Wikipédia…

Camille Saint-Saëns : « audacieux conservateur » ?

La critique a souvent présenté Saint-Saëns comme un compositeur officiel de la 3e République plutôt traditionaliste et conservateur, sinon réactionnaire et rétrograde. C’est sans doute ne pas voir ce qu’il y a de résolument moderne dans ses conceptions artistiques. À ce sujet, il exprime bien un aspect de sa philosophie en écrivant dans Problèmes et mystères : « ce n’est pas à l’Humanité présente que se doit l’Homme, c’est à l’Humanité passée et à l’Humanité future » (p. 69).

1908 : Saint-Saëns, à l’avant-garde comme compositeur de musique de film

« La musique commence où finit la parole » Saint Saëns

En 1908, Saint Saëns a 73 ans. Le 17 novembre, dans le cinéma de la rue Charras, près du boulevard Haussmann à Paris, est projeté un film muet historique en cinq tableaux, « L’assassinat du duc de Guise » réalisé par André Calmettes (1861-1942).

Non, Saint-Saëns n’est pas vraiment le « Ennio Morricone » du 20e siècle, mais il faut rappeler qu’il est l’un des premiers à avoir composé pour le cinéma. Et ce court métrage de dix-huit minutes est une première à bien des égards : c’est la première participation d’acteurs de la Comédie-Française, c’est le premier film conçu par deux académiciens, Henri Lavedan (1859-1940) pour le scénario et Camille Saint-Saëns pour la musique. « La musique commence où finit la parole », dit Saint-Saëns dans ses souvenirs. C’est sans doute pour cela que le musicien de l’Institut a accepté d’honorer la commande de la production. De fait, cette musique, ininterrompue pendant toute la durée du film, ne lâche pas le spectateur, identifiant les personnages, suivant l’intrigue et parfois l’annonçant.

La vie de Camille Saint-Saëns, à la fois glorieuse et dramatique

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La Française – 1871

Institut, légion d’honneur, et obsèques nationales

Saint-Saëns dit ne pas avoir recherché les honneurs. Quoiqu’il en soit, il n’y a pas été insensible et s’est conformé aux usages pour obtenir une reconnaissance publique de très haut niveau. Il a gravi tous les échelons honorifiques de la Légion d’Honneur jusqu’à la grand-croix qu’il reçut en 1913. Il entre à l’Académie des Beaux-Arts à 46 ans. Il ne lui aura manqué que le prix de Rome : il s’y présenta deux fois sans jamais l’obtenir, étant d’abord jugé trop jeune, puis trop vieux !

La tragique disparition de ses deux fils

En même temps, sa vie personnelle a été bouleversée par deux événements qui l’ont profondément affecté. Marié sur le tard avec une jeune femme de 20 ans plus jeune que lui, – Marie-Laure Truffot, sœur d’un de ses amis et fille d’un industriel du Nord -, il eut deux enfants, André (1875-1878) et Jean-François (1877-1878), morts prématurément. André, alors qu’il avait deux ans et demi, se tue en tombant accidentellement d’une fenêtre de l’appartement parisien de ses parents. Jean-François, âgé de 7 mois, n’a pas survécu à une maladie qui l’a emporté quelques semaines plus tard. À la suite de ces deux tragédies, Camille Saint-Saëns entre en dépression. Il quitte Marie-Laure et rejoint sa mère. Il ne divorcera pas et allouera régulièrement une pension à sa femme, mais il ne la reverra plus.

La frénésie des voyages

Sans doute ces événements ne sont pas étrangers au travail forcené que se donnait le musicien et à ce que certains ont appelé chez lui la « monomanie des voyages », sources d’évasion et peut-être échappatoires, quand ces déplacements n’étaient pas purement professionnels ou liés à ses ennuis de santé.

Saint-Saëns détestait le froid et l’une de ses destinations favorites fut l’Algérie où il se rendit dix-neuf fois et où il mourut. Pour des raisons professionnelles il allait souvent en Angleterre où il fut reçu docteur de l’université de Cambridge : il appréciait particulièrement « la bonhomie, la simplicité et l’hospitalité qui font partie des mœurs anglaises ». Ses tournées l’ont conduit partout en France et dans l’Europe musicale, mais aussi aux États-Unis, qu’il a parcouru de New York à San Francisco, à Saint Pétersbourg ou à Buenos Aires : il a donné 179 concerts dans 27 pays ! Passionné par les questions d’astronomie, il aimait faire des croisières avec son ami Camille Flammarion (1842-1925) suggérant avec malice à la Société astronomique que les scientifiques ne devraient pas laisser s’éterniser des appellations mensongères et ridicules et que, sur la Lune, on serait mieux avisé de dire « La plaine Flammarion » plutôt que « La mer des Humeurs » !

Franz Liszt, un ami de trente ans

franz liszt par lehmann 1839

Franz Liszt, par Lehmann, 1839

Saint-Saëns, avec son mauvais caractère qu’il assumait parfaitement, son parler rude, franc et direct, ne s’est pas fait que des amis. « L’art de savoir tresser des guirlandes m’a toujours manqué », disait-il. Et pourtant la liste de ses amis est longue, Franz Liszt, Hector Berlioz, Georges Bizet, Gabriel Fauré, Charles Gounod, Reynaldo Hahn chez les compositeurs, chez les interprètes le pianiste Anton Rubinstein, le violoniste Pablo de Sarasate, la cantatrice Pauline Viardot, sans compter la comédienne Sarah Bernhardt, le roi des Belges Albert 1er et tous ceux qu’il a pu rencontrer au cours de sa longue vie de célébrité.

Tout aussi étonnant que cela puisse paraître, celui avec qui il a eu des liens d’amitié particulièrement forts et durables est son confrère Franz Liszt, son aîné de 24 ans. Leur rencontre se fit en 1854 à Paris chez François-Seghers. Leur amitié dura jusqu’à la mort de Liszt survenue en 1886.

Saint-Saëns a 20 ans quand il reçoit du virtuose hongrois des éloges particulièrement flatteuses pour sa première œuvre religieuse, une messe solennelle : « C’est une œuvre capitale, grande et belle. C’est comme une magnifique cathédrale gothique où Bach aurait sa chapelle. Le Kyrie est la flèche de votre cathédrale. »

En privé, Saint-Saëns eut le privilège de jouer plusieurs fois à quatre mains avec celui qui l’aida généreusement à faire représenter son opéra Samson et Dalila en le créant en 1877, non pas à Paris qui le bouda, mais au Théâtre Grand-ducal de Weimar… et en allemand.

Il est un genre musical que Saint-Saëns doit à Franz Liszt qui en fut le précurseur : c’est le « poème symphonique », une forme de musique à programme, de musique descriptive, avec des œuvres comme Le Rouet d’Omphale (1871), Phaéton (1873), La Danse macabre (1874), La Jeunesse d’Hercule (1877) ou encore La lyre et la harpe (1879), des partitions fondées essentiellement sur des sources littéraires.

Le cas Richard Wagner

richard wagner par auguste renoir portrait peinture

Richard Wagner, par Auguste Renoir

À l’égard de Richard Wagner, toujours objet de passions divergentes, l’attitude de Saint-Saëns a été jugée très ambivalente sinon paradoxale. Il a réuni en lui les sentiments contradictoires que la France musicale et littéraire a manifesté pour et contre le maître de Bayreuth. On lui a reproché sa versatilité parce qu’il a voué aux gémonies celui qu’il avait tout d’abord encensé.

En fait la situation est moins simple qu’il n’y paraît, et Camille Saint-Saëns s’en est expliqué. Dans son livre Harmonie et mélodie, publié en 1885, il écrit :

« J’admire profondément les œuvres de Richard Wagner en dépit de leurs bizarreries. Elles sont supérieures et puissantes, cela me suffit. Mais je n’ai jamais été, je ne suis pas, je ne serai jamais de la religion wagnérienne. »

C’est le chef d’orchestre Hans von Bülow (1830-1894) qui permit à Saint-Saëns de rencontrer Richard Wagner en 1859. Avant la guerre de 1870, Wagner et Saint-Saëns se rencontraient fréquemment. Le compositeur allemand s’extasiait « sur la vélocité extraordinaire et la stupéfiante facilité de déchiffrer » de son jeune confrère. Chaque fois qu’il passait par Paris, il l’invitait chez lui afin de lui jouer certaines de ses partitions qu’il était incapable d’exécuter lui-même. Ce n’est pas sa musique que Saint-Saëns attaque, mais c’est d’abord la « wagnerolâtrie » insupportable que le compositeur allemand a suscité. Puis la guerre franco-prussienne a fait le reste en exacerbant de part et d’autre des nationalismes étroits et chauvins. Richard Wagner ridiculise les Français dans une farce intitulé « Une capitulation, comédie à la manière antique ». Saint-Saëns publiera plus tard, à partir de 1914, « Germanophilie », titre ironique d’une série d’articles dans laquelle il s’insurge contre le pangermanisme véhiculé notamment par le wagnérisme et ira jusqu’à appeler à ne plus jouer aucune musique allemande.

Les guerres franco-allemandes et le chant des obus

Juillet 1870, trois ans après l’Exposition Universelle d’art et d’industrie pour laquelle Saint-Saëns a remporté le concours de la cantate, la France de Napoléon III déclare la guerre à la Prusse. Saint-Saëns, à 35 ans, est incorporé comme simple soldat au 4e bataillon de la Garde nationale de la Seine et affecté à Arcueil-Cachan. Entre deux sorties, il donne des concerts au bénéfice des ambulances et essaie de redonner par sa musique de l’énergie à ses camarades enrôlés. Ce n’est pas sans un certain humour noir qu’il écrit à sa mère :

« En parfaite santé malgré les fatigues et insomnies. Pas d’autres accidents que des rhumes dans le régiment. Études comparées sur le chant des obus ».

Au lendemain de la défaite de Sedan, en février 1871, il fonde avec Romain Bussine (1830-1899), poète et chanteur, la Société Nationale de Musique, avec pour devise « Ars gallica », se proposant avant tout « de s’instruire par l’étude des œuvres inconnues, éditées ou non, des compositeurs français faisant partie de la société. Personne ne pourra faire partie de la Société à titre de membre actif, s’il n’est français ». Bizet, Lalo, Gabriel Fauré, César Franck, Massenet s’inscrivirent dans ce projet de « patriotisme musical ».

Quarante quatre ans plus tard, à près de 80 ans, au moment de la première guerre mondiale, Saint-Saëns continue à combattre mais en musique, composant en 1915 à la demande du Petit Parisien un hymne de la grande guerre sur des paroles du poète d’origine basque Miguel Zamacoïs (1866-1955), que le journal offre à deux millions de lecteurs. À partir de 1916, il participe activement à la ligue nationale pour la musique française qu’il a contribué à fonder et qui veut bannir la musique allemande et autrichienne pendant toute la durée de la guerre : non pas Bach, Haydn, Beethoven, Mendelssohn ou Schumann, mais Wagner, Richard Strauss, Schönberg

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Obsèques nationales – Le cortège funèbre quitte l’Église de la Madeleine et se dirige vers le cimetière Montparnasse © Musée de Dieppe

La vitalité de Camille Saint-Saëns jusque dans ses dernières années

À 75 ans, disait-on, il en paraissait 50. Il continue à voyager en Algérie, en Égypte en Grèce. Ses tournées le conduisent en Allemagne, en Suisse, en Italie, en Belgique, en Pologne, aux États-Unis, en Amérique du Sud. Il compose. Le 6 août 1921, il donne encore un concert au casino de Dieppe pour les 75 ans de ses débuts de pianiste. Quatre mois plus tard, le 16 décembre 1921, il décède à 86 ans d’une congestion pulmonaire à Alger, laissant sur son bureau un dernier travail d’orchestration inachevé.

Le dernier adieu sera celui de la France : l’État lui vote en effet des obsèques nationales au cours desquelles il sera encensé en tant qu’« artiste français », reconnu à l’étranger pour avoir exalté les qualités de l’art français, à savoir « la clarté, l’ordre, l’élégance et la brièveté » (Discours de Léon Bérard, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, 1921).

Assiste-t-on aujourd’hui à un retour en grâce d’un esprit libre ?

C’est en tout cas ce qui devrait s’opérer avec l’exposition organisée bientôt par la Bibliothèque nationale de France et l’Opéra national de Paris qui célèbrent le centenaire de la disparition de Camille Saint-Saëns (1835 – 1921) à travers une exposition « Saint-Saëns : un esprit libre », du 5 mars au 20 juin 2021.

« Avec près de 600 œuvres à son catalogue dont 13 opéras, des centaines de concerts donnés à travers le monde, une forte présence au sein des institutions, Saint-Saëns devient, au fil de sa carrière, une personnalité incontournable de la vie musicale. Républicain de la première heure, d’une curiosité insatiable, polyglotte et voyageur infatigable, il fut à la fois un pianiste virtuose, un compositeur de génie et l’un des meilleurs représentants de la culture française. »

Photo à la Une : Camille Saint-Saëns à la villa Georges à Alger, 1911 © Musée de Dieppe

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Auteur : Victor Ducrest
Date : 12 mars 2021

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